Tous les résultats
Publicité

Une année choc pour Hydro-Québec

Ça a brassé dans la société d’État, qui se trouve maintenant au cœur du développement de la province

Photo PIERRE-PAUL POULIN
Photo portrait de David Descôteaux
2024-01-04T05:00:00Z

Partager

L’année fut mouvementée chez Hydro-Québec. La demande d’électricité propre explose et la politique industrielle de la province dépend de plus en plus de cette énergie. Mais il n’y a pas assez d’électricité pour répondre aux nombreuses demandes, et le gouvernement doit faire des choix. 

• À lire aussi: Cinq personnages qui ont marqué le Québec en 2023

• À lire aussi: «Notre réseau a été fait pour un village dans les années 60»: le maire de Sutton n’en peut plus des pannes de courant

• À lire aussi: Près de 12 000 foyers plongés dans le noir en raison de pannes d’électricité

L’année 2023 a été marquée par cette réalité: le départ surprise de la PDG Sophie Brochu à la suite d’un désaccord avec le ministre Pierre Fitzgibbon sur l’usage à faire de notre électricité. L’arbitrage que doit faire le gouvernement entre les nombreux projets d’investissements qui ont besoin d’électricité. De nouveaux barrages et des milliers de nouvelles éoliennes qui risquent de semer la discorde chez les citoyens... 

En parallèle, le réseau craque et cède au gré des tempêtes et les pannes n’ont jamais été aussi nombreuses et longues. Le nouveau PDG, Michael Sabia, saura-t-il mener le paquebot hors des eaux troubles? Ce dernier n’entend pas lésiner sur les moyens, car il entend dépenser 185 milliards $ d’ici onze ans pour y arriver. 

Publicité
Le «Dollarama de l’électricité»

Pour plusieurs, le fait marquant de l’année 2023 aura été l’emprise du politique, et du ministre Pierre Fitzgibbon, sur l’avenir énergétique de la province. Le projet de loi 2, notamment, qui visait à plafonner les tarifs d’Hydro-Québec, a fait bien des mécontents.

«Ce projet de loi établi arbitrairement des hausses de tarifs de 3% pour les consommateurs et encore plus pour les entreprises commercial et industriel, alors que si c’était la régie qui avait fait son évaluation comme dans le passé, ça aurait été beaucoup plus bas que ça», note Jocelyn Allard, président de l’Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité.

Pour d’autres, le départ de Sophie Brochu et la nouvelle orientation qu’a pris Hydro-Québec ravivent le spectre du «Dollarama de l’électricité», une image de Sophie Brochu qui suggère que le Québec vendrait au rabais son électricité aux entreprises. 

«La présentation du Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec a marqué une rupture avec le règne de Sophie Brochu, a relégué son Plan de développement au passé et a cristallisé la grande réouverture du Dollarama de l’énergie», dit Jean-François Blain, analyste en énergie. 

Démission surprise de Sophie Brochu

L’année 2023 a commencé sur des chapeaux de roues. Après seulement trois années à la tête de la plus importante société d’État du Québec, Sophie Brochu annonce sa démission. Ses différences de visions avec le ministre responsable de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, sur l’usage de l’électricité propre d’Hydro, auront vraisemblablement contribué à son départ. Son legs sera surtout marqué par le contrat d’exportation vers l’État de New York, le plus important de l’histoire d’Hydro-Québec, et l’acquisition de 13 centrales hydroélectriques en Nouvelle-Angleterre. Ces gestes avaient principalement pour but de «mettre un pied à terre» en Nouvelle-Angleterre, région des États-Unis où Hydro a des visées. Elle laisse toutefois en plan une vaste réorganisation d’Hydro-Québec, qui vise à éliminer les divisions historiques de production, transport et distribution pour former «Une Hydro». Plusieurs employés lui reprochent d’avoir quitté le navire sans avoir terminé le travail.

Publicité
Des délais de branchement interminables

La durée des pannes a plus que doublé en un an, les clients passant en moyenne plus de 14 heures sans électricité l’an dernier. Aussi, près de 500 clients d’Hydro attendent depuis plus de deux ans pour être branchés, forçant certains d’entre eux à débourser des milliers de dollars pour se chauffer à l’aide de génératrices, au risque de subir des dommages à leur propriété pendant l’hiver. Une situation qu’Hydro-Québec explique par une demande record de branchements qui a pris la société d’État au dépourvu, et des retards imputables aux clients. Mais le processus complexe et bureaucratique d’Hydro-Québec est aussi à blâmer. Le PDG, Michael Sabia, a lui-même admis que le service d’Hydro n’est pas à la hauteur, qu’il y a trop de pannes et que la communication fait défaut. En réponse, Hydro prévoit dépenser jusqu’à 50 milliards $ dans le but de réduire le nombre de pannes de 35% d’ici sept à dix ans. 

Vers une «privatisation» d’Hydro-Québec?

Devant les besoins énormes du Québec en électricité (Hydro veut doubler sa production d’ici 2050), le ministre de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, a ouvert la voie à une participation du privé dans la production d’électricité, notamment par des barrages privés et en autorisant certaines entreprises à produire leur propre électricité. Si des voix se sont levées contre une hypothétique «privatisation» d’Hydro-Québec – ce que s’est empressé de nier le premier ministre François Legault –, des experts, comme Pierre-Olivier Pineau à HEC, souligne qu’au contraire, cet apport pourrait être profitable à tous en ouvrant la production à tous ceux qui veulent en faire, sans pour autant toucher à Hydro-Québec. Des entreprises, comme Innergex, se disent prêtes à répondre à l’appel du ministre et n’attendent que le feu vert.

Publicité
Des éoliennes? Pas dans ma cour!

Hydro-Québec veut tripler la capacité éolienne du Québec d’ici 12 ans. Après s’être incrustées dans le ciel de la Gaspésie et de l’est du Québec, les prochaines tours éoliennes pousseront cette fois dans des terres agricoles près des citoyens et des municipalités, en plein cœur du Québec. Les citoyens de plusieurs régions sont déjà montés aux barricades contre certains projets. Plusieurs maires y voient plutôt une manne très profitable. Les redevances des éoliennes sont généreuses (près de 40 000$ par éolienne, par année) et peuvent transformer le budget de fonctionnement d’une municipalité. Mais avec la construction de milliers d’éoliennes qui fourniront 10 000 MW d’électricité – comme le veut le plan de Michael Sabia –, les conflits risquent d’être nombreux et parfois houleux.

La sobriété énergétique en 2024?

On se rappellera qu’au tournant de l’année, le ministre Pierre Fitzgibbon avait jeté un pavé dans la marre avec son concept de «sobriété énergétique». Il avait même évoqué une possible loi pour forcer les Québécois à réduire leur consommation, par exemple en démarrant leur lave-vaisselle la nuit ou en suggérant de limiter le chauffage à 19 degrés.

Pour augmenter la quantité d’électricité disponible, les entreprises seront mises à contribution, a annoncé Michael Sabia, mais les citoyens aussi. Est-ce que ce sera à l’aide du bâton ou de la carotte? Hydro-Québec affirme qu’elle offrira avant tout des «incitatifs» et «accompagnera» ses clients. Le premier ministre Legault assure également qu’Hydro n’augmentera pas les tarifs des citoyens de plus de 3%. Cependant, Hydro misera beaucoup sur l’efficacité énergétique. Dans son plan dévoilé le 2 novembre, Michael Sabia affirme vouloir doubler les économies d’énergie réalisées par la clientèle d’Hydro, afin de retrancher un total de 3500 MW à l’horizon 2035. 

 

– Montant d’investissements nécessaire d’ici 2035: jusqu’à 185 milliards $

– Besoin en électricité d’ici 2050: entre 150 et 200 TW

– Part de la nouvelle électricité qui servira à décarboner l’environnement : 75%

– Économies d’énergie qui seront faites d’ici 2035 par les clients d’Hydro : 3500 MW

– Nombre de clients en attente d’être branchés depuis plus de deux ans (en date de novembre): 492

– Nombre d’heures passées sans électricité par les clients en moyenne en 2022: 14

Publicité
Publicité