Antoine Valois-Fortier privilégie sa préparation olympique et sa santé
Le judoka accepte le risque d’être évincé du Top 8 mondial


Richard Boutin
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Afin de peaufiner sa préparation pour les Jeux olympiques et de soigner parfaitement sa blessure à une côte, Antoine Valois-Fortier a décidé de faire l’impasse sur le championnat mondial de judo qui se déroulera du 6 au 13 juin à Budapest en Hongrie, même si cela peut signifier qu’il sera évincé du Top 8 et obtiendra ainsi un premier combat plus difficile à Tokyo.
Blessé à une côte le 27 mars lors du Grand Chelem de Tbilissi en Géorgie qui l’a forcé à se retirer de son combat de demi-finale, Valois-Fortier a repris l’entraînement progressif, mercredi, après avoir terminé sa quarantaine.
« Avec les années, j’ai appris que la priorité est que je sois en santé même si cela signifie de participer à une compétition de moins, a souligné le médaillé de bronze des Jeux olympiques de Londres en 2012 pour expliquer sa décision. C’est possible que je sorte du Top 8 en ne participant pas au mondial, mais je suis prêt à vivre avec ce risque. Je ne veux pas risquer de me blesser et vivre une autre quarantaine.
« Même si je ne termine pas dans le Top 8 au classement, il n’y a aucun doute que je peux connaître un bon parcours olympique, a-t-il affirmé. J’ai battu au moins une fois tous les gars dans le Top 8 et je serai en mesure de le faire de nouveau le jour J. En n’allant pas au mondial, je vais pouvoir me consacrer à ma préparation olympique et à de possibles combats de barrage. »
Combats de barrage
S’il est exclu du Top 8, Valois-Fortier pourrait en effet devoir disputer des combats de barrage (fight off) si Étienne Briand se hisse dans le Top 18, lui qui occupe actuellement le 26e rang après avoir fait l’impasse sur le championnat panaméricain la fin de semaine dernière au Mexique.
« Étienne aura l’opportunité de se hisser dans le Top 18 au mondial, a souligné le directeur général et directeur haute performance de Judo Canada Nicolas Gill. Il n’aura pas besoin d’une performance exceptionnelle pour terminer dans le Top 18. Il y a deux ans, il avait terminé au 9e rang au mondial et un résultat identique serait suffisant. »
Valois-Fortier assure que sa réadaptation se déroule normalement.
« On parlait d’une réhabilitation qui allait durer de deux à quatre semaines au moment de ma blessure et je respecte les délais, a-t-il mentionné. Après avoir fait des petits trucs à la maison pendant ma quarantaine, j’ai repris le judo, mercredi. En me basant sur ma santé, j’aurais très bien pu participer au mondial, mais je n’avais pas envie de prendre de risque. »
Aucune garantie
Tout comme Briand, Arthur Margelidon sera à Budapest.
« Sa place dans le Top 8 n’est pas garantie et il était plus à l’aise de participer au mondial, a précisé Gill. Chez les moins de 73 kg, Antoine Bouchard est toujours dans la lutte pour une place à Tokyo, mais il aura besoin d’un bon mondial et qu’Arthur subisse beaucoup de malchances pour le sortir du Top 8. »
C’est la première fois de l’histoire que la Fédération internationale présente un mondial la même année que les Olympiques.
Le mondial servira de barrage pour deux Canadiennes
Parce que les règles sanitaires ne permettent pas pour le moment la tenue de l’événement au Canada, Judo Canada a décidé que le championnat mondial allait servir de barrage pour Christa Deguchi et Jessica Klimkait qui occupent les deux premiers échelons sur la scène internationale chez les moins de 57 kg.
Double médaillé olympique, le directeur général et haute performance de Judo Canada Nicolas Gill savait très bien que les athlètes avaient besoin d’être fixés le plus rapidement possible.
« Il était important qu’une décision rapide soit prise afin de ne pas laisser les athlètes dans l’inconnu, a-t-il expliqué. On n’était pas à l’aise de repousser la décision parce que nous n’avions pas la certitude que ça allait fonctionner au Canada. Et on savait que nos deux filles allaient terminer dans le Top 8 international. »
« C’est la décision la plus juste et la plus sécuritaire, de poursuivre Gill. On a consulté le comité des athlètes et regardé toutes les options possibles. L’option de disputer les combats de barrage à l’étranger a été étudiée, mais nous n’étions pas à l’aise avec le risque associé avec cette décision. Nous avons une athlète qui vit au Japon [Deguchi] et une autre au Canada [Klimbait] ce qui ajoute à la complexité. Au mondial, l’arbitrage sera pris en charge par la Fédération internationale, ce qui rendra le processus neutre et équitable. »
Situation différente
Au début du processus de sélection, Gill avait lancé une perche à Deguchi et Klimbait.
« J’avais vérifié leur intérêt si l’une des deux était intéressée à changer de catégorie, a-t-il indiqué. Il n’y avait pas d’intérêt. Des pays avec plus de profondeur que le Canada vivent ce dilemme plus souvent. »
La situation est différente dans les autres catégories. Catherine Beauchemin-Pinard (-63 kg) ne fera pas le voyage à Budapest. Actuellement 6e au monde, elle est assurée de prendre part aux Jeux. « Sa place dans le Top 18 est confirmée et elle est quasiment certaine d’être tête de série, a mentionné Gill. Ce n’est pas simple de voyager en pandémie et ça comporte des risques. Catherine préfère se concentrer sur sa préparation olympique. »
De retour d’une blessure subie en Europe, Ecaterina Guica (-52 kg) assurera une place supplémentaire au Canada aux Jeux olympiques si elle se hisse dans le Top 18 au terme du mondial. Sa place à Tokyo est toutefois assurée en raison de son classement continental, elle qui occupe le 28e rang au classement mondial, mais qui a terminé en 9e place aux Jeux de Rio en 2016. Ses succès ouvriraient la porte à un homme chez les moins de 90 kg.