Le CH pourrait bien avoir déniché sa prochaine peste


Nicolas Cloutier
Partager
Il serait opportuniste d’écrire que Sam Harris, choix de cinquième tour en 2023, est une belle trouvaille du Canadien de Montréal au moment où il trône au sommet de la colonne des buteurs de la NCAA. On va l’écrire quand même.
On se permet cette folie, puisqu’à entendre parler son entraîneur-chef à l’Université de Denver, David Carle, l’une des plus grandes têtes de hockey au pays, plusieurs des buts marqués par Harris pourront être transposés au niveau professionnel.
«Son habileté à jouer à l’intérieur des points de mises au jeu est à un très haut niveau, a constaté Carle lors d’un entretien téléphonique avec le TVASports.ca. Peut-être au plus haut niveau que nous avons vu ici, avec sa présence devant le filet et sa capacité à se créer de l’espace dans les endroits dangereux.
«C’est une qualité qui est certainement transposable dans la LNH, à mon avis.»
Un entraîneur qui chante les louanges de son joueur, rien de nouveau. Mais contrastez ces propos à cette réponse de Carle lorsqu’on lui a demandé il y a deux ans si Brett Stapley, ex-espoir du Tricolore, avait un avenir dans la LNH:
«Écoutez, on me pose souvent la question. Parfois, j’ai raison. Parfois, j’ai tort. Alors je préfère ne pas me mouiller», avait-il poliment tergiversé.
Si Stapley était un joueur habile, mais frêle, Harris, lui, est une peste qui peut frapper et qui vit dans la cuisine. Ses 5 pi 11 po et demi ne lui rendent pas justice.
«Je suis un attaquant de puissance, a lancé le principal intéressé au bout du fil. Les trois éléments dans lesquels je retire beaucoup de fierté sont les suivants: mes mises en échec, mon jeu devant le filet et mon tir.»

Éclosion? Vraiment?
Après 11 matchs, Harris compte 10 buts, 4 petits filets de moins que sa récolte sur 42 rencontres la saison dernière. Dans le jargon hockey, une éclosion pour cet attaquant de 21 ans à sa deuxième année dans le circuit collégial.
Le mot «éclosion» (c’est plus précisément le terme «surge» qui a été employé en anglais) ne rejoint pas vraiment Carle, pourtant. Une éclosion pour les partisans du CH qui regardaient Harris de loin, peut-être.
Mais ce qui se passe n’est pas surprenant pour quiconque l’a suivi étroitement, semble-t-il.
«Une éclosion, je ne sais pas trop, a précisé Carle. L’an passé, il jouait sur notre quatrième trio et n’avait pas d’avantage numérique. Je pense qu’il a marqué 9 de ses 14 buts l’an dernier en deuxième moitié de saison quand un de nos attaquants s’est blessé et on lui a donné un plus grand rôle. On savait que les talents de marqueur étaient là.»
Considérez que Carle connaît Harris depuis le passage de ce dernier au prestigieux programme de hockey Shattuck-St. Mary’s au Minnesota. Celui qui a jadis ouvert ses portes à Sidney Crosby.
Carle lui-même a fréquenté cette fameuse école. Il a des antennes là-bas.
«Je n’oublierai jamais ce que m’a dit Tom Ward, entraîneur à Shattuck, quand on a recruté Sammy, a souligné Carle. Il m’a confié: “Sammy est différent, c’est un différent type de joueur. Si tu as quelqu’un comme lui, ne le recrute pas, mais sinon, tu as besoin d’un joueur de cet acabit dans ton équipe.” C’est une conversation qui est restée gravée dans ma mémoire.»
De bons joueurs de hockey capables de marquer des buts, il y en a une tonne. Qu’est-ce qui rend Harris si différent?
«Son style offensif abrasif, a expliqué l’entraîneur-chef des Pioneers de Denver. C’est dur de trouver des joueurs qui adorent se camper dans l’enclave et qui en font leur personnalité. Sammy en raffole.
«C’est un joueur unique.»

Drôle de bébite
Harris est un petit maudit. On lui a demandé s’il se souvenait de ce match dans la USHL au cours duquel il a été expulsé après avoir asséné un coup de tête à un rival.
«Oui, je m’en souviens, a-t-il soufflé, pas trop fier de son coup. Quand tu joues de cette façon, la ligne est fine et, malheureusement, cette soirée-là, je l’ai franchie.»
Les Panthers de la Floride ont prouvé qu'une peste est un ingrédient gagnant en séries éliminatoires. Dans l'histoire récente, le CH a pu compter sur Maxim Lapierre, Andrew Shaw, Brendan Gallagher et Corey Perry pour remplir ce rôle.
Les modèles de Harris sont d'ailleurs les très énervants Gallagher et Perry. Ce n’est pas un hasard s’ils jouent ou ont joué pour le Canadien.
«Je n’ai jamais encouragé une équipe aussi intensément que lors du périple du Canadien en 2021, a mentionné Harris, comme pour nous rappeler que la vie fait parfois bien les choses. J’étais tellement investi. Un de mes bons amis était un fan des Maple Leafs et je peux vous dire que je ne l’ai pas lâché.»
Pourquoi cette affection particulière pour le CH? Harris a après tout grandi en Californie, à San Diego.
«Toute ma famille du côté de mon père vient de Montréal, a révélé Harris. Montréal a toujours revêtu un cachet particulier. Les parents de mon père y ont tous deux grandi. J’y suis seulement allé deux fois, mais le Canadien a toujours eu une signification spéciale au sein de ma famille.»
Son père, Steve Harris, lui a transmis des gènes d’athlète. Il était réserviste dans la délégation canadienne envoyée aux Jeux olympiques d’Atlanta de 1996 pour la compétition équestre de saut d’obstacles.
Bébite décidément pas comme les autres, Sam Harris a aussi des origines suédoises, du côté de sa mère. Il parle couramment la langue du pays et il aime s’en servir pour jouer des tours.
«Au camp de développement, je vois ce jeune garçon, [Alexander] Zetterberg. Je vais à sa rencontre et je commence à lui parler tout bonnement en suédois. Il était sous le choc. J’adore faire ça avec les gars de la Suède. Ils ne comprennent jamais ce qui se passe», a rigolé Harris, qui la trouve encore bien drôle.

Un examen de science
Même s’il a été ignoré à sa première année d’admissibilité, Harris avait bon espoir d’être repêché en 2023 après une récolte de 56 points, dont 30 buts, en autant de matchs dans la USHL avec le Stampede de Sioux Falls.
«J’avais eu une bonne discussion avec le Canadien plus tôt au cours de l’année. J’ai dû parler à 15 ou 20 équipes et j’ai eu quelques entrevues. Certaines plus difficiles que d’autres, mais la discussion avec Montréal avait été particulièrement agréable.»
Ce sont les circonstances dans lesquelles sa sélection est survenue qui étaient plus inusitées.
«Pendant le repêchage, j’avais un examen de science. Le timing a été parfait. Au moment où j’ai quitté la classe, je recevais un appel de ma famille et de mes conseillers qui m’annonçaient que je venais d’être choisi par le Canadien.»
D’ailleurs, n’associez pas Harris au Néandertal simplement parce qu’il affectionne le jeu physique. Le jeune homme performe aussi sur les bancs d’école.

«Mon GPA [barème suprême de mesure de performance académique aux États-Unis, score allant 1,0 à 4,0] flirte autour de 3,6 ou 3,7 en ce moment», s’est targué l’étudiant de 21 ans.
Les Sam Harris sont manifestement brillants. Si vous tapez ce nom dans votre moteur de recherche, vous ne tomberez pas sur l’espoir du CH, mais plutôt sur son homonyme, un célèbre écrivain américain spécialiste des neurosciences qui vient aussi de la Californie. Tout est dans tout.
«Quelques-uns de mes bons amis à San Diego l’ont porté à mon attention. J’ai lu ses ouvrages, c’est vraiment intéressant.»
Voilà quelqu’un qui pourrait bien s’entendre avec l’ex-étudiant de Harvard Sean Farrell au sein du Rocket de Laval.
Critiques acerbes
Aux dires de certains intervenants, le coup de patin de Harris se dresse comme un obstacle important dans sa route vers la Ligue nationale.
Cette facette de son jeu a fait l'objet de critiques acerbes. Acerbe n'est même pas un terme exagéré.
«L’un des patineurs les plus lents que j’ai jamais vu», a décrit le très tranchant Simon Boisvert, ancien recruteur dans la LHJMQ.
Mitch Brown de Elite Prospects a de son côté écrit que Harris avait deux vitesses... «lent et encore plus lent».
L'entraîneur David Carle était beaucoup plus nuancé quand on lui a présenté le coup de patin de son joueur comme un présumé point faible.
«Je suis d’avis que tout le monde peut être un meilleur patineur, mais je ne qualifierais pas son coup de patin de faiblesse, a-t-il rétorqué. Il est bon sur les extrémités de ses lames (edges) et il a une bonne vitesse en ligne droite. La LNH, c’est un autre niveau, mais dans la NCAA, son coup de patin n’est pas un problème.»