Ce Québécois est l'un des trois hommes sur la planète à avoir complété 10 triathlons Ironman en 10 jours
«Je ne sentais plus mes jambes» - Jean-David Tremblay après avoir réussi le défi Epic Deca

François-David Rouleau
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Jean-David Tremblay

37 ans – Estrie
Père monoparental, coach d’athlètes et organisateur de courses
· Epic Deca 2022
Pourquoi?
«Il faut avoir des problèmes mentaux pour participer à des épreuves comme ça. J’étais tellement au fond du baril. Je voulais relever un défi hyper difficile pour oublier tous les maux qui me rongeaient à l’intérieur.»
À sa sortie des Forces armées canadiennes, siphonné par le tourbillon de la vie qui l’a attiré jusqu’au fond du baril, Jean-David Tremblay a trouvé sa voie et ses raisons de vivre en réussissant des épreuves de triathlon de type Ironman. À l’été 2022, dans un défi complètement dément, il en a aligné 10... en 10 jours.
Pour souligner le 10e anniversaire de l’épreuve Epic 5 qui se déroule sur l’archipel d’Hawaï, l’organisation a eu la folle idée de doubler son défi habituel.
Vous comprendrez que le 5 au bout d’Epic représente cinq fois la distance d’un triathlon Ironman.
Donc, pour l’édition spéciale du Deca, les 10 étaient «frimés». Dix participants devaient nager 3,8 km, pédaler 180 km et en courir 42,2. Chaque jour. Pendant 10 jours... De suite.
Pure folie
«Tu dois entrer là-dedans et te dire que tu dois le terminer. Il n’y a pas d’autre option», indique Tremblay. Il est l’un des trois hommes sur le globe à avoir réussi ce défi surpassant l’endurance extrême.

C’est une terrible malchance à un docteur qui était inscrit à l’épreuve qui lui a permis d’y participer. Victime d’un accident, l’homme ne pouvait s’y présenter. Le Québécois l’a donc contacté pour acheter sa participation valant 10 000$.
Comptant plusieurs succès dans de longues épreuves d’endurance telles que l’Ultraman Canada où les athlètes nagent 10 km, pédalent 421 km et courent 84,4 km sur trois jours, Tremblay s’est préparé au test ultime hawaïen.
Pourquoi?
«Parce que je voulais suivre les traces des gens qui ont marqué les épreuves sur le chemin pour s’y rendre», explique-t-il.

Il faut comprendre qu’à ses débuts dans les épreuves d’endurance, Tremblay vivait les moments les plus sombres de sa vie. Sans véritable préparation lors de l’édition du Ironman à Mont-Tremblant en 2019, il espérait que sa fatigue extrême le délivre de ses maux qui le rongeaient depuis son retour dans la vie civile.
«J’étais tellement rendu au fond du baril que j’essayais de trouver plein de solutions pour m’en sortir. J’en ai essayé tellement que je me suis rendu à me rouler dans la neige en bobettes, parce que c’était bon. Tu es prêt à tout pour faire quelque chose de très difficile qui te fera oublier le trouble mental interne, raconte-t-il.
«Pour moi, c’était de me lancer dans des épreuves comme un Ironman, poursuit Tremblay. Sans entraînement, il pouvait m’être fatal.»
Mais un ange veillait sur lui cette nuit-là de 2019 dans les Laurentides. Dans les jours suivants, il s’est donc inscrit à une autre course Ironman.
«Cette fois, c’était fait pour les bonnes raisons. J’avais vu et senti que j’étais capable de me dépasser. Mais il me manquait quelque chose et je voulais mettre le doigt dessus. C’était difficile à formuler, car je ne savais pas ce que j’avais accompli.»
Réception négative ici
Durant ses entraînements alors qu’il se trouvait encore à l’université Western, à London en Ontario pour ses études en génie biomécanique, un entraîneur lui chuchote qu’il semble «être engagé dans une longue aventure qui lui permettrait d’apprendre en chemin».
En effet, 2260 souffrants kilomètres l’attendaient plus tard à Hawaï.
En réalisant ce coup d’éclat, Tremblay pensait bien modeler son nom dans l’imaginaire du Québec. Mais à son retour, il raconte plutôt avoir été rejeté et traité de fou qui devait être enfermé. Les remarques négatives l’ont évidemment secoué, ce qui l'a incité à écrire un livre «Affamé pour plus dans la vie».
«Moi, cette épreuve m’a aidé. Ce titre au Epic Deca, je vais toujours l’avoir, car c’était une édition unique», confirme celui qui continue à participer à des courses d’endurance à travers le monde. Il est aussi devenu entraîneur spécialisé et organisateur d’épreuves.
Comment réussir à survivre pendant 10 jours?
La question se pose. Pour bien des amateurs, compléter un triathlon de type Ironman est un rêve qui exige un entraînement intense et une volonté à tout casser. En aligner 10 de suite frappe l’imaginaire.

Jean-David Tremblay s’est entraîné pendant des mois au Texas avant de s’envoler vers les îles hawaïennes. Outre les longues heures à courir, pédaler et nager, il a pris tous les trucs inimaginables pour allonger son aventure jusqu’au fil d’arrivée.
«J’avais acquis des techniques au fil de mes différentes épreuves d’ultra. J’ai utilisé des bottes gonflables qui font en quelque sorte des massages aux jambes, j’ai pris des douches et des bains froids pour relaxer et j’ai mis beaucoup de glaces partout sur le corps», explique-t-il en énumérant quelques procédés lui ayant permis de mieux récupérer.
Durant l’épreuve de course sur les 18 trous d’un terrain de golf à l’un des 10 triathlons, il plongeait ses pieds dans l’eau glaciale durant cinq minutes après chaque tour du terrain. Il profitait de ce moment pour piquer de profonds roupillons puisqu’il dormait en moyenne à peine deux heures par nuit. Rien de réparateur là-dedans.
L’homme de 37 ans a aussi raconté qu’à certains moments, ses pieds étaient tellement enflés qu’il n’était même plus en mesure d’enfiler ses souliers.
4e journée quasi fatale
Il a souvent été incapable de marcher ou bouger entre les épreuves. Si bien, qu’après la quatrième journée de l’aventure, il est monté en fauteuil roulant dans l’avion transportant les participants d’île en île.
«J’ai cassé après cette journée. Ma figure était brûlée par le soleil, j’avais les lèvres gercées et j’étais lessivé. Je m’étais tellement investi que je pensais ruiner le reste de l’aventure. Mais quand on m’a donné mon sac d’équipement le lendemain matin, je me suis changé et une fois dans l’eau, je nageais uniquement avec mes bras. Mes jambes ne bougeaient plus, raconte-t-il.
«Ensuite, dans mes souliers, mes ampoules ont percé. Avec l’eau salée, ce n’est pas génial, ajoute l’athlète d’endurance en décrivant les vives douleurs ressenties. C’est ce qui me faisait le plus mal.»
Songeant abandonner, Tremblay s’est arrêté un moment et il a passé des coups de fil à son entraîneur et son père.

Le premier lui a simplement conseillé de continuer son défi «parce qu’il l’avait payé et qu’il n’avait pas d’autre choix». Le second, démuni à des milliers de kilomètres au Québec, n’y pouvait rien et l’a simplement écouté.
Second souffle
«J’ai trouvé un autre niveau de persévérance que je ne connaissais pas. Tu l’apprends quand tu es placé dans cette position.
«Le corps lâche, il se tend et la respiration est difficile. Le côté psychologique prend le dessus et te dit que tu peux faire plus. Il devient le moteur des capacités physiques. C’est comme si la douleur disparaissait.»
Du 6e au 10e triathlon, ils n’étaient plus que trois concurrents à survivre à l’Epic Deca.
Jusqu’à 105
Après cette aventure extrême réussie, Tremblay aurait souhaité se lancer dans un autre défi dépassant l’entendement. Père monoparental, il ne pouvait toutefois se permettre de s’absenter durant des mois.
Il visait d’aligner 102 triathlons de type Ironman en autant de jours pour établir un nouveau record du monde.
Le Britannique Sean Conway s’en est chargé l’été dernier alors qu’il a même mieux fait. Il a arrêté le compteur à 105, tous accompli sous la barre des 17 heures.
«Pas de jour de repos. C’est de loin la chose la plus difficile que j’ai jamais réalisée», assure sur son site web celui qui compte plus d’une vingtaine de défis d’endurance à travers le monde.