C'est la fin des tailgates à Buffalo: un Québécois de la Bills Mafia tire sa révérence


Stéphane Cadorette
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Le chapitre québécois de la Bills Mafia voit l’un de ses grands chefs tirer la plogue. Pas sur l’équipe qui habite toujours son cœur, mais plutôt sur les avant-matchs légendaires qu’il organise depuis 34 ans. «C’est fini pour les tailgates, mais je ne largue pas les Bills pantoute!», précise avec vigueur Bob Genest.
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Dimanche dernier, ses Bills ont vécu un autre revers crève-cœur en séries éliminatoires, au compte de 27-24 face aux Chiefs, à Buffalo. Pour les fidèles partisans de l’équipe, c’est la suite d’une interminable malédiction.
Toujours affublé de son casque blanc des Bills, le sympathique Bob Genest refuse de rendre les armes, même si cette défaite, la troisième en quatre ans en séries aux mains des Chiefs, est dure à avaler.
«C’est tout le temps décevant parce qu’à Buffalo, on invente des façons de perdre. Il y a bien du monde qui met ça sur le dos du botteur [Tyler Bass, qui a raté un placement de 44 verges en fin de match], mais en réalité, c’est deux ou trois jeux ratés qui ont changé l’allure du match. C’est une autre bonne année perdue», déplore-t-il.
La fin d’une époque
Pas question de renier son éternel serment d’allégeance aux Bills, donc, mais le temps est venu de soutenir l’équipe d’une autre façon.
Depuis 1989, Bob Genest est devenu une sorte de figure mythique pour bien des amateurs de football pour son hospitalité sans pareille avant les rencontres des Bills.
Ses tailgates, de plus en plus courus, attirent chaque semaine des dizaines d’amateurs québécois qui se passent le mot. Au point où la bête est devenue trop lourde à gérer.
«J’y réfléchissais depuis longtemps. Avoir gagné dimanche, je n’aurais pas fait cette annonce, mais dans le fond, j’étais rendu là. L’événement du tailgate est devenu plus gros que la game.
«Dans les années 1990, j’avais le temps d’organiser tout ça. Maintenant, ça fait la queue, il y a tellement de monde à servir! Ça finit que j’arrive à mon siège et je ne vois pas toujours l’échauffement. C’est un petit choc pour des gens qui sont venus souvent, mais j’ai assez donné», résume-t-il.

Toujours présent
N’ayez crainte, soldats de la Bills Mafia! Bob Genest n’est pas près de céder ses nombreux billets de saison, qu’il continuera de vendre. Le travailleur autonome de 59 ans de Blainville, qui gère des cantines mobiles, ne sera tout simplement plus le premier arrivé et le dernier parti, comme le font les quarts-arrières dans une équipe.
À la longue, on peut comprendre que toute cette opération use son homme, ainsi que sa conjointe Hélène, qui est autant que lui aux chaudrons et sur le grill.
Lors de la dernière saison, Bob Genest évalue avoir concocté environ 120 livres de chili, près de 4000 boulettes et nombres d’autres victuailles à quelque 980 affamés.
Comme partout ailleurs, l’inflation l’a aussi poussé à se questionner.
«Le prix de la nourriture n’arrête pas d’augmenter et je ne peux pas charger un tarif excessif aux gens pour ça», fait-il valoir.
«Si quelqu’un veut continuer les événements de tailgate, tant mieux», précise-t-il.

Des souvenirs impérissables
Dans les derniers mois, une page Facebook intitulée Bob Buffalo Bills Tickets et Tailgate a été créée. Elle compte déjà 936 membres, ce qui laissait croire à Bob que le nombre de boulettes à façonner n’allait pas diminuer dans les années à venir.
N’empêche qu’il ne cache pas qu’en septembre prochain, l’envie de reprendre l’organisation de tailgates risque de le démanger un brin.
Pas question de céder, toutefois. Cette «retraite» semble définitive.
«C’est sûr qu’en septembre, ça va me travailler un peu, mais je suis rendu là. Ça m’a permis de créer des amitiés qui durent depuis toutes ces années. Il y a des gens qui venaient au début avec leurs enfants. Aujourd’hui, ces enfants-là amènent leurs enfants. Pour moi, c’est ça ma paye», conclut-il en martelant une dernière fois son message, question de s’assurer d’être bien compris.
«Ça ne changera pas, je resterai toujours derrière les Bills.»

5 SOUVENIRS MARQUANTS
Des légendes des Bills
Au fil des ans, l’un des aspects que Bob Genest a apprécié, c’est de pouvoir rencontrer des légendes des Bills. «On a rencontré plein de grands joueurs comme Bruce Smith, Thurman Thomas, Darryl Talley... On a rencontré Marv Levy. On a vu les propriétaires des Bills et ils nous ont amené sur le terrain et fait visiter le vestiaire. On était là pour le retrait du numéro de Jim Kelly. C’est quelque chose tout ça!»
Des tailgates énormes
Même s’il est habitué aux tailgates, Bob Genest peut difficilement oublier deux événements. «Il y a six ou sept ans, j’ai servi 243 personnes avant un match face aux Steelers. J’avais beaucoup d’amis à Pittsburgh. Je me souviens encore que ça m’avait pris tout mon temps, mais avec plein de monde qui aidait, ça avait été très spécial. À Laval avant de partir pour un match des Alouettes, j’ai déjà eu 493 personnes.»
L’immortel Doug Flutie
Bob Genest considère avoir vu plus de 340 parties des Bills. Il a notamment apprécié le passage du quart-arrière Doug Flutie à la fin des années 1990, avec ses jeux à l’emporte-pièce. «J’ai tellement vu de matchs spéciaux. Doug Flutie nous a donné bien des moments uniques, même s’il ne voyait pas par-dessus sa ligne offensive!»
Retour à Buffalo en séries
La longue disette des Bills de 17 ans sans participer en séries entre 2000 et 2016 n’a pas ébranlé la foi de Bob Genest, mais il s’est réjoui de revivre enfin un match éliminatoire à Buffalo l’an dernier. «Je me souviens encore du retour des Bills en séries en 2017. Ça s’est passé à Jacksonville et l’année d’après à Houston. Je n’ai pas pu y aller et après, il y a eu les deux années de pandémie. Il a fallu attendre à l’an passé contre les Dolphins et les Bengals pour enfin en profiter.»
Rencontre avec LDT à Kansas City
Tous les moments marquants n’ont pas forcément eu lieu à Buffalo. «Je suis parti avec une gang de 10 gars pour voir les Bills à Kansas City. On était assis dans un bar et Laurent Duvernay-Tardif est venu nous rencontrer. Il a signé plein de choses et il est resté une quarantaine de minutes. Les gars étaient bien surpris de voir ça. On est privilégiés de vivre tous ces moments-l