Une légende québécoise est née à Cooperstown


Benoît Rioux
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COOPERSTOWN, New York – Bien des grands joueurs de baseball auront foulé le terrain du Doubleday Field, à Cooperstown, au fil des ans. Il y a eu Babe Ruth, Ted Williams, Willie Mays, Hank Aaron, puis, plus récemment... Stéphane Laviolette.
Le fait de louer entre amis le mythique stade situé à un jet de pierre du Temple de la renommée du baseball, dans l’État de New York, a le pouvoir de confondre le rêve et la réalité. J’ai moi-même vécu l’expérience, le week-end dernier, avec une vingtaine d’autres Québécois.
Du lot, c’est «Lavio», un coéquipier pour la journée, qui devait offrir la plus belle scène. Les Dieux d’Acton Vale menaient par un point quand le petit jeune de 56 ans, jadis une légende des Orioles d’Ahuntsic, a pointé les gradins du champ droit en se présentant au bâton. Le temps d’un instant, il s’est imaginé dans la peau du «Bambino» durant le troisième match de la Série mondiale de 1932 au Wrigley Field. Et devinez quoi? Laviolette a propulsé le tir du lanceur de l’autre côté de la clôture, à plus de 350 pieds du marbre, pour redonner les devants aux Aigles de Sainte-Julie.
«Un moment magique dans une journée magique, a qualifié Denis Lamontagne, qui, à titre d’organisateur du voyage, en était à une septième partie à vie au Doubleday Field. Tout le monde qui était là va s’en rappeler [...] Il l’a fait! Et pas après avoir essayé deux ou trois fois pendant une pratique au bâton. Il l’a fait, pendant un match, sur le lancer suivant son geste.»

Les étincelles dans les yeux
Ancien lanceur émérite dans le monde du baseball senior au Québec et maintenant copropriétaire de la compagnie de bâtons de bois North Stick, Lamontagne peut ajouter à son statut le titre de «marchand de bonheur».
«Lorsqu’on vit une expérience comme celle-là, c’est de voir les étincelles dans les yeux des gars qui me fait le plus plaisir, ça n’a pas de prix», résume-t-il.
Si on n’a pas tous l’étoffe de pouvoir se prendre pour Babe Ruth, chacun profite pleinement du privilège de jouer là où des centaines de pros ont déjà posé les pieds. Si Ruth a fait partie du premier match intitulé «Hall of Fame Game» en 1939, une partie caritative avait lieu annuellement au Doubleday Field, de 1940 à 2007, entre deux équipes du baseball majeur. Les Expos de Montréal y ont d’ailleurs joué en 1970 et en 1996.
Un match de cinq coups sûrs
À titre personnel, j’aurai eu le plaisir de terminer la rencontre avec un étonnant total de cinq coups sûrs en six présences au bâton. La balle avait des yeux tandis que ma mémoire sélective finira sans doute par oublier ce simple chanceux sur une distance estimée à quatre ou cinq pieds. En agissant comme receveur en défensive, j’ai surtout eu l’impression de marcher sur les traces de Yogi Berra et de Gary Carter.

Dans un pointage digne d’un match de football, on a gagné par un placement au bout des neuf manches. En plus de «Lavio», je lève ma casquette aux partenaires de voyage Jean-Philippe Bertrand, Jean-François René et Marc-André Towner pour leur contribution sur le terrain et à l'extérieur de celui-ci, mais également à «Vince the Prince», qui, propulsé par sa moustache digne de Cito Gaston, a frappé un simple opportun de deux points en fin de huitième manche.

Au tour de Russell Martin
Ce samedi 25 mai, c’est le Québécois Russell Martin qui sera au Doubleday Field, à Cooperstown, pour la première édition de la Classique Est-Ouest du Temple de la renommée, une initiative visant à rendre hommage au passé relié aux Ligues des Noirs.
Ken Griffey fils, Ozzie Smith et le Canadien Ferguson Jenkins feront également partie des joueurs de légende sur place. À Russell, je dirai que c’est avec un énorme plaisir que j’ai réchauffé sa place derrière le marbre.
