Un soirée parfaite

Jean-Charles Lajoie
Partager
C’était une soirée parfaite! C’était franchement réussi! Une note de 10 sur 10 malgré la tonne de chances de scorer offerte par le Canadien aux Leafs, qui n’ont pas su en profiter.
Une cérémonie d’ouverture étonnante, surprenante, mais pas moins émouvante.
On jette tout à la corbeille très vite dans notre ère de surconsommation, on oublie aussi vite qu’on jette d’ailleurs. La cérémonie d’il y a deux ans était quelque chose à voir, quelque chose à vivre sur place, «l’original», «the original one», très contemporaine, très axée sur les cordes sensibles du jeune public nécessaire à renouveler pour le Canadien. Tout était là, tout était réussi, jusqu’à l’apparition de Carey Price avec son chapeau de cowboy qui m’avait instantanément arraché une larme.
Je ne peux donc pas dire que ce à quoi j’ai assisté, hier soir, était ce que j’ai vu de plus majestueux dans le temple.
Mais ce choix de sobriété de retour aux valeurs essentielles et aux valeurs de base de cette grande organisation m’a énormément plu. Autant je suis certain qu’aux boomers bien assis sur un régime de retraite qui fait l’envie du CH qui a des tickets à vendre, mais ça c’est une autre histoire.
Hier soir, c’était juste bon et beau. Tous ces instruments à cordes, cette direction musicale par la star mondiale Yannick Nézet-Séguin.
Ce band live pour le classique de Coldplay Fix You; dire que certains trop pensants ont voulu débarrasser cette chanson du cercle de l’équipe. Merci aux joueurs d’avoir vivement protesté pour conserver leur hymne, chant de stimulation, de ralliement.
Paradoxalement, le plus grand que nature Luc Picard, digne héritier de Pierre Falardeau lui-même, patriote de son époque, grand Québécois et farouche tenant de la souveraineté du Québec qui apparaît debout devant son siège au temple pour rappeler dans sa poésie d’une simplicité qui n’a d’égal que son efficacité qu’au fond le Canadien ici à Montréal est rassembleur sans égard aux convictions politiques ou à la couleur de la peau.
Le langage du Canadien est universel et fédérateur. Le Canadien parle le hockey et tout le monde il entend, tout le monde il comprend.
Le Canadien est le plus volumineux livre d’histoire de la ligue nationale, une richesse à partir de ses 24 couronnements au sommet mondial du hockey.
Une envergure égarée depuis plus de 30 ans, quasi évaporée le long de cette fugue à mille lieues du coffret renfermant le saladier argenté de Lord Stanley.
Hier soir nous a donné envie, encore une fois, d’une quête. La quête de domination convergeant en l’explosion des bulles de champagne coulant à flot, le champagne des gagnants.
Ce ne sera pas cette année, au fond de nous-mêmes on le sait. Mais hier soir ,on a rêvé. Un rêve éveillé à grands coups de souvenirs visuels appuyant la voix du patriote Luc Picard.
Au cœur de notre émerveillement : Maurice, Guy, Jean et Patrick, les 3 étoiles de la plus riche histoire de hockey, accompagnés du seul qui puisse prétendre être la quatrième étoile de la constellation.
Richard, Béliveau, Lafleur, Roy... des noms qui résonnent et qu’on n’oubliera jamais. Des noms issus d’une époque où les médias anglophones travaillaient dur pour apprendre la prononciation des vedettes du club.
Aujourd’hui, les médias francophones, bien que chez eux ici à Montréal et au Québec, leur ont succédé au même registre.
Sauf peut-être hier soir. Hier soir il suffisait de savoir prononcer «Montembeault» pour résumer un grand match, une performance hors normes, une tenue digne des plus grands de l’histoire du club.
Un match record pour le gros bonhomme de Bécancour, Québec qui aime le pâté chinois accompagné de son ketchup aux fruits. On reparlera des émotions ressenties par Martin St-Louis et Patrik Laine, mais pas ce soir.
Ce soir c’est Montembeault, Samuel de son prénom, «Samy» pour les intimes, ton Samy, Martin, ton gardien numéro un. Celui qui, hier soir, s’il y a une justice en ce bas et cruel monde du hockey, a mis bien des étoiles dans son cahier tenu par les sélectionneurs du Canada en vue de la Coupe des 4 Nations.
En tous cas je l’espère beaucoup plus que Stuart Skinner retiré du match des Oilers face aux Jets après avoir accordé cinq buts sur seulement 14 lancers.
Hier soir, il y avait quelque chose de magique dans le temple. De bons ingrédients, un des nôtres au sommet et, quantité névralgique à mon sens, la victoire! La manière? M’en fous de la manière, le Canadien a gagné et je suis convaincu que Luc Picard a ri de bon cœur et de fierté, peut-être même en servant un câlin de bonheur à un partisan anglophone de l’Ouest de l’île... !! C’est-i-pas-beau-ça ?!