Un président, un prince et un défi: la paix au Moyen-Orient


Richard Latendresse
Partager
Mardi prochain, Donald Trump accueillera Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche. Une rencontre qui, derrière les apparences protocolaires, repose sur une réalité simple: ce sont les rapports personnels entre ces deux hommes – bien plus que les manœuvres diplomatiques – qui détermineront si ce tête-à-tête devient un tournant historique ou un autre rendez-vous manqué.
MBS, comme on l’appelle désormais partout, n’a pas remis les pieds à Washington depuis mars 2018. C’était six mois avant l’assassinat atroce du journaliste Jamal Khashoggi, un crime que la CIA a imputé au prince héritier. Décrié à l’époque, présenté comme un paria par Joe Biden durant la campagne de 2020, le futur roi d’Arabie saoudite a patiemment rebâti son image et consolidé son pouvoir.
Trump, lui-même reçu en grande pompe en mai dernier à Riyad, entend lui offrir une visite d’État éclatante. Le moment est toutefois délicat: la trêve à Gaza tient péniblement, les pays du golfe Persique redéfinissent leurs priorités stratégiques tandis que l’administration américaine cherche à s’appuyer sur un allié incontournable dans la région.
SI TOUT ALLAIT BIEN...
Ce sommet pourrait marquer une avancée majeure. Trump misera sur l’accalmie à Gaza pour rassurer le dirigeant saoudien quant à l’avenir politique des Palestiniens. Il mettra en avant le dix-neuvième point de son propre plan de paix, qui promet d’ouvrir «une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un État palestinien, aspiration légitime du peuple palestinien».
Si Washington poussait réellement Israël à adopter des mesures concrètes, Riyad pourrait être convaincu d’ouvrir la porte à une normalisation graduelle avec Tel-Aviv. Trump récolterait alors une victoire géopolitique historique, tandis que MBS présenterait l’entente comme un pas vers une stabilité accrue du Moyen-Orient, tout en affirmant sa fidélité à la cause palestinienne.
À cela pourrait s’ajouter un accord de protection militaire clarifié: un cadre axé sur la dissuasion face à l’Iran, sans engagements jugés excessifs par le Pentagone ou le Congrès. L’Arabie saoudite obtiendrait un accès élargi à certaines technologies américaines – défense aérienne, cybersécurité –, en échange de garde-fous stricts sur les équipements les plus sensibles.
SI ÇA DEVAIT MAL TOURNER...
Le scénario inverse reste tout aussi plausible. Les discussions pourraient achopper dès les premières heures sur la question israélo-palestinienne. Les signaux envoyés par Riyad laissent croire que MBS exigera des concessions tangibles pour les Palestiniens, et il ne semble pas disposé à se contenter de promesses vagues.
Rien ne garantit que Trump réussira à convaincre le gouvernement de Benjamin Nétanyahou d’engager un processus crédible. Le cessez-le-feu à Gaza est précaire, le Hamas refuse toujours de désarmer et l’opinion publique israélienne demeure profondément divisée.
Washington, de son côté, pourrait hésiter à offrir aux Saoudiens des garanties de défense trop contraignantes, notamment si elles risquent d’entraîner les États-Unis dans un affrontement direct avec l’Iran.
TOUTE UNE RÉGION ENTRE LES MAINS
Sans progrès diplomatique, le Moyen-Orient pourrait rapidement redevenir une zone de fortes turbulences, offrant à Téhéran l’occasion de raviver son influence dans le golfe Persique et plus loin encore.
Dans une certaine mesure, ces deux hommes ont besoin de s’entendre. Leur rendez-vous ne réglera pas le conflit israélo-palestinien, mais il pourrait en redessiner les paramètres essentiels ou, au contraire, en figer l’impasse pour une décennie de plus. Sans trop exagérer, une part importante de la stabilité régionale repose, pour l’instant, sur eux deux.