Une Québécoise refuse d’affronter une boxeuse trans pour sa sécurité

Mylène Richard
Partager
Une boxeuse de Saguenay déplore le manque d’information entourant la pratique du sport pour les athlètes transgenres, elle qui a appris par hasard une heure avant de grimper dans le ring qu’elle devait affronter une rivale qui est née dans un corps d’homme.
• À lire aussi: La règlementation sur les boxeurs transgenres se fait attendre
«Je suis débutante, je fais ça parce que ça donne un sens à ma vie, mais je ne veux pas non plus prendre des décisions qui ont des impacts pour toutes les autres boxeuses. Ce n’était pas à moi de trancher, alors j’ai préféré m’abstenir», a raconté en entrevue au Journal, mardi, Katia Bissonnette.
«Dans la boxe, on se cogne dessus. S’il y a des risques pour une boxeuse, je [manquais] d’informations pour prendre une décision éclairée», a rappelé à TVA Nouvelles son entraîneur Denis Gravel, dénonçant le manque d'encadrement.
Bissonnette s’est présentée aux championnats provinciaux des Gants dorés, à Victoriaville, le week-end dernier, avec un seul combat derrière la cravate. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand quelqu’un a dit à l’un de ses entraîneurs qu’elle croiserait le fer avec une personne transgenre, comme rapporté par Le Quotidien.
«On n’avait pas d’information, par exemple concernant le taux de testostérone. C’était tellement flou», a expliqué Bissonnette, qui ne connaissait pas la force de frappe de son adversaire..
«À l’inverse, si une femme est devenue un homme et qu’il fait des combats avec des hommes, est-ce qu’il se met en danger aussi?» se demande-t-elle.
- Écoutez l'entrevue avec Ariane Fortin, présidente de la Fédération québécoise de boxe olympique sur QUB radio :
Sans consentement
Celle qui s’adonne à ce sport, qui exige d’énormes capacités physiques, depuis un an et demi aurait aimé plus de transparence de la part des organisateurs.
«Ce qui m’a le plus déçue, c’est que je n’ai pas été avisée. Il n’y a pas eu de consentement libre et éclairé face à une situation très inhabituelle et nouvelle», a ajouté Bissonnette.
Bien sûr, elle est déçue d’avoir raté une occasion d’acquérir plus d’expérience, mais avec le recul, elle réalise que c’est une opportunité de «pouvoir réfléchir afin que les règlements soient plus clair à l’avenir».
«Je pense que Boxe Québec ou Boxe Canada doivent tracer la ligne», a soutenu la membre du Club de boxe de Chicoutimi.
Pas de risque à prendre
À 36 ans, Katia Bissonnette ne vise pas les Jeux olympiques. La psychologue et conférencière a commencé la boxe pour répondre à un besoin de dépassement de soi.
«Je suis travailleuse autonome, je n’ai pas les moyens de manquer le boulot. Je sais qu’il y a des risques dans la boxe et je les accepte, mais c’est que tout est calculé, avec le poids, le nombre de combats. C’est très réglementé, mais il y a un flou sur cette question», a souligné celle qui devrait se battre le 18 novembre.
La boxeuse amateur le répète: son dilemme n’a rien de personnel avec les personnes transgenres. Elle dénonce plutôt le manque d’information et de réglementation.
«Tout le monde peut faire de la boxe et je le recommande à tous. C’est un sport merveilleux, mais ça doit se pratiquer en toute connaissance de cause pour la sécurité de tout le monde», a conclu la boxeuse aux cheveux orangés.
- Avec Jean Houle, Agence QMI