Tous les résultats
Publicité

Une pas pire épopée

Photo portrait de Jean-Charles Lajoie

Jean-Charles Lajoie

2026-05-19T22:20:53Z

Partager

Parfois, le hockey dépasse le sport.

Il devient un baume. Une respiration collective. Un rappel de ce que nous sommes.

2021 a été ça.

Un baume sur les plaies encore vives d’un Québec figé, anesthésié par l’arrêt brutal du monde. Une finale de la Coupe Stanley inespérée, célébrée à moitié, devant des gradins dégarnis. Un peuple qui n’était plus tout à fait lui-même, abruti par le délirium pandémique planétaire.

2014, lui, nous avait fait vibrer autrement.

Le Québec debout derrière le Canadien. Carey Price qui menait la charge. Michel Therrien qui embrasait son vestiaire. Jusqu’à ce moment fatidique. Chris Kreider. Le genou. La fin abrupte d’un grand rêve. Quelques matchs plus tard, avec Dustin Tokarski devant le filet, le CH était en vacances.

2010, c’était la magie pure.

Entré par la dernière porte disponible, le Canadien avait successivement éliminé les Capitals de Washington, champions de l’Est, puis les Penguins de Pittsburgh, deuxièmes de l’Association. Chaque fois en sept matchs. Le printemps Halak. Un petit club bien coaché par Jacques Martin. Et un gardien slovaque diminutif qui laissait Carey Price, encore joyau en devenir, admiratif sur le banc.

Mais l’essence avait fini par manquer.

Alors que tout le Québec voyait le CH en grande finale, les Flyers et un certain Michael Leighton ont plutôt obtenu le privilège d’y accéder... avant de perdre contre les Blackhawks de Chicago. Résignés, les partisans avaient compris : cette équipe était allée plus loin qu’au bout d’elle-même.

Publicité

En 2021, Tampa était tout simplement trop fort.

Et on ne saura jamais ce qui serait arrivé si Shea Weber et Carey Price avaient été en parfaite santé.

En 2014, Carey semblait en route vers la Coupe et le Conn Smythe avant l’attaque sournoise de Kreider.

Et voilà 2026.

Fascinante.

Une pas pire épopée, comme le chante Daniel Boucher.

Les victoires contre Tampa, puis Buffalo, sont pleinement méritées. Ce groupe est parfait dans son imperfection. Il tombe, se relève, carbure aux grands enjeux. Il aime le danger, confiant de pouvoir le surmonter.

Dès jeudi, il fera face à son plus gros défi du printemps : des Hurricanes en pleine forme, très reposés. On y reviendra. Longuement.

Pour l’instant, célébrons.

Célébrons une équipe engagée à nous enflammer. Des joueurs qui affichent du cran, de la détermination. Ils savent très bien que le Québec ne vibre que pour les voir jouer et gagner. Ils veulent combler vos attentes.

On n’a pas été aussi proches d’un groupe de joueurs du Canadien depuis l’époque mythique du Forum.

Cette ère fabuleuse où Guy Lafleur et les autres s’arrêtaient à la sortie, rue Lambert-Closse, pour parler aux partisans.

Le déménagement au Centre Molson a plongé le partisan dans une grande noirceur. Celle de l’admiration contenue, rarement partagée en chair et en os. Les garages souterrains. Les vitres teintées. La distance.

En 2026, les garages sont toujours là.

Mais les p’tits gars aussi.

Ces enfants dans des corps d’hommes vous aiment. Ils trippent à vous voir tripper. Ils habitent le centre-ville. Ils y circulent librement. Ils prennent le temps de vous parler.

Ils sont « selfies », pas « selfish ».

Connectés à la réalité de la meilleure ville de hockey au monde.

Surtout, ils ne veulent pas que ça s’arrête.

Ce groupe-là — Martin St-Louis en tête — est spécial.

Et quelque chose me dit que la Caroline, elle non plus, ne les prendra pas au sérieux.

Publicité
Publicité