Une recherche sur le lien entre le diabète de grossesse et l’obésité chez l’enfant
Ève Beauregard
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Y'a-t-il un lien entre ce qui se passe dans l'utérus durant la grossesse et les maladies chroniques que peut développer un enfant au cours de sa vie?
C'est la question que se pose le biochimiste et professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, Luigi Bouchard, et son équipe.
Depuis maintenant près de 15 ans, plus de 500 familles participent à cette recherche réalisée en partie, dans un laboratoire de Chicoutimi.
Luigi Bouchard y travaille à temps plein comme chercheur pour le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le diabète de grossesse
Au départ, le chercheur s'est particulièrement attardé au diabète de grossesse.
Des échantillons de placenta et de cordon ombilical ont été collectés chez plus de 800 femmes au total. Les femmes ont été recrutées entre la 6e et 15e semaine de grossesse.
«L'idée derrière le projet c'est vraiment de comprendre l'influence de l’environnement intra-utérin sur le développement de l'enfant et sur le risque de développer le diabète et l'obésité plus tard dans sa vie», résume Luigi Bouchard.
Récolte de placentas
Pendant 3 ans, des équipes devaient récolter les placentas après l’accouchement.
Une tâche qui a demandé beaucoup d’organisation et de temps.
«La femme accouche à toute heure du jour, de la nuit et tous les jours de la semaine. Ce qui fait qu’on a eu une équipe volante 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pendant 3 ans, qui était prête à aller chercher les placentas. Ils devaient être traités entre 15 et 30 minutes après l’accouchement si on veut préserver la qualité de l’échantillon», explique le chercheur.
Aujourd’hui, les échantillons sont toujours utilisés pour la recherche.
«Les échantillons sont conservés dans des congélateurs de -80 degrés Celsius qui nous assurent qui vont rester stables très longtemps», affirme le professeur.
Suivi après l’accouchement
Grâce à l'avancement de l'étude et au financement reconduit, l'équipe a pu suivre les enfants et leur mère après l'accouchement.
«Étant donné qu'on a eu beaucoup de succès, on a réussi à sécuriser le financement pour revoir les enfants et les mamans 3 ans après l'accouchement, 5 ans après l'accouchement, donc ces deux visites-là sont complétées», ajoute Luigi Bouchard.
Les enfants ont maintenant 12 ans. Le recrutement pour le suivi 12 ans après l’accouchement va bon train.
Recherche élargie
De nombreuses familles continuent de participer au projet.
«C'est vraiment ça qui fait la force. Avoir des études longitudinales comme nous sur 15 ans c'est très rare dans le monde », se réjouit-il.
Avec le temps, le travail des chercheurs a permis d’élargir la recherche.
«On s'intéresse encore au développement de l'obésité chez les enfants. On s'intéresse aux facteurs de risques, aux facteurs de prédispositions. Et étant donné que les mamans continuent à venir avec les enfants, on a beaucoup de données chez la mère aussi. On sait que les mères qui ont eu le diabète de grossesse ont des risques plus accrus de le développer sur les 5 à 10 ans suivants. On essaie de comprendre pourquoi», décrit le chercheur.
Depuis le début de l'étude, près d'une trentaine d'étudiants ont accompagné Luigi Bouchard.
«On a toujours été fiers et convaincus que l’on contribue à former les experts dans le domaine pour nos remplacés», dit-il.
Une opportunité «en or»
Pour les étudiants, il s’agit d’une opportunité en or de participer à une recherche sur le long terme.
«Très enrichissant. Ça nous permet de développer plein de compétences. La communication, le travail d’équipe. Notre esprit critique aussi», énumère l’étudiante à la maitrise à l’Université Sherbrooke, Flore Lavoie.
Plus d’une centaine d’articles scientifiques ont été publiés en lien avec cette étude, notamment dans de grandes revues scientifiques prestigieuses comme Nature Genetics et JAMA Network. Les étudiants sont aussi grandement sollicités dans la rédaction de ceux-ci.
Luigi Bouchard rêve de pouvoir suivre les enfants jusqu'à 18 ans et même, au-delà de cet âge : «On a un noyau de jeunes chercheurs au sein de notre équipe de collaboration. Pour moi il y a des limites avec les enfants.»
Cette recherche de l'Université de Sherbrooke est aussi en collaboration avec la Harvard Pilgrim Health Care de Boston.
Voyez le reportage complet ci-dessus.