Une job de bras contre Jérémy Filosa

Jean-Charles Lajoie
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Je connais Jérémy Filosa depuis plus de 17 ans. Fier membre de la communauté italienne de Montréal, Filo a le sang chaud...
Il a des opinions. Il est fort en gueule...
Il est aussi un journaliste, un vrai. C’est un gars de terrain qui n’a jamais compté les heures et qui arrive toujours avec des histoires qui sont fouillées, documentées et intéressantes...
La rumeur circulait depuis quelques jours et, plus elle circulait, plus l’odeur était nauséabonde...
Et puis, ce matin, Filo lui-même, voyant que la nouvelle allait sortir de toute façon, a choisi de la rendre publique sur son compte X.
Il a été informé par une dame de la multinationale Apple aux États-Unis que ses services ne seraient plus requis lors de la retransmission des matchs de la MLS sur cette plateforme numérique...
Premier réflexe : déjà des coupes budgétaires chez Apple dans le «deal» un peu insensé de la MLS...
Pas du tout! Même que la dame en question aurait utilisé le terme «impeccable» pour décrire à Filo la qualité de son travail pour le compte d’Apple...
Elle lui aurait ensuite expliqué que certaines de ses prises de positions éditoriales, sur ses réseaux sociaux ainsi que lors de ses passages au Sick Podcast de Tony Marinaro, auraient fortement déplu à certaines personnes qui l’auraient fait savoir à Apple... qui aurait ensuite choisi de mettre un terme à son entente avec Filo.
Autrement dit, si ce qui est avancé est vrai, les propos de Filo, tenus dans un contexte de prise de position éditoriale qui n’engageait que lui et aucun groupe de presse – et aucune entreprise de sport et de divertissement – ont déplu à un point tel qu’ils ont été signalés à Apple, qui a décidé de congédier Filo.
Si c’est le cas, et il semble que ce soit bel et bien le cas, il faut que le rapporteur des propos de Filo soit quelqu’un d’assez puissant pour ébranler le géant Apple...
Il faut aussi qu’Apple soit assez faible pour s’applaventrir et ramper devant cette personne en lui offrant la tête de Filo, le mal-aimé...
Si c’est le cas, et il semble que ce soit bel et bien le cas, c’est plus que gênant... c’est carrément scandaleux et abject.
C’est surtout dangereux puisque ça signe à l’encre rouge l’acte de décès annoncé de l’indépendance des journalistes, chroniqueurs et autres animateurs sportifs... du moins en dehors des groupes de presse traditionnels.
Je vous pose la question à ce moment-ci : pensez-vous vraiment qu’un groupe de presse traditionnel reconnu du Québec, qu’il soit Québecor Média, Bell Média, Cogéco ou même Radio-Canada se coucherait devant les doléances d’une organisation de sport professionnel, pas contente des propos tenus par un de ses employés?
Je vous demande vraiment de réfléchir à ça sur un principe : partout sur les réseaux sociaux et dans plusieurs blogues de mauvais goût, des spécialistes pour jouer les victimes essaient de vous manipuler en disant que les diffuseurs officiels lèchent les bottes des organisations professionnelles et ainsi vous disent quoi penser...
Pourtant, d’aussi loin que je me rappelle, je n’ai aucun souvenir d’un collègue qui a perdu sa job parce qu’un patron d’un club pas heureux de son propos a appelé son boss et que celui-ci a décidé de le «clairer».
Que des organisations appellent les patrons des médias traditionnels détenteurs de droit pour relever des insatisfactions devant certaines positions éditoriales est très commun.
Qu’un boss se couche et «claire» un employé à la suite de l’appel d’un dirigeant d’équipe? Jamais rien vu de tel...
Pour vous autres ce soir, c’est peut-être anodin. Peut-être même que vous vous dites que je défends un chum qui vient de perdre sa job...
Je vous répète donc que jamais je n’ai défendu et que jamais je ne vais défendre l’indéfendable...
Ce qui est aussi vrai que toujours j’ai décrié et toujours je vais décrier la bêtise et les injustices crasses...
Jérémy Filosa vient d’être victime d’une injustice, d’une job de bras parce qu’il a critiqué une organisation professionnelle...
C’est troublant, c’est d’autant plus désolant que Filo a toujours été le premier en avant de la parade à porter aux nues cette organisation qu’il aime profondément et qu’il veut voir réussir, probablement plus qu’elle ne le veut elle-même...
Je tiens aussi à péciser une autre fois ici que jamais, que ce soit chez Corus québec, Cogéco, RNC Média ou ici chez Québécor, jamais on ne m’a dit quoi dire ou surtout quoi ne pas dire, pas plus qu’on ne m’a demandé de me taire sur un sujet ou un autre... jamais!
Je remercie tous ses patrons qui recevaient fréquemment les ressacs négatifs à mon endroit de la part des organisations et qui, du bout des lèvres, m’en parlaient essentiellement pour me dire : «Continue de bien faire ta job je vais gérer le reste.»
Enfin, je veux terminer en m’adressant aux organisations de sport professionnel de Montréal...
Il y a un immense danger que vous semblez ignorer à tenter de tout aseptiser, à tenter de tout contrôler, surtout le message...
Ce danger est celui d’anéantir l’émotion, de rendre stériles vos partisans, de les faire purs témoins de votre mouvement sectaire dans lequel ils ne peuvent pas s’exprimer et débattre, ce qui fait partie intégrale du sport...
L’émotion, le débat, la contestation, la remise en question... tout ça, c’est le sport! C’est toute sa force et sa splendeur... c’est ce qui amplifie l’ivresse dans la victoire...
Vos manœuvres tendancieuses sont en train lentement mais surement, j’en ai vraiment très peur... de tuer l’amour!