Une médecin québécoise championne de boxe après une paralysie et une grossesse

Mylène Richard
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Soudainement partiellement paralysée du bras droit, des spécialistes lui avaient conseillé d’oublier la boxe. Puis enceinte, elle a subi des complications et on lui avait dit qu’il était impensable de remonter dans le ring deux mois après avoir accouché. Rien de cela n’a découragé une médecin québécoise accro aux sports.
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Maguy Deslauriers a fait fi des commentaires négatifs en remportant en début d’année les Gants d’argent à Drummondville. Ce n’est pas tant la manière dont elle a facilement gagné la finale des 65 kilos (143 lb) — une catégorie plus lourde qu’à son habitude en raison de sa grossesse — qui a retenu l’attention, mais plutôt sa réaction émotive. Avec son petit Francis Jr. dans les bras, elle a fondu en larmes dans l’arène.
«Tant et aussi longtemps que j’ai mes deux jambes, je vais me relever. Jamais, je ne vais rester à terre», assure Deslauriers lors d’un entretien avec Le Journal au Club de boxe de Saint-Hyacinthe, d’où elle est originaire.
En berçant son fils et en l’allaitant, la femme de 33 ans a raconté comment les obstacles ne l’ont pas mis K.-O.

Tâches impossibles ou difficiles
Tout a basculé quand on lui a diagnostiqué en août 2023 le syndrome de Parsonage-Turner. En poste à l’urgence de l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe, la Dre Deslauriers a commencé à ressentir une douleur étrange qui descendait en suivant le nerf thoracique long. L’intensité s’est accentuée en soirée et durant la nuit, son omoplate droite s’est complètement décollée.
«À la fin de mon quart de travail, je ne pouvais plus lever mon bras. J’ai capoté», admet-elle, se rappelant l’incompréhension.
«C’est vraiment rare. On pense que c’est un virus qui atteint un nerf et il arrête de fonctionner. Il n’y a plus d’influx électrique qui va dans le muscle», explique Deslauriers.
Elle ne pouvait plus lever le bras au-dessus de sa tête. Ranger les assiettes dans l’armoire était une tâche impossible. Elle avait de la difficulté à s’habiller et à se déshabiller.

La fin du monde
Après avoir «pleuré [sa] vie pendant deux jours» — elle qui ne verse pourtant «jamais» de larmes — Deslauriers a été vue par des experts. Mais la conclusion ne lui a pas plu.
«Il n’y avait rien à faire! Je devais attendre jusqu’à deux ans afin de savoir comment ma condition allait évoluer. Peut-être que ça va revenir, peut-être que non», relate-t-elle.
«J’ai cherché, j’ai lu des études, parce que ça ne se pouvait pas qu’il n’y ait rien à faire. On m’a dit: “Faudrait que tu changes de sport, je ne pense pas que tu vas boxer de nouveau un jour.” C’était la panique générale. Je ne voulais pas rester handicapée toute ma vie.»
«C’était la fin du monde» pour cette athlète multidisciplinaire. Ayant plus jeune joué au hockey et pratiqué des arts martiaux comme le muay-thaï et le kickboxing, elle s’adonne aujourd’hui à la boxe, au dekhockey, au pickleball et à l’entraînement fonctionnel.
«Je me suis dit que ça allait être fini quand moi je le déciderai. Ce n’est pas vrai que j’allais m’apitoyer sur mon sort», indique celle ayant rapidement été traitée avec de la cortisone.

Un millimètre par jour
La Dre Deslauriers a stimulé son muscle tous les jours pendant les neuf mois suivants afin d’éviter qu’il s’atrophie.
Et même si elle ne pouvait faire ni push-up ni burpee, elle a continué d’aller au gym quotidiennement, tout en travaillant à l’urgence. Il n’y a cependant pas eu d’amélioration pendant six mois.
«Ç’a été rough. Ç’a repris très tranquillement. C’est un long nerf qui guérit un millimètre par jour», note-t-elle.
Après un an et demi d’efforts et d’espoir, son bras a regagné un peu de force. Mais son omoplate est encore décollée. Elle ne peut pas pousser les mêmes charges ni décocher beaucoup de jabs.
Dans trois mois, cela fera deux ans qu’elle vit avec cette maladie rare. Elle estime être rétablie à 75%.
«Probablement que je vais rester avec une faiblesse au bras droit, mais ça ne m’empêche pas de faire mes choses et de gagner des compétitions», dit Deslauriers, qui heureusement, est gauchère.

Repos total
Quand sa situation a semblé s’améliorer, Maguy Deslauriers est tombée enceinte à la suite d’un traitement in vitro, une autre croisade éprouvante. Puis, à 29 semaines et demie de grossesse, elle a failli accoucher. Résultat: arrêt de travail, fini les activités physiques, repos complet pendant deux mois.
«Je ne pouvais même pas marcher à l’extérieur de la maison. Les gens ne pensaient pas que j’allais respecter mes conditions!»
Puis, quatre jours après avoir donné naissance au beau Francis Jr., Deslauriers était de retour à l’entraînement. La machine était repartie, même si certains exercices comportant des sauts et de la course étaient impossibles dans l’immédiat.
«Sans des gyms, comme le Blackburn Athletics, le GymXtra ou le Crunch, qui permettent d’y amener nos bébés, ma force physique ne serait pas pareille. Il y a même des employées qui mettent le porte-bébé pour s’en occuper pendant que je m’entraîne!» s’enthousiasme-t-elle.

Le syndrome de Parsonage-Turner
Une maladie rare qui se caractérise par une paralysie ou une parésie spontanée d’un ou des deux membres supérieurs (épaule, omoplate, bras, coude, cou).
Cette amyotrophie névralgique se manifeste d’abord par une douleur vive qui peut durer quelques semaines. Une faiblesse ou paralysie s’installe rapidement après le début de la douleur, usuellement dans les 24 premières heures jusqu’à deux semaines après.
La maladie présente une récupération variable, allant jusqu’à au-delà de 2 ans à 3 ans. Les séquelles étant fréquentes; seulement 44% des patients s’en remettent totalement.
Chaque année, 2 à 3 cas sont diagnostiqués par tranche de 100 000 personnes.
Les causes exactes ne sont pas totalement élucidées, mais semblent toutes provenir d’un processus auto-immun. Environ 50% des cas présentent un antécédent d’événement ou une condition préexistante comme une vaccination, une infection, du sport, une grossesse ou une chirurgie.
Source: une étude du National Center for Biotechnologie Information publiée dans le National Library of Medicine en 2016
