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Un record mondial à 8 ans: l’exploit fou de Jake Rancourt, qui a parcouru le mythique GR20 en huit jours

Du haut de ses 8 ans, Jake Rancourt a fièrement parcouru les 180 km du redoutable sentier GR20, en Corse, au bout de huit jours seulement.
Du haut de ses 8 ans, Jake Rancourt a fièrement parcouru les 180 km du redoutable sentier GR20, en Corse, au bout de huit jours seulement. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2026-05-18T04:00:00Z

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Le GR20, sentier de grande randonnée qui traverse la Corse du nord au sud, s’est déjà dressé devant de nombreux adultes qui ont tenté en vain de le conquérir. Malgré ses 180 km et 12 000 m de dénivelé positif, le parcours mythique en montagne n’a jamais été en mesure de freiner le petit Jake Rancourt de 8 ans, qui a établi un record du monde pour un enfant en le franchissant en huit jours.

Avant lui, un Français nommé Gabriel Grimaldi détenait la palme, après avoir complété le GR20 en 12 jours, à 9 ans et 4 mois, accompagné de son père.

En moyenne, les adultes bien aguerris terminent les 16 étapes en 15 ou 16 jours. C’est dire à quel point l’accomplissement de Jake Rancourt se veut grandiose. Il est sur le point, même, d’être homologué officiellement à titre de record du monde Guinness.

Pour saisir pleinement l’ampleur de l’exploit et surtout pour comprendre les motivations de Jake et de son père, Gabriel, derrière ce projet fou, je suis allé à la rencontre de la famille, à son domicile de Québec.

J’ai vite compris que je n’avais pas affaire ici à un jeune qui pense être un superhéros. Il a tout du petit garçon de son âge, malgré ses pouvoirs. D’ailleurs, avant que je lui pose des questions, une condition s’imposait : il était obligatoire de visiter sa cabane à trois étages dans un arbre.

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Il a même insisté pour que l’entrevue se déroule dans le trampoline, mais on a opté sagement pour le confort de la maison. Pas besoin d’un dessin, ce Jake regorge d’une énergie aussi contagieuse qu’illimitée !

Malgré les embûches

Malgré la difficulté du défi, le duo père-fils a profité de moments contemplatifs pour admirer les paysages sublimes de la Corse.
Malgré la difficulté du défi, le duo père-fils a profité de moments contemplatifs pour admirer les paysages sublimes de la Corse. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

Pourquoi donc se lancer dans un tel défi, en août dernier ?

« Parce que je voulais passer du bon temps avec papa », m’a répondu candidement le jeune homme, qui n’a pas fini de me faire tomber de ma chaise.

Il faut comprendre qu’environ 50 % des randonneurs qui se lancent dans le GR20 abandonnent avant la fin. Il est reconnu comme le grand sentier le plus difficile d’Europe et comme l’un des plus ardus sur la planète.

Jake aurait eu toutes les raisons de ne pas se lancer. À la naissance, une malformation du larynx a entraîné chez lui d’importantes difficultés respiratoires. Depuis, il est aussi en proie à de sévères allergies alimentaires.

« Tu peux décider que dans ces conditions, ton enfant va vivre dans du papier bulles pour le protéger, mais on a toujours tout mis en place pour qu’il soit fonctionnel partout dans la vie », m’a expliqué le paternel.

« Ce qui change le plus positivement la vie des enfants, c’est prouvé, c’est l’environnement familial. Il faut leur donner un terrain de jeu pour qu’ils puissent s’épanouir », a-t-il poursuivi.

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Préparation de tous les instants

À la base, le père de deux enfants, friand de grands défis sportifs, avait traversé le GR20 en 2018, en 10 jours. L’été dernier, quand sa sœur a choisi de l’imiter en se préparant pour le périple, elle est tombée sur un article français faisant état du record du monde du jeune garçon français de 9 ans.

Jake, après avoir lu l’article, s’est tout de suite mis en tête l’idée de battre ce record, appuyé par le bagage d’expérience de son père.

« Je lui ai dit : oublie ça, c’est impossible ! Dans ma tête, c’était une idée folle d’enfant et on passait à autre chose la semaine prochaine, mais Jake insistait.

« Je me suis toujours juré que j’allais toujours vivre ma vie à fond. Dire non à ça, dans ma tête, ça sonnait comme un rendez-vous manqué », m’a lancé le père, qui a choisi de s’engager en demandant l’aide de son ami Martin Barrel, aussi friand de défis d’endurance et qui les a rejoints sur le parcours.

En compagnie de son père, Gabriel, et de son ami français Martin Barrel, Jake a pu s’imprégner de tableaux naturels inspirants.
En compagnie de son père, Gabriel, et de son ami français Martin Barrel, Jake a pu s’imprégner de tableaux naturels inspirants. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

« J’ai établi qu’on irait à la vitesse que Jake voulait et il n’y avait aucune pression de personne s’il voulait arrêter. Je ne suis pas un tout croche. Je suis très méthodique et tout était extrêmement planifié pour que ce soit le plus sécuritaire possible. Je savais exactement quoi faire et j’avais des plans A, B, C, D, E », a-t-il assuré.

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Il a donc tout prévu en conséquence : un sac à dos rempli de 10 kilos de nourriture et de 5 kilos de médicaments, une tente, deux sacs de couchage, des engins GPS et tout le matériel pour documenter l’aventure en vidéo.

Au bout de quelques jours, Jake lui a confié que le GR20, « c’est plus facile que je pensais ! ».

Les parois rocheuses ont parfois donné lieu à des sections très techniques, qui n’ont jamais eu raison du jeune Jake Rancourt.
Les parois rocheuses ont parfois donné lieu à des sections très techniques, qui n’ont jamais eu raison du jeune Jake Rancourt. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

Aucune pression

J’ai bien sûr demandé à Jake s’il s’est vraiment senti investi d’une mission de battre le record et s’il ressentait une certaine pression. Encore là, sa belle naïveté m’a fait éclater de rire.

« Le record, j’y pensais un mini peu. Mais ce que j’aimais, surtout, c’est qu’on passait de beaux moments à parler et à chanter. Je me rappelle la bergerie de Ballone. On se baignait dans une chute et on lançait des cailloux. Mon record, c’est quatre ricochets ! », m’a-t-il fièrement souligné.

« Puis, quand on arrivait dans un refuge, j’avais le droit à des jujubes et plein d’affaires gratuites », a-t-il continué, le regard pétillant.

Après l’effort, le réconfort, lors d’un paisible moment à observer le coucher du soleil.
Après l’effort, le réconfort, lors d’un paisible moment à observer le coucher du soleil. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

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17 heures d’un coup !

Le passage le plus difficile est survenu vers la fin, quand le gamin a fait le choix de parcourir les trois dernières étapes, sur 43 km, en marchant sans arrêt pendant près de 18 heures, de 4 h dans la nuit à 22 h le soir.

Plusieurs étapes ont nécessité des parcours dans l’obscurité, à la lampe frontale. De manière générale, les nuits étaient de courte durée.
Plusieurs étapes ont nécessité des parcours dans l’obscurité, à la lampe frontale. De manière générale, les nuits étaient de courte durée. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

Quand ils ont atteint Conca, c’était enfin le moment où un père et son fiston, pleurant de joie à chaudes larmes, marqués à vie par tous ces moments partagés, se sont jetés dans les bras l’un de l’autre.

Une fois arrivé au bout du périple à Conca, c’est la consécration pour Jake Rancourt, qui prend la pose à sa façon à côté des bâtons détruits des randonneurs qui l’ont précédé sur le GR20.
Une fois arrivé au bout du périple à Conca, c’est la consécration pour Jake Rancourt, qui prend la pose à sa façon à côté des bâtons détruits des randonneurs qui l’ont précédé sur le GR20. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

« J’étais soulagé, ultrafatigué, mais triste parce que je ne voulais pas que ça finisse. C’était tellement cool ! Tout était parfait, à part que je me suis ennuyé de maman et de Sean [son frère]», m’a-t-il répondu quand je lui ai demandé ce qui lui est passé par la tête quand tout était fini.

Cette rencontre m’aura convaincu d’une chose. Dans ce petit Jake bouillonnant de 8 ans, il y a certainement, quelque part, la force tranquille d’un géant.

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Un documentaire pour donner au prochain

Le tandem des Rancourt a connu des moments de symbiose totale dans les montagnes corses.
Le tandem des Rancourt a connu des moments de symbiose totale dans les montagnes corses. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

Question d’immortaliser le record de son petit bonhomme, mais surtout d’inspirer les gens comme d’autres l’ont inspiré avant lui, Gabriel Rancourt produit un documentaire qui permettra de saisir toute l’ampleur de leur expédition.

Intitulé PROSSIMU, ce qui signifie « prochain » en corse, le projet permettra d’expliquer, au-delà des défis particuliers du GR20, comment un jeune peut transformer ses peurs en confiance et l’adversité en force.

Gabriel Rancourt a été lui-même fortement influencé dans sa jeunesse par Daniel Bourgouin, un enseignant d’éducation physique et père d’un ami, qui l’a initié à la randonnée et aux grands projets sportifs.

C’est avec lui, en 2018, qu’il a affronté le GR20 une première fois. Leur dernière promenade ensemble a eu lieu avec Jake. En plein dans sa préparation pour leur expédition père-fils en Corse l’été dernier, Gabriel a fait appel à celui qu’il qualifie de mentor pour qu’il vienne marcher avec eux pendant 32 km sur les berges de la rivière Saint-Charles.

Même pas trois mois plus tard, Daniel Bourgoin perdait son combat contre le cancer de la gorge.

« La dernière fois que je l’ai vu, je lui ai dit qu’il a été le meilleur partenaire au monde. Il m’a dit que j’étais comme son fils adoptif. Je lui ai promis que j’allais continuer de donner au prochain. Daniel m’a aidé, j’aide Jake et Jake va aider les autres. Il a changé ma vie et je veux faire pareil », a-t-il confié, quant aux motifs de son documentaire.

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Une vie active

Parcourir le GR20, c’était aussi faire la rencontre de quelques animaux, comme ces ânes.
Parcourir le GR20, c’était aussi faire la rencontre de quelques animaux, comme ces ânes. PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL RANCOURT

Cet ouvrage sera aussi une façon de témoigner de la vie familiale active des Rancourt-Grégoire, en dépit des aléas de la vie.

Dans une ère marquée par l’utilisation à outrance des cellulaires et autres écrans, le mode de vie énergique de Gabriel Rancourt, de sa conjointe Joanie Grégoire et de leurs deux fils a de quoi faire réfléchir aux moyens de combattre la sédentarité ambiante.

« Ce n’est pas une croisade antiécran », précise le père de famille. Mon plus vieux [Sean] fait de la programmation. On écoute des films. On joue à des jeux vidéo le soir. On en fait, du TikTok ! Je ne veux pas dire aux gens qu’ils sont des mauvais parents, mais on pourrait revenir un peu plus vers le mode de vie d’avant et vers le gros bon sens.

« Personne n’est obligé de parcourir des montagnes, mais c’est important de trouver quelque chose à partager jusqu’à la fin de nos jours », plaide celui qui, entre autres défis, a complété le Tour Divide à vélo de Banff jusqu’au Mexique en 26 jours, en 2024.

Quant au petit bout d’homme qu’est Jake, je vous l’assure, il n’a toujours pas réalisé l’ampleur de son exploit, huit mois plus tard.

« Pas tant ! », m’a-t-il confirmé, en ajoutant que « peut-être un jour je vais me dire que j’ai fait le GR20 au lieu de checker mon cell comme d’autres de mon âge ».


Suivez les aventures familiales des Rancourt-Grégoire sur Instagram : @lafamillecestdusport et @gabrielrancourt

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