Un stationnement devenu payant choque la communauté sportive de Montréal
Malgré les recommandations, la Ville de Montréal a décidé de faire payer les usagers du stationnement du Centre Claude-Robillard


François-David Rouleau
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En rendant payant le stationnement du complexe sportif Claude-Robillard (CSCR), gratuit depuis sa construction dans les années 1970, la Ville de Montréal choque, frustre et plonge dans l’incompréhension ses usagers qui montent aux barricades depuis une semaine.
En mai dernier, au terme d’un an d’audiences et de travail, la Commission sur la culture, le patrimoine et les sports de Montréal a pondu un rapport de 46 pages sur l’accessibilité aux plateaux sportifs.
Parmi ses 20 recommandations adoptées à l’unanimité, la toute première exhortait la direction de «réduire les barrières économiques à l’accès aux plateaux sportifs», peut-on lire dans le document public obtenu par Le Journal. Une mesure permettant d’atténuer les frais d’inscription qui sont souvent un obstacle pour les gens à revenus modestes d’accéder à l’activité physique.
Or, à peine un mois plus tard, la direction de la gestion des installations sportives de la Ville de Montréal a tout de même décidé de tarifer le stationnement de 450 places du CSCR et d’en refiler la gestion à l’Agence de mobilité durable.
Depuis le 3 septembre, le tarif est fixé à 2,50$/heure et à 11$ par jour.


Plus de 1000$ par année
Cette décision se traduit par des dépenses de près de 1200$ par année chez les usagers réguliers, athlètes, étudiants-athlètes, entraîneurs, arbitres, employés, intervenants du monde du sport et cie se déplaçant en voiture. Certains croient aussi qu’ils engloutiront dans le parcomètre leurs maigres économies de travail rendu sur le site.
«Je suis profondément offusqué par cette décision, peste Philippe Ollivier, un papa de quatre enfants qui s’adonnent tous à l’athlétisme au CSCR depuis des années. Alors qu’on prône l’activité sportive, on vient fouiller dans les poches des citoyens avec une décision unilatérale.»

Lundi, il a lancé une pétition en ligne qui a circulé à grande vitesse et fait largement jaser. En moins de 72h, il a déjà recueilli plus de 1000 signatures.
«Je n’arrive pas à comprendre que cette ville souhaite rendre le sport inclusif et que pour s’y prendre, elle taxe de façon détournée ses utilisateurs. C’est une aberration.»
Propriétaire du réputé club de karaté Montréal-Concordia dont le dojo est au CSCR, Chanh Chau Tran surligne aussi les contradictions municipales.
«Je viens six fois par semaine depuis 35 ans. Je fais du bénévolat. Certains peinent à payer leur abonnement et devront payer quasi aussi cher par mois pour se stationner que pour faire du karaté. Cette tarification est aussi incroyable qu’inacceptable», tempête-t-il.
Bottines et babines à l’opposé
Conseiller indépendant de Ville-Marie ayant siégé à la Commission, Serge Sasseville admet qu’on «ne peut pas parler de l’accès aux plateaux en les rendant payants dès l’arrivée sur les lieux. C’est parler des deux côtés de la bouche, indique-t-il en dépit de la décision administrative.

«Le CSCR n’est pas un complexe de quartier. Les usagers peuvent s’y rendre en partant de loin. Le transport en commun n’est pas la seule option et il n’est pas efficace.»
M. Ollivier expose les détails d’un trajet de 45 minutes et trois correspondances entre son domicile de Côte-des-Neiges et le CSCR.
«Avec les enfants et l’équipement, c’est impensable. En hiver, c’est même pire», tonne-t-il .
Coup dur pour l’élite
La frustration et le mécontentement face à cette nouvelle tarification sont généralisés à travers la vingtaine de clubs et association de sports opérant au CSCR, un repaire pour l’élite sportive. On y retrouve un large contingent d’athlètes et d’intervenants du sud de la province, dont au baseball, en natation, au plongeon, au judo et en gymnastique.
«Avec les importants frais d’inscription, ça porte un dur coup dans l’atteinte de l’excellence des athlètes de la région, estime le directeur général de l’Académie de baseball du Canada, Marc-Antoine Bérubé.
«Cette mesure va à contresens des recommandations, ajoute-t-il. Les sports devraient être accessibles.»
Aucune concertation et ouverture

Dès l’annonce de la tarification du stationnement par communiqué le 10 juin, le directeur général par intérim de Sports Montréal, Philippe Bourret, a interpellé les dirigeants municipaux afin de trouver des solutions de rechange.
«Il n’y a eu aucune concertation. On s’est opposé dès le début en proposant nos solutions alternatives et des mesures transitoires, mais nous avons reçu une réponse négative et fermée, déplore-t-il. On nous dit que le transport en commun doit être privilégié. La réalité, c’est qu’il n’est aucunement adapté à notre clientèle.»
Selon lui, la Ville a procédé de manière «cavalière» et «en douce» dans ses rares communications. Une opinion partagée par le directeur général de l’Académie de baseball du Canada, Marc-Antoine Bérubé, qui dit avoir reçu un simple courriel.

Petit problème, gros bazooka
«Dans ma compréhension, on dit que c’est pour rendre le stationnement plus accessible alors qu’il était bondé pour diverses raisons, dont les établissements collégiaux à proximité. Donc on paie pour ce problème», croit M. Bérubé.
«Par défaut, nos usagers en subissent les conséquences, ajoute M. Bourret. C’est une solution draconienne à un petit problème. On nous dit aussi que le stationnement du CSCR était le seul parking majeur gratuit.»
Le DG du Conseil du Sport de Montréal, Laurier Thériault a aussi confirmé qu’il n’avait pas été consulté et que tous ses athlètes et intervenants en paieront malheureusement les frais dans un contexte où l’inflation est galopante.
M. Thériault craint que l’instauration d’un stationnement payant fragilise la communauté sportive élite qui ne «roule pas sur l’or». « Tout ce qui touche aux sports augmente constamment. Ça ne fait plaisir à personne cette décision de stationnement payant.»

Il pense également aux impacts sur les spectateurs qui assistent aux nombreuses compétitions de haut niveau au CSCR et aux centaines de bénévoles qui les rendent possibles. «Ça va faire mal, car les pertes pécuniaires et les ressources seront enregistrées par les associations et les clubs sportifs.»
À la tête de l’OBNL prônant l’activité physique, M. Bourret dénonce la Ville qui se contredit en tombant dans les obstacles économiques qu’elle a pourtant identifiés alors qu’il a été entendu dans les travaux de la Commission sur la culture, le patrimoine et les sports.
«Elle veut favoriser l’accès aux plateaux sportifs en limitant les obstacles directs et indirects, dont la tarification de leur accès. Et elle décide de tarifer l’accès. On s’oppose fondamentalement à cette nouvelle mesure.»
Boycottage
Cet automne, l’entraîneur d’athlétisme Alfredo Villard-Sbaffi boycottera les installations du complexe alors que l’entraînement de la vraie saison d’athlétisme débutera la semaine prochaine. Il organisera ses séances à l’extérieur, ailleurs en ville.
«On va l’éviter tout le temps qu’on pourra, a-t-il insisté. Mais quand il faudra rentrer à l’intérieur avec les conditions météo, la grogne augmentera dans notre communauté sportive. Le CSCR n’est pas un luxe, c’est le centre national d’entraînement dans notre région.»
«Il s’agit de mon lieu de travail, mais dans une journée, je me rends à plusieurs endroits en ville pour rencontrer les athlètes et intervenants, renchérit celui qui compte plusieurs grosses pointures sous son aile, dont l’Olympienne Marie-Éloïse Leclair.
«Depuis une semaine, je dois payer pour travailler avec mes athlètes en déboursant près de 25% de mon salaire pour le stationnement. C’est significatif.»
Instigateur de la pétition «Arrêtons la mise en place de frais de stationnement au Complexe sportif Claude-Robillard!», Philippe Ollivier voit le CSCR comme «la seule piste d’athlétisme couverte de l’île durant l’hiver. Ce qui en faisait sa beauté avec un stationnement facilitant l’accès alors qu’il était devenu très difficile de se garer dans les rues du voisinage».


Il souhaite ardemment que la Ville de Montréal fasse marche arrière dans sa décision.
Il est possible de signer la pétition sur le site www.change.org