Une première saison brouillonne pour la LPHF?

Patric Laprade
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Confirmé par Stan Kasten, membre du conseil consultatif de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF), le tant attendu début de cette nouvelle ligue est prévu dans six semaines.
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Selon ce que j’entends, le plan serait de débuter les activités le 1er janvier 2024, une décision risquée, qui, si elle s’avère exacte, pourrait tout de même être payante. Surtout si la ou les premières parties sont disputées après la Classique hivernale de la LNH ou encore mieux, si le tout était publicisé durant la partie qui va opposer Vegas à Seattle au T-Mobile Park. De plus, c’est la seule journée du temps des Fêtes pour laquelle le championnat mondial de hockey junior fait relâche.
Six semaines pour être prêt. Six semaines pour finaliser tous les dossiers. Ça ne laisse pas beaucoup de temps, vous en conviendrez. Surtout quand l’horaire des matchs n’est pas encore connu et que les billets ne sont pas encore en vente.
Dans son point de presse de mardi dernier, Kasten, qui est aussi président des Dodgers de Los Angeles et probablement les yeux et les oreilles du propriétaire de la LPHF Mark Walter, a mis beaucoup d’emphase sur le fait que la ligue est partie avec une feuille blanche et n’a pas eu beaucoup de temps pour tout préparer en vue de la première saison. Et qu’à cause de ça, tout n’est pas encore prêt à six semaines du début de la saison régulière.
« Nous avons eu quatre mois. Nous partions de zéro. Tout était à faire, a expliqué Kasten. Nous avons maintenant plus de 120 employés et nous sommes à sept semaines (maintenant six) de disputer des matchs de hockey. »
Toutefois, c’est la ligue elle-même qui s’est placée dans cette situation et c’est le problème que j’ai avec ce discours.
Après avoir acheté la Premier Hockey Federation (PHF), la nouvelle ligue a décidé de congédier tous les employés de la ligue. Des directeurs généraux aux gérants d’équipement, tout le monde y est passé.
N’aurait-il pas été plus simple d’en garder une partie? Parce que si quatre mois plus tard, l’excuse est « on est parti avec une feuille blanche », la solution se trouvait peut-être là il y a quatre mois.
Imaginez le temps qu’on aurait sauvé si on était parti à mi-chemin.
Logos, noms d’équipe et réseaux sociaux, il y avait des alternatives
C’est la même chose pour les logos et les noms d’équipes.
Pourquoi commencer l’année sans logo et sans nom d’équipe alors que la LPHF détient les droits sur ceux de la PHF, qui représente cinq de ses six marchés?
Des noms qui, dans certains marchés, avaient fait leur place déjà. Je pense notamment au Pride de Boston, qui existait depuis 2015, et à la Force de Montréal. Même si elle n’était vieille qu’une année, les amateurs de sports au Québec savaient que le nom « La Force » était associé au hockey féminin.
C’est la même chose pour les uniformes.
Kasten a sous-entendu dans son point de presse que la ligue a manqué de temps pour les logos et les uniformes et mentionne que dans la MLB, cela peut prendre deux ans faire un changement d’uniformes. Ce serait la raison pourquoi on ne retrouve que le nom de la ville ou de l’état sur les chandails, sans saveur, sans odeur et très beige malgré ses couleurs.
Ce que Kasten dit est vrai, mais ne s’applique à la LPHF. Les délais sont longs pour une équipe de la MLB ou de la LNH. Mais ces délais sont dus à un processus bureaucratique compliqué. Un changement doit être approuvé par différentes personnes à différents niveaux avant d’être accepté. Ce qui n’est pas le cas de la LPHF, qui est un petit groupe et dont toutes les équipes appartiennent au même propriétaire.
À titre comparatif, l’an dernier, la Force de Montréal a commandé ses uniformes au début du mois de septembre et les a reçus au début du mois de novembre. Mais de ce qu’on me dit, la LPHF ne voulait pas utiliser la même compagnie avec qui la PHF faisait affaire et ça aurait ralenti le processus.
C’est aussi la même chose pour les réseaux sociaux.
La nouvelle ligue a décidé de créer de nouvelles pages pour la ligue et les équipes autant sur Facebook, X et Instagram. Au moment d’écrire ces lignes, quatre mois après la fermeture de la PHF, celle-ci contient encore un total, toutes plateformes confondues, de 381 578 abonnés, soit plus de deux fois le total de la nouvelle ligue, qui en a 165 687.
Pourtant, les comptes de la PHF appartiennent à la nouvelle ligue. On aurait pu exploiter la communauté déjà présente dans les différents marchés. À Boston par exemple, les réseaux sociaux du Pride ont 65 456 abonnés, contre 15 691 pour ceux de la PWHL Boston. C’est quatre fois moins. Pourquoi s’en priver?
Le pire c’est que du côté de la ligue, on s’assume pleinement. Lorsque j’ai communiqué avec un représentant officiel de la LPHF, on m’a clairement fait comprendre que toutes ces options avaient été considérées, mais que les dirigeants en avaient décidé autrement.
Ben coudonc.
La priorité : vendre des billets!
Le problème dans tout ça c’est qu’en ce moment, ces décisions impactent, selon moi, l’aspect le plus important de la LPHF: la mise en marché et la vente de billets.
On semble minimiser du côté des dirigeants cette première année. Pourtant, celle-ci est tellement importante pour gagner la confiance et surtout, l’intérêt des amateurs. On n’a pas une deuxième chance de faire une bonne première impression. Le fait que les joueuses sont bien rémunérées pour la toute première fois ne viendra pas ajouter des gens dans les estrades.
« Je suis content qu’on ait pris le défi de débuter cette ligue en six mois parce que le plus important, c’est d’avoir les meilleures joueuses, de les avoir dans des équipes, dans des endroits où les amateurs vont vraiment pouvoir les encourager, ça on l’a fait comme il faut », a expliqué Kasten.
Et c’est là que je suis en désaccord.
Avoir les meilleures joueuses, c’est important bien entendu, mais c’était le bout facile de la chose. Toutes les meilleures joueuses veulent jouer dans une même et seule ligue professionnelle.
La question à se poser est plutôt la suivante : est-ce qu’on aura encore le même discours si, à cause des décisions prises, les meilleures joueuses finissaient par jouer devant des gradins vides et obtenaient de faibles cotes d’écoute?
Le plus important pour les équipes devient donc la création d’une identité et d’un lien avec les amateurs en ayant un logo et de la marchandise à l’effigie de ce logo, tout ça dans le but de vendre plus de billets et d’avoir de bonnes cotes d’écoute.
Les joueuses tenaient à arriver d’avance dans leur marché afin de passer le mot et de faire de la publicité. Mais vous serez d’accord avec moi qu’il est difficile de faire de la publicité quand on n’a rien de concret à vendre.
Un « buzz » éphémère
À la suite du repêchage de septembre dernier, il y avait un « buzz » autour de la LPHF, effervescence qu’elle a perdue depuis, mais qui aurait pu facilement continuer avec l’annonce des logos, des noms d’équipe et de la vente de billets.
La majorité des équipes professionnelles mettent en vente leurs billets des mois avant une nouvelle saison. Et pour la plupart, ce ne sont pas des sports ou des franchises sportives qui ont de la difficulté à trouver preneurs. L’histoire nous démontre que le hockey féminin n’est pas le sport le plus facile à vendre. Je trouve ça regrettable et j’aimerais que ça change, mais ça demeure tout de même une réalité.
Alors au lieu de continuer sur sa lancée du repêchage, la ligue a donné une raison aux amateurs de l’écorcher, de la critiquer et de recevoir une presse négative, autant avec les possibles noms d’équipe (L’Écho de Montréal et le Toronto Torch n’ont pas fait fureur), l’absence de logos et le côté simpliste des uniformes.
Une première saison brouillonne?
En plus des billets et des diffuseurs, la ligue n’a pas encore annoncé l’horaire et les arénas où se joueront les matchs. Si pour les arénas, tous les contrats avec les amphithéâtres ne sont pas encore signés, Kasten a expliqué dans son point de presse qu’il avait demandé à Amy Sheer, la toute nouvelle vice-présidente principale des opérations commerciales de la ligue, de regarder ça d’un œil externe.
Ce qui est une bonne idée quand tu as du temps devant toi, quand il est 22h ou 22h30. Mais quand il est minuit moins dix, quand il reste six semaines avant la saison et que cette décision retarde ces annonces, ce n’est pas un facteur aidant.
Mais le plus inquiétant en ce qui me concerne, ce sont les propos de Kasten sur cette saison inaugurale.
« Ce que je peux vous dire, c'est que ce que vous voyez pour le moment, ce n'est pas ce qui sera présenté dans un an », a-t-il dit en parlant des uniformes.
« On ne sera pas parfait à la première saison, a-t-il aussi avoué. Après la première partie, on va commencer à arranger les choses pour la deuxième saison. On n’aura pas autant de problèmes et de délais l’an prochain parce qu’on va avoir une année complète devant nous. »
Et un peu plus tard dans le point de presse, il a ajouté:
« La première saison n’est pas expérimentale, mais c’est une saison d’apprentissage. Tous les commentaires que nous recevons sont importants pour rendre la ligue meilleure à temps pour l’année 2. »
Qu’est-ce que ça envoie comme message aux amateurs et aux médias?
Cette saison sera une année brouillonne, un pilote comme à la télé, mais l’an prochain, tout va être parfait? Ne venez pas nous voir cette saison, on n’est pas encore prêts, mais l’an prochain, tout va être correct?
Si on avait attendu une année de plus, on aurait pu faire les choses de la bonne façon dès la première saison. Toutefois, Kasten a expliqué que Mark Walter et son groupe avaient promis aux joueuses qu’elles allaient débuter à jouer cette saison. C’est donc une raison de plus pour prendre des raccourcis et ne pas partir avec une feuille blanche. Visiblement, en ce moment, cette promesse se fait au détriment de plusieurs choses essentielles au début d’une telle ligue.
Est-ce qu’il y a quand même du positif?
Toutefois, il n’y a pas que du négatif.
La vice-présidente des opérations hockey, Jayna Hefford, a annoncé qu’il y aurait des parties tous les jours de la semaine, quelque chose que le hockey féminin n’a jamais vraiment vu auparavant étant donné que la majorité des joueuses avaient un autre emploi. On jouait donc habituellement les fins de semaine.
Kasten a aussi affirmé que la grande majorité des 72 joutes, sinon toutes, seront télédiffusées, soient sur une station câblée nationale ou régionale. Les parties seront aussi toutes disponibles en ligne, peu importe si vous habitez aux États-Unis ou au Canada.
Hefford a aussi confirmé qu’une entente a eu lieu avec la Ligue américaine de hockey afin de piger dans leur bassin d’arbitres et de juges de ligne, alors que Hockey Canada et USA Hockey complèteront l’équipe.
Chaque joueuse reçoit aussi un montant forfaitaire de 1 500$ par mois en devises américaines afin de se loger, que la personne ait à déménager ou pas. C’est donc dire qu’une joueuse qui demeure dans sa ville et qui a un loyer ou une hypothèque à payer pourra appliquer ce montant à cette dépense.
Bien évidemment, les Canadiennes qui demeurent au Canada seront avantagées, car ces 1 500$ valent 2 059$ en devises canadiennes en ce moment. De plus, il est moins coûteux d’habiter à Ottawa ou à Verdun que ce l’est en banlieue de Boston ou au Connecticut, là où l’équipe de New York jouera ses matchs.
D’ailleurs, bien que pas encore confirmé, c’est un secret de polichinelle que Boston jouera à Lowell dans l’état du Massachusetts, tandis que New York jouera à Bridgeport au Connecticut. Dans les deux cas, je trouve qu’on étire pas mal. Est-ce qu’on pourrait appeler une équipe les Canadiens de Montréal si elle jouait à Joliette ou à Granby?
Bref. Certains matchs devraient tout de même être joués dans des arénas de la LNH, ce qui permettrait de quitter les banlieues le temps de quelques parties.
Un dernier aspect très peu parlé par les médias est les papiers de travail permettant aux Canadiennes de jouer dans un marché américain. Selon un représentant de la ligue à qui j’ai parlé, ces joueuses devraient toutes recevoir leurs papiers de travail à temps.
Toutefois, selon des informations que j’ai obtenues, pour certaines de ces joueuses, les documents n’ont été envoyés qu’il y a deux semaines, soit deux mois avant le début de la saison. De mon expérience avec la lutte professionnelle, cela peut prendre plusieurs mois avant d’avoir une réponse. Mais du côté de la ligue, cela ne semble pas être une inquiétude. Souhaitons-le.
Finalement, avec l’ouverture des camps d’entraînement la semaine dernière et les premières pratiques sur la glace qui ont débuté vendredi et samedi derniers, j’entends qu’il y avait une belle frénésie de la part des joueuses. Elles avaient particulièrement hâte de commencer à patiner. Plusieurs activités propres à souder les équipes ont également eu lieu dans les différents marchés. L’équipe qui sera capable d’avoir la meilleure chimie le plus tôt possible dans la saison aura une longueur d’avance sur ses adversaires.
Pour le reste, puisque les joueuses n’ont pas le contrôle sur ce qui se passe à l’extérieur et dans les bureaux de la ligue, les uniformes et logos par exemple ne sont pas des sujets de discussion comme tels, mais elles réalisent tout de même la presse négative que la ligue reçoit.
Êtes-vous prêts?
Certains et certaines collègues dans les médias me trouvent sévère envers la LPHF. Je suis conscient que mes propos ne font pas l’unanimité. Cependant, lorsqu’on nous vend cette ligue comme étant la meilleure ligue de hockey féminin de tous les temps, voire presque révolutionnaire, on crée des attentes.
Et que ça plaise ou non à certaines personnes, c’est la ligue et ses différents porte-paroles qui les ont créées ces attentes.
Oui, pour la première fois, 120 joueuses dans une même ligue vont pouvoir vivre de leur sport, tout comme des entraîneurs et des membres du personnel de soutien.
Et c’est fabuleux!
Mais n’en reste pas moins que pour l’instant, un amateur n’a pas un sentiment d’appartenance à une équipe, mais bien à une ville, ville pour laquelle il ne peut encore acheter de billets ou savoir à quel prix les acheter, à quel aréna elles vont jouer, sur quelle station, à quelle date et à quelle heure regarder les matchs. Et que dire des compagnies qui voudraient acheter des billets de saison?
À Montréal, à six semaines du début de la saison, avec le Canadien, le Rocket, le championnat mondial de hockey junior et le temps des Fêtes à nos portes, percer le marché montréalais ne sera pas facile. Ça va prendre plus que Marie-Philip Poulin. Toutes les joueuses devront être mises à contribution, mais faut-il encore que l’équipe soit composée.
Je le dis et je le répète: j’aime le hockey féminin et je souhaite de tout cœur que la LPHF soit la dernière ligue de hockey féminin à exister. Dans le sens que ce soit la bonne cette fois-ci.
Mais je ne suis pas porte-parole de la ligue. Je suis chroniqueur. J’ai des interrogations et j’ai des réserves sur certaines décisions prises. Les mêmes que les amateurs ont et pour lesquelles ils ont droit à des réponses.
Sur la plateforme X, la LPHF a publié un message demandant aux amateurs s’ils étaient prêts pour le début de la saison.
Un internaute a répondu : « Vous n’avez pas de noms d’équipe et de logos, VOUS n’êtes pas prêts! »
Et à tort ou à raison, c’est le sentiment de plusieurs.

L’équipe féminine des Stingers de Concordia domine au pays
Parlant de positif, je veux vous parler de hockey universitaire féminin, parce qu’à défaut d’avoir une ligue de hockey féminin junior majeur, les circuits universitaires canadiens et américains rassemblent les futures vedettes de la LPHF.
Et plus particulièrement, je veux vous parler des Stingers de Concordia.
L’équipe a remporté le championnat canadien il y a deux ans et a perdu en finale, en prolongation l’an dernier. Et cette année, elles sont invaincues en 10 matchs. Ce qui en fait non seulement la seule équipe de la RSEQ, mais aussi la seule des 35 équipes qui composent le circuit universitaire canadien à n’avoir pas encore subi la défaite.
L’équipe, dirigée par l’ancienne olympienne Julie Chu et la membre du temple de la renommée du hockey Caroline Ouellette, est 10-0-0 avec seulement 13 buts accordés, le plus bas total dans la ligue.
Cinq des 10 meilleures pointeuses jouent à Concordia soient Chloé Gendreau, Emmy Fecteau, Jessymaude Drapeau, Émilie Lavoie et Émilie Lussier. Fecteau et Lavoie avaient d’ailleurs terminé dans le top 3 des meilleures du circuit québécois universitaire l’an dernier.
Pour sa part, Lussier, avec ses 15 points, est au deuxième rang des meilleures pointeuses de la ligue, derrière les 17 points de Gabrielle Santerre des Gaiters de Bishop, mais avec deux matchs de moins à sa fiche. Fait à noter, les deux, qui en sont à leur année recrue, avaient également terminé première et deuxième meilleures pointeuses en division 1 au niveau collégial l’an dernier.
Devant le filet, les Stingers peuvent compter sur deux gardiennes de premier plan. Jordyn Verbeek a une moyenne de buts alloués de 1.06 et un pourcentage d’arrêts de 0.940 tandis que la recrue de 18 ans Arianne Leblanc, qui avait grandement impressionné dans la ligue Living Sisu l’été dernier et qui a fait partie de l’équipe canadienne des moins de 18 ans l’an dernier, a une moyenne de buts alloués de 1.58 et un pourcentage d’arrêts de 0.922.
En terminant, le week-end dernier marquait le retour au jeu de Rosalie Bégin-Cyr, blessée à une main dans un match présaison. La quatrième meilleure pointeuse du circuit l’an dernier avait signé un contrat avec la Force de Montréal avant la vente de la PHF au groupe de Mark Walter. Toutefois, devant autant d’incertitudes face à la prochaine saison de hockey, elle avait choisi de ne pas se rendre disponible au repêchage de la LPHF et plutôt, de jouer sa dernière année d’éligibilité universitaire. Son retour ne fait qu’améliorer une équipe qui semble avoir oublié comment perdre.