Violence verbale: des arbitres de soccer porteront des caméras

Marc-Antoine Malo
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Une organisation de l’Estrie deviendra la toute première à faire un pied de nez à la violence verbale envers les jeunes arbitres au soccer en les équipant de caméras corporelles pour la saison à venir.
Ayant été témoin de situations déplacées impliquant des adultes et ses officiels, pour la plupart des adolescents, le président de l’Association du soccer mineur de Windsor, Martin Tremblay, a décidé d’agir.
En poste depuis trois ans, ce père de famille espère redonner aux officiels un sentiment de sécurité.
«Depuis les trois dernières années, les cas avec les parents sont devenus vraiment intenses, ç’a augmenté. On a de la misère à garder nos arbitres. À la fin de l’année, j’ai eu deux jeunes arbitres qui ont quitté le terrain en pleurant et qui m’ont dit que c’était fini, qu’ils ne reviendraient plus», a-t-il expliqué au bout du fil, mardi.
Avant de proposer son idée à son association et à Soccer Estrie en automne, M. Tremblay s’est inspiré des surfaces de hockey-balle, où on retrouve des caméras fixes. Or, la grandeur du terrain de soccer rend leur utilisation plus difficile. De plus, dans le feu de l’action, un appareil portatif permettra d’avoir accès à une piste audio.
«En 2022, un petit événement est arrivé sur le terrain. C’était une blessure à un joueur et les parents pensaient que c’était fort possiblement volontaire de la part d’un de nos joueurs. Le comité de discipline nous a demandé si on avait des images», s’est-il souvenu, disant avoir amorcé sa réflexion à ce moment.
Plus de sécurité
Le port des caméras permettra avant tout de faire de la prévention. Pour Martin Tremblay, la rétention des arbitres est un problème en raison des abus verbaux subis sur le terrain.
«Toute personne qui est filmée a tendance à être plus modérée, a-t-il mentionné. Je le vois vraiment comme une mesure pour rassurer nos jeunes. [...] C’est plate d’être obligé de mettre une pièce d’équipement comme celle-là, mais ça peut amener ce sentiment de sécurité. Nos arbitres ont 14, 15 ou 16 ans et quelques-uns sont des adultes.»
Un système de brassard autrefois utilisé pour distinguer les officiels d’âge mineur n’a eu aucun impact, a souligné M. Tremblay, tout comme les pancartes de Soccer Estrie en bordure de terrain appelant au respect. Des ateliers sur la bienséance dans les estrades ont aussi été proposés l’été dernier.
«On a une juge de lignes de 14 ans qui s’est vraiment fait prendre à partie par des parents durant un match. Elle est sortie du terrain en pleurant. Le reste de la saison, quand elle voyait cette équipe-là qui venait, elle voulait changer d’assignation», a raconté le président.

La fille de M. Tremblay, Kelly-Ann, est elle-même arbitre à Windsor en plus d’être joueuse. Ses impressions ont été importantes pour ce projet.
«Elle m’en a parlé un peu. C’est sûr qu’il y a des événements qui lui sont arrivés aussi, a dit le père, assurant que rien de grave ne s’était produit. [...] Elle a pu me dire ce qui se passait sur le terrain.»
Révision
Sans être une solution de dernier recours, la discrète caméra corporelle redonnera le pouvoir aux arbitres. C’est eux qui jugeront si une séquence mérite d’être revue après le match. Les officiels ont embarqué dans le projet sans hésitation.
«L’arbitre va juger si une situation était problématique pour lui. Ça sera visionné par un membre du conseil d’administration. Si jamais il n’y a rien, les images seront effacées. S’il y a quelque chose de particulier, ça sera de s’entendre avec les autres clubs s’il y a matière à avertissement, si on donne un coup de fil pour savoir ce qui s’est passé», a développé Martin Tremblay.
«C’est un essai qu’on va faire pour la saison prochaine, a-t-il ajouté. On va espérer que ça porte fruit. Sinon, tout est à réévaluer.»