VIDÉO | «C’est la première fois que je parle de ça»: Michel Tremblay a longtemps craint que les gens «haïssent» ses pièces

Guillaume Picard
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Même Michel Tremblay, qui a connu autant de succès avec ses pièces que ses romans, compose au même titre que nous tous avec le doute.
C’est pour ça que son complice de toujours, le regretté metteur en scène André Brassard, lui disait toujours: «hey que t'aimes ça t'inquiéter!», a raconté le romancier à l’émission Dans le blanc des yeux, vendredi soir, à LCN.
«Je pense que ça, je ne l'ai jamais dit dans mes 57 ans de carrière», a lancé Michel Tremblant, piquant immédiatement la curiosité de l’animatrice Sophie Durocher.

«Je le pense beaucoup moins, mais pendant des années, j'étais convaincu, pas pour les romans, mais que les gens venaient voir mes pièces pour les haïr. Les salles étaient pleines, c’étaient des triomphes, mais j'avais toujours peur qu'ils viennent, pas pour les haïr [...], même Albertine en cinq temps, à toutes les représentations, j'avais peur qu'on n'aime pas ça. Et je suis encore un petit peu comme ça», a-t-il dit.
«J'étais là hier [...] pour Hosanna [ou la Shéhérazade des pauvres] et j'avais une petite appréhension. Là, si ça ne réagit pas assez, si ça rit pas assez», a-t-il enchaîné, révélant que lors de la première, au début du mois, il avait craint de pousser son dernier souffle, sans confirmer que c’était alors lié à de l’angoisse.
«Le soir de la première d’Hosanna, j’ai failli mourir, je me suis mis à avoir froid à un moment donné et je ne savais pas pourquoi», a-t-il ajouté.

Il craint même d’être considéré comme un has-been, ce qui a fait dire à son interlocutrice: «t’es sérieux!?»
Analyser depuis les coulisses
Anecdote fascinante, Michel Tremblay assiste souvent à ses pièces depuis les coulisses, côté jardin, où l’équipe l’attend toujours.
«Les techniciens sont habitués, ils me préparent ma chaise et je m'assois en coulisses, côté jardin, et je regarde le spectacle de profil, et c'est toujours très intéressant.»

Seul dans l’ombre, tu ne vois pas le même spectacle, croit celui qui n’aime pas que l’on dise dans la «langue de Tremblay au lieu de la langue de Molière».
«Quand t'es dans la salle, l'énergie s'en va vers toi. Quand t'es en coulisses, l'énergie s'en va dans la salle. Tu sens pas l'énergie qui vient sur toi, ce qui fait que quand t'es l'auteur, t'es plus critique de ce qui se fait que quand t'es dans la salle, que t'aimes le spectacle ou que t'aimes pas, ça, t'as plus d'émotions parce qu'ils s'adressent à toi directement. Quand t'es en [coulisses], ça s'adresse à quelqu'un d'autre, alors tu peux plus analyser.»
Son œuvre après sa mort
À son âge vénérable, Michel Tremblay souhaite encore vivre des succès, mais ce qu’il adviendra de son œuvre, après sa mort, ne l’intéresse pas du tout.
«Ce que ça va devenir après, ça ne m'intéresse pas. Je serai plus là pour en profiter. Ce qui est formidable, c'est d'avoir pendant presque 60 ans, peut-être que ça va arriver jusqu'à 60 ans, avoir profité, être content et aller partout dans le monde voir mes pièces et connaître le succès sans le prendre trop au sérieux. Sans me prendre trop au sérieux.»
- Produite par QUB, l’émission Dans le blanc des yeux est diffusée à LCN chaque vendredi, à 20h, ainsi qu’à QUB télé en simultané sur la radio numérique QUB chaque samedi, à 9h, et chaque dimanche, à 16h. Elle est aussi disponible sur demande à TVA+, en balado sur la plateforme qub.ca et sur la chaîne YouTube QUB.