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Une collision mortelle d'une moto-cross avec une cycliste devient le cœur d’un livre bouleversant

Photo fournie par Francesca Mantovani
Photo portrait de Karine Vilder

Karine Vilder

2025-11-09T12:00:00Z

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En 2012, le quotidien du journaliste Paul Gasnier a pris un tournant tragique. Dans La collision, qui a été finaliste pour le prix Goncourt, il revient sur le drame qui a coûté la vie à sa mère. 

L’histoire qui suit se déroule le 6 juin 2012, dans le centre-ville de Lyon.

Saïd, 18 ans, glandouille dehors avec des amis, dont l’un possède une puissante moto-cross KTM. 

Même s’il n’a pas le permis moto et qu’il vient de fumer du cannabis, Saïd insiste pour la lui emprunter et part faire un tour avec. 

Résultat des courses, le voilà qui fonce à 80 km/h dans les rues étroites du quartier historique de la Croix-Rousse. Et à un moment, carburant à l’adrénaline, il lève la roue avant de la moto pour exécuter un wheelie.

L’accident a lieu à peine quelques secondes plus tard.

Lancé sur une seule roue à grande vitesse, Saïd perd le contrôle et est incapable d’éviter la cycliste qui se trouve juste devant lui. Il la heurte violemment à l’arrière de la tête et après plusieurs jours dans le coma, la femme décède à l’hôpital sans jamais avoir repris connaissance.

Cette femme, c’était la mère du journaliste Paul Gasnier. 

À 54 ans, elle venait de réaliser un vieux rêve : laisser tomber l’architecture pour ouvrir une école de yoga dans le quartier de la Croix-Rousse. Mais à peine trois semaines plus tard, fini. Tout ça à cause de l’irresponsabilité d’un délinquant bien connu des services de police.

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À défaut de pardonner, Paul Gasnier a voulu comprendre. Et 13 ans plus tard, il signe La collision, un brillant premier livre écrit à l’os.

Photo fournie par Francesca Mantovani
Photo fournie par Francesca Mantovani

Une autre grille de lecture

Jusqu’en 2022, jamais Paul Gasnier n’a voulu écrire sur la mort de sa mère. 

«C’est venu pendant la campagne présidentielle française, qu’on n’avait jamais vue aussi radicale», explique-t-il en entrevue. 

«Moi, dans le cadre de mon travail, je suivais beaucoup les candidats d’extrême droite et il y a eu un déclic pendant un meeting d’Éric Zemmour. Je me suis dit: c’est incroyable, ce candidat sur scène, il met des mots sur ce que j’ai vécu, il touche une corde sensible en moi. L’immigration, la délinquance, l’insécurité, l’injustice... L’accident qui a tué ma mère semblait, à première vue, illustrer parfaitement son discours. J’aurais pu basculer et me trouver dans ses tribunes, à l’applaudir.»

Mais il n’en a rien fait.

Cela dit, ressentir la force d’un discours politique qui lui déplaisait profondément l’a frappé de plein fouet. Et de ce choc est née l’idée d’écrire La collision

«Je me suis retrouvé au milieu d’un paradoxe qu’il m’a semblé intéressant de creuser, ajoute-t-il. La délinquance et l’insécurité, ce sont vraiment des sujets dont le champ lexical appartient complètement à l’extrême droite, et moi je voulais en parler autrement qu’avec leur grille de lecture idéologique.»

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«J’avais aussi un besoin de comprendre qui était ce jeune que je diabolisais depuis 10 ans. Il me hantait, je n’arrivais pas à vivre tranquillement en sachant que le garçon qui avait tué ma mère continuait de circuler paisiblement dans les rues de Lyon. Je me disais qu’essayer d’en savoir le plus possible sur lui, c’était une manière de reprendre le pouvoir sur cette histoire et de sortir du ressentiment. »

Éclairer une époque

Lorsqu’il se lance dans l’écriture de La collision, Paul Gasnier ignore totalement ce que Saïd est devenu. Et non, pas question pour lui d’aller le rencontrer. 

«Je ne me sentais pas capable d’aller prendre un café avec le garçon qui a tué ma mère, confie-t-il. Il faut une force d’âme que je n’ai pas. J’avais peur de tomber dans une forme d’empathie que j’aurais pu regretter ensuite, et surtout, j’avais peur qu’il n’ait rien à me dire. Son parcours me paraissait plus parlant que ses mots. J’ai donc préféré le raconter en creux, sans avoir à soutenir l’épreuve de sa présence. »

À aucun moment il ne versera dans le mélodrame ni ne cherchera à apitoyer, et c’est sans doute ce qui rend son livre si bouleversant. 

On est loin, très loin d’un récit de vengeance. Au contraire, en cherchant à comprendre, il démonte les réflexes de peur, les raccourcis idéologiques, les tentations de haine. Au final, un livre qui raconte moins un drame individuel qu’une époque entière.

Très bon.

Photo fournie par les Éditions Gallimard
Photo fournie par les Éditions Gallimard

La collision
Paul Gasnier
Éditions Gallimard
176 pages

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