Une «visite honteuse» qui «légitimise le régime de Poutine», croient le consul et le Congrès québécois des Ukrainiens

François-David Rouleau
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Le consul honoraire d’Ukraine à Montréal, Eugène Czolij, et le président du Congrès québécois des Ukrainiens canadiens, Michael Shwec, condamnent durement la visite de l’état-major du Canadien à Saint-Pétersbourg. Pendant que Czolij affirme qu’il s’agit de légitimer le régime totalitaire et impérialiste de Vladimir Poutine, Shwec dit aussi avoir honte de l’organisation.
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«C’est affreux. Ils sont partis là-bas pour négocier avec ce club qui est géré par des gens qui financent Poutine et sa guerre génocidaire. N’importe qui faisant affaire avec ces gens appuie cette guerre», lâche Shwec, disant manquer de mots, au bout du fil.

«J’ai honte à mes Canadiens, ajoute le président de l’association regroupant environ 30 000 Ukrainiens à travers la province. Ce club va perdre des plumes.»
Situation controversée
Rappelons que le directeur général du Tricolore, Kent Hughes, et son conseiller, Vincent Lecavalier, se trouvent à Saint-Pétersbourg pour rencontrer son vaillant espoir de premier tour à l’encan 2024, Ivan Demidov, et la direction du club avec qui il serait à couteaux tirés depuis le début de la campagne dans la KHL.
Le SKA est la propriété de la gigantesque société gazière et pétrolière Gazprom, propriété de l’État, fondée par l’oligarque Viktor Tchernomyrdine et proche de Poutine, visée par des sanctions internationales.

Demidov est aussi dirigé par Roman Rotenberg, jeune oligarque russe aussi proche du pouvoir, qui apparaît sur la photo qui circule sur le web depuis quelques jours en compagnie de Hughes, Lecavalier et Nick Bobrov. Sur les nombreuses vidéos diffusées par Rotenberg, on voit les dirigeants de la Sainte-Flanelle faire le «tour du proprio» des installations.
Tout ce beau monde tient à l’œil les faits et gestes du jeune et talentueux attaquant qui a d’ailleurs marqué un but dans la victoire du SKA, aujourd’hui.

«Quand les athlètes, les dirigeants et les acteurs du monde des sports se prennent en photo avec ces gens-là, ça ne fonctionne pas. C’est certain que le régime de Poutine va s’en servir. Rotenberg s’en sert dans ses communications. Le sport fait partie de la société. L’histoire va juger ceux qui cautionnent ces gestes.
Incompréhension
Selon M. Czolij, le CH fait plus qu’une énorme gaffe en mettant les pieds dans ce pays qui attaque le sien depuis bientôt trois ans.
«Présentement, les forces russes poursuivent sans relâche leurs bombardements vicieux de la population civile et des infrastructures de l’Ukraine, y compris les hôpitaux et les écoles. De plus, les soldats russes commettent des crimes atroces, dont des transferts forcés des enfants de l’Ukraine vers la Russie», rappelle le consul honoraire.
«La communauté internationale, y compris le Parlement du Canada et l’Assemblée nationale du Québec, a condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie», ajoute-t-il.
«Ce genre de voyage en Russie fait fi de cette réalité géopolitique et légitimise le régime autoritaire et impérialiste en Russie, alors qu’il commet un génocide en Ukraine», affirme celui qui est aussi un avocat montréalais décoré de plusieurs distinctions professionnelles et sociales.

À cet égard, par son attachée de presse, la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Martine Biron, n’a pas souhaité réagir sur le sujet. Elle a prétexté que cette mission du CH «relève du privé».
Un manque de leadership, note d’ailleurs M. Shwec à propos du gouvernement qui dit soutenir le peuple ukrainien.