«Son corps tremblait violemment et ses yeux roulaient»: un prisonnier exécuté en Alabama par inhalation d’azote

Anne-Sophie Poiré et Gabriel Ouimet
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L’Alabama a procédé jeudi à la première exécution d'un condamné à mort aux États-Unis en utilisant de l'azote gazeux, une méthode qui est jugée trop cruelle pour la plupart des animaux. Et selon des témoins, la mort du détenu aurait été tout sauf humaine.
Kenneth Smith, 58 ans, a été déclaré mort jeudi soir à 20h25 dans une prison de l'Alabama après avoir respiré de l'azote pur à travers un masque facial pour provoquer une privation d'oxygène.

Le masque et le tube utilisés pour tuer le condamné ont été produits par Allegro Industries, en Caroline du Sud. L’entreprise appartenant à une firme torontoise est une filiale de la société Walter Surface Technologies, dont le siège social est à Pointe-Claire, au Québec, apprenait par ailleurs Radio-Canada.
L'exécution a duré près de 22 minutes.
«Smith s'est tordu et a convulsé sur le brancard. Il respirait profondément, son corps tremblait violemment et ses yeux roulaient à l'arrière de sa tête», a raconté Marty Roney du quotidien américain Montgomery Advertiser, un des journalistes présents dans la chambre d'exécution.
«Il a serré les poings, ses jambes ont tremblé... Il semblait chercher de l'air. Le brancard a tremblé plusieurs fois», peut-on lire dans The Guardian.
Selon l’Alabama, la nouvelle méthode d'exécution au gaz azoté, qui n’avait jamais été testée sur les humains auparavant, est peut-être «la plus humaine jamais conçue».
«Une torture»
Les vétérinaires refusent pourtant d’utiliser cette technique sur des animaux pour des raisons éthiques.
Les lignes directrices élaborées par les autorités vétérinaires des États-Unis et d'Europe indiquent que l'hypoxie azotée, l’expression utilisée pour désigner cette méthode, est inacceptable pour l'euthanasie de la plupart des mammifères autres que les porcs. Elles recommandent que les mammifères de plus grande taille soient mis sous sédation afin de les rendre inconscients avant l'application du gaz.
Le protocole de l’Alabama ne prévoit toutefois pas de sédatif initial. Kenneth Smith était donc conscient lors de son exécution.
«Ce que nous avons vu, ce sont les minutes d'une personne luttant pour sa vie», a déclaré au Guardian le révérend Jeff Hood, conseiller spirituel du condamné qui était à ses côtés lors de l'exécution.
«Les responsables de la prison présents dans la salle étaient visiblement surpris de voir à quel point les choses se sont mal passées», a-t-il insisté.
David Morton, un professeur émérite de sciences biomédicales et d'éthique à l'université de Birmingham, au Royaume-Uni, avait déclaré au Guardian que le recours à l'hypoxie azotée pouvait «provoquer une grave détresse avant que l'inconscience et la mort ne s'ensuivent. Il s'agit en fait d'une méthode d'étouffement.»
La semaine dernière, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme à Genève s'est alarmé du fait que cette exécution pourrait constituer «une torture ou un traitement cruel, inhumain ou dégradant», ce qui est interdit par le droit international.
Une première exécution ratée
L’exécution de Kenneth Smith a été la première de l'année aux États-Unis, où 24 ont été réalisées en 2023, toutes par injection létale.
Les autorités pénitentiaires ont cependant de plus en plus de mal à se procurer les produits chimiques nécessaires à cette méthode. Les sociétés pharmaceutiques interdisent l'utilisation de leurs médicaments pour les injections létales.
L'Alabama, l'Oklahoma et le Mississippi ont donc autorisé l'azote gazeux comme moyen d'exécuter les détenus condamnés à mort.
C'est la première fois depuis plus de 40 ans qu'un mode d'exécution inédit est utilisé dans ce pays, mais la deuxième que Kenneth Smith est condamné à mort.
Le prisonnier a subi une exécution ratée en novembre 2022. Incapable de trouver une veine par laquelle injecter des médicaments létaux, les autorités avaient renoncé à l’exécution après avoir laissé le condamné attaché à une civière pendant plusieurs heures.
Après cette exécution ratée, il a présenté des symptômes de traumatisme profond. Les médecins de sa prison ont rapporté qu'il souffrait d'insomnie, de migraines, de dépression et d'anxiété chronique.
Kenneth Smith a été condamné à mort pour le meurtre de la femme d'un pasteur, Elizabeth Sennett, en 1998. Le mari de la victime avait payé Smith et un autre homme 1000 dollars chacun pour le meurtre. Le pasteur s’est suicidé quand les soupçons ont commencé à peser sur lui.
− Avec les informations du Guardian, NPR, Agence France-Presse et Radio-Canada.