Une foule décevante pour le miracle de la Victoire

Patric Laprade
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La Victoire a miraculeusement gagné, Laura Stacey est une guerrière et Abby Roque est vraiment une joueuse de séries.
Mais j’y reviendrai.
Parce que toutes ces extraordinaires performances se sont déroulées devant la plus petite foule de l’histoire de la Victoire à la Place Bell, alors que seulement 5062 spectateurs étaient présents jeudi soir.
Une excellente foule si on la compare à certains autres marchés. Une extraordinaire foule si on la compare aux autres équipes montréalaises de hockey féminin du passé.
Mais une foule décevante quand on la compare à elle-même.
En saison régulière, Montréal a attiré en moyenne 9950 personnes à ses matchs locaux. Excluant celui présenté au Centre Bell, on parle d’une moyenne de 9271, bonne pour le troisième rang de la LPHF.
C’est en séries éliminatoires que ça se gâte.
Si le tout avait bien débuté pour la Victoire avec 9364 partisans lors du premier match de la série demi-finale contre Minnesota, les assistances ont dégringolé par la suite. Une foule de 7530 lors du match suivant, 6104 pour le match numéro cinq et 5062 hier, près de la moitié moins qu’en saison régulière.
Ce n’est vraiment pas un bon look pour l’équipe. En séries éliminatoires, les billets devraient se faire plus rares, pas l’inverse.
Comment peut-on expliquer ça ?
Le prix des billets
De ce que certains amateurs témoignent, le prix pour assister à un match à la Place Bell en séries est bien plus cher qu’en saison régulière. Et ici aussi, il faut comparer des pommes avec des pommes. Le billet le moins cher pour la Victoire jeudi soir se vendait 83 $. Rien à voir avec les centaines, voire milliers de dollars qu’un billet au Centre Bell coûte pour le Canadien. Il faut plutôt le comparer avec ce que ça coûtait en saison régulière.
Une partisane écrivait sur le groupe Facebook de la LPHF qu’un billet qui se vendait 60 $ en demi-finale se vend maintenant 98 $ pour la finale. Une autre mentionnait qu’un billet en première rangée se détaillant 115 $ en saison régulière se vendait maintenant 230 $ pour la finale. D’autres mentionnaient que certains billets étaient de 50 $ à 60 $ plus chers en séries.
Il faut se rappeler que depuis la première saison, la Victoire met beaucoup d’accent sur les prix abordables afin d’attirer les familles. Si un billet augmente de 50 $, pour une famille de quatre, on parle de 200 $ de plus. Je peux comprendre qu’on saute des matchs ou qu’on passe carrément notre tour.
La mise en vente des billets
Les personnes s’étant procuré des billets de saison avaient, il y a quelques mois, une fenêtre pour se procurer des billets pour les potentiels six matchs de séries. Ensuite, les billets pour la finale n’ont été mis en vente que la veille du match numéro un : les détenteurs de billets de saison à 10h, les abonnés de l’infolettre à midi et n’importe qui à compter de 14h.
Pourquoi les billets n’étaient-ils pas disponibles plus tôt ?
Ce n’est pas la Victoire et la LPHF qui a le contrôle là-dessus. Un représentant de la ligue m’a confirmé hier soir qu’Evenko a la responsabilité de mettre les billets en vente et que l’équipe et la ligue n’y peuvent rien.
On doit évidemment donner priorité aux détenteurs de billets et aux abonnés de l’infolettre. À quoi bon s’y inscrire si on ne bénéficie pas d’un avantage.
En fin de compte, ce n’est pas de la faute de la ligue ni celle d’Evenko. Avec un avis de 30 heures, il y a une limite à ce qu’on peut faire.
Cole Caufield et sa bande
Et il y a le Canadien.
En déplaçant le match de lundi et en ne voulant pas jouer dimanche pour ne pas jouer deux matchs en deux soirs (le premier match à Ottawa est prévu pour lundi et on parle déjà de plus de 10 000 billets vendus), on était limité dans les choix.
Le match du Canadien était à Buffalo, il n’y avait pas de rassemblement en face du Centre Bell ou de visionnement collectif à l’intérieur de celui-ci, mais entre les restaurants, les bars et les gens qui se rassemblent (ou pas) pour l’écouter à la maison, ça a affecté l’assistance de la Victoire.
Ce n’est pas un hasard si les deux plus basses assistances de la saison sont survenues alors que le Canadien jouait en même temps.
Le deuxième match de la série finale entre Montréal et Ottawa aura lieu samedi à 14h, soit cinq heures avant celui du Canadien au Centre Bell. Un jour de fin de semaine, en après-midi, sans compétition, on peut s’attendre à un retour à la normale au niveau des assistances.
Laura Stacey, la guerrière
Parlons hockey maintenant.
Le match était pratiquement terminé. Il ne restait qu’une minute et 35 secondes en troisième période lorsque Brianne Jenner s’est dirigée vers le filet sur le flanc droit. Poursuivie par une joueuse de la Victoire, elle avait un filet désert devant elle. Mais son lancer a manqué de précision et a touché l’extérieur du poteau.
Si elle marque, Ottawa prend les devants 3 à 1 et remporte le premier match de la série.
En revanche, une minute plus tard, Laura Stacey s’est fait frapper le long de la bande par Gabbie Hughes. Une mise en échec légale, mais Stacey est tombée durement sur la patinoire. Le jeu s’est arrêté et on a vu une Stacey se tordre de douleur et se tenir le genou droit. Une scène troublante à regarder.
Le jeu a repris et je voyais que les joueuses de Montréal avaient le feu dans les yeux. On voulait égaliser la marque pour Stacey.
Et avec 2.1 secondes à faire, Nicole Gosling a pris un retour de lancer de Maureen Murphy pour permettre à son équipe d’aller en prolongation.
Puis, une quinzaine de minutes plus tard, à la grande surprise de tous et toutes, Stacey était de retour sur la patinoire. Une décision de dernière minute, pour ne pas dire dernière seconde, que même Ann-Renée Desbiens et Abby Roque ont apprise en arrivant sur la patinoire.
On voyait qu’elle n’était pas à 100 %, mais Laura Stacey est une guerrière, une vraie et rien n’allait l’empêcher de jouer cette prolongation. Et pour ceux qui doutent, il s’agissait d’une vraie blessure, pas d’une audition pour une équipe de soccer.
Abby Roque, faite pour les séries
Avec un peu plus de deux minutes jouées en surtems, un lancer de Maggie Flaherty a dévié sur Laura Stacey devant le filet, puis carrément sur la cage protectrice du casque à Abby Roque pour déjouer Gwyneth Philips.
Entre le but à 2.1 secondes, le retour de Laura Stacey et cette double déviation sur le but gagnant, plusieurs parlaient de miracles après le match.
Avec ce deuxième but du match, le premier sur une superbe passe de Nadia Mattivi, qui jouait son premier match des présentes séries, Abby Roque démontre pourquoi elle se décrit comme une joueuse de séries.
Elle a joué plus de 20 minutes, elle était de toutes les batailles et sa contribution a permis à la Victoire d’aller chercher le premier gain dans cette série.
Dans les notes de mon iPhone
- Kori Cheverie a fait quelque chose hier qu’elle n’a pas souvent fait en séries éliminatoires, soit changer ses trios durant un match. En effet, en fin de deuxième période, elle a remplacé Catherine Dubois sur le premier trio par Abby Roque. Force est d’admettre que dans ce cas-ci, le tout lui a porté ses fruits.
- Pour les personnes se demandant pourquoi le logo de la Victoire ne se retrouve pas au centre de la patinoire maintenant que le Rocket est éliminé, la raison réside, entre autres, dans l’achalandage de la Place Bell lors des prochains jours. Un représentant de la LPHF m’a indiqué que l’équipe a fait tout en son possible pour que ça se réalise, mais étant donné qu’il faut enlever et remettre la patinoire compte tenu du spectacle présenté à la Place Bell vendredi soir, ça rendait le tout impossible. Par contre, rien ne m’a été dit pour expliquer pourquoi le logo n’y était pas pour le match numéro un.
- La ville de Terrebonne présentera samedi, dès 14h, le match entre la Victoire et la Charge sur la place publique du Vieux-Terrebonne. Puis, à 19h, ce sera le match entre le Canadien et les Sabres qui y sera diffusé sur écran géant. Selon le conseiller municipal Michel Corbeil, Terrebonne deviendra la première ville au Québec à présenter un match de la Victoire à l’extérieur, dans un endroit public. Une très belle initiative !
- S’il y a un match numéro cinq dans cette série, cette ultime rencontre aura lieu le samedi 23 mai à 12h30 à la Place Bell. Oui, en même temps que les qualifications de la Formule 1 au circuit Gilles-Villeneuve.
- La LPHF a fait l’annonce de deux directrices générales pour ses équipes de l’expansion. La Québécoise Manon Rhéaume dirigera la nouvelle concession à Détroit, alors que Dominique DiDia occupera le même poste à Las Vegas.
- Ancienne gardienne de but, seule femme à avoir participé à un match présaison d’une équipe de la LNH et médaillée olympique, Rhéaume habite au Michigan depuis plus d’une décennie et occupait le poste de conseillère aux opérations hockey et aux espoirs des Kings de Los Angeles. DiDia a pour sa part joué au hockey dans les rangs universitaires, avant de travailler neuf ans pour les Kings entre autres à titre de directrice du marketing. Depuis 2022, elle travaillait pour CAA Sports, ayant co-dirigé le département féminin de cette agence d’athlètes.