Une guerre qui se finit par un combat nul
Pour la première fois en 30 combats, Christian Mbilli n’est pas sorti du ring avec la victoire, cette fois-ci lors d’un duel qui aurait pu propulser sa carrière


Jean-Nicolas Blanchet
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LAS VEGAS | «Après un combat comme ça, les deux gars ne seront plus jamais les mêmes. Ça te magane la vie, se battre comme ça.»
Cette réplique, c’est celle de Mathieu Casavant, expert en boxe à TVA Sports et impliqué dans ce sport à différents niveaux depuis plusieurs années. Il a regardé le combat avec moi. Il avait prédit le résultat avant qu’il soit annoncé.
C’est-à-dire que Christian Mbilli (Québec) et Lester Martinez (Guatemala) ont réalisé un match nul au terme de 10 rounds.
Le clan Mbilli (29-0) savait que Martinez (19-0) était un adversaire extrêmement dangereux.
Une guerre, pas de la boxe
On l’a bien vu. Les deux se sont livré un furieux combat, ou plutôt une bagarre, où la défensive ressemblait à celle du Canadien trop souvent depuis quelques années.
C’était une guerre, pas de la boxe. Personne ne s’évadait. Les deux s’attaquaient de façon frontale. C’était hallucinant en direct.
Sans l’ombre d’un doute, ce fut le combat le plus spectaculaire de ce qui était un des galas de boxe les plus gros de l’histoire à Vegas, avec la présentation du duel Canelo c. Crawford. Tout ça pour la première fois dans le stade de football, qui a affiché un record d’assistance, avec plus de 70 000 personnes présentes.
Dès les premiers instants, les coups arrivaient de partout de part et d’autre. Personne ne dansait là. Au premier round, Mbilli a réussi à toucher solidement son opposant, qui frappait aussi. Le rythme endiablé m’essoufflait juste à les regarder. Ça ne peut pas être comme ça durant 10 rounds?

Ç’a l’air, car le deuxième round était aussi intense. Martinez vise l’uppercut, c’est son arme qui a couché la plupart de ses 16 K.-O. en 19 combats. Il ne s’agit que d’un moment d’inattention de Mbilli, et il subira le même sort.
La foule adore
Les deux n’arrêtent pas leur bagarre et vont respirer durant une petite minute avant de refaire la même chose. Ça réveille la foule, qui n’avait pas eu de combats très enlevants jusque-là.
Plus le combat avançait, et plus Mbilli faisait reculer Martinez. Mais ce dernier résistait. Au milieu du combat, le vent a commencé à tourner. Mbilli a été touché souvent. Son visage ne se ressemblait plus tant que ça. Martinez en a profité pour passer à l’attaque, devant le pugiliste d’Eye of the Tiger, qui répliquait de façon puissante, mais moins souvent. On le sentait moins en équilibre.

Ça restait néanmoins très serré et ça continuait à frapper fort, d’un côté comme de l’autre.
La fin approchait et la foule se mettait à s’animer. Et un stade de football qui s’anime à Vegas, ça donne des frissons.
Au 10e round, les deux boxeurs savaient que tout pouvait encore se jouer, et ç’a été impitoyable. Les 10 dernières secondes ont fait bondir le stade, alors que les deux jouaient le tout pour le tout et qu’ils étaient clairement au bout du rouleau. C’était violent, mais d’un courage fascinant.
Visibilité
Un combat nul n’était pas le plan de Mbilli. Mais il reste invaincu et a surtout fait ce qu’il devait: donner un spectacle. Il avait enfin la vitrine qui lui permettait de montrer à la planète qu’il doit être reconnu comme une vedette de la boxe.

Sa popularité pourrait enfin être à la hauteur de son talent avec cette visibilité.
Pour ça, c’est clair, il s’est bien fait remarquer. Et les amateurs voudront revoir un gars qui donne un tel show.
Tout ça devant le nouveau grand manitou de la boxe, le Saoudien Turki Al-Sheikh, qui organisait ce gala et qui y assistait en compagnie de l’acteur Jason Statham à la première rangée. Et tout ça diffusé aux 300 millions d’abonnés Netflix dans le monde.
Le Québec était bien représenté par Mbilli, alors qu’on pouvait le voir se préparer dans le vestiaire avec un gigantesque drapeau du Québec que son équipe a amené sur le ring lors de sa présentation.

Beau clin d’œil aussi de la voix de la boxe, Michael Buffer, qui y est allé d’un «mesdames et messieurs» pour le présenter, mentionnant qu’il venait du Québec et non seulement du Canada.