La course aux remèdes: une nouvelle arme contre le virus... à 1625$ la dose
Ottawa a approuvé en urgence cette semaine ce traitement à base d’anticorps


Jean-Luc Lavallée
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Les Canadiens auront accès, dès le mois de décembre, à un premier médicament à base d’anticorps pour traiter la COVID-19, le bamlanivimab, qui coûtera 1625 $ la dose.
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Ottawa a annoncé cette semaine une entente avec le géant pharmaceutique Eli Lilly, pour une première livraison de 26 000 doses évaluée à 32,5 M$ US. Cela représente un coût unitaire de 1250 $ US (environ 1625 $ CAN). Les besoins seront ensuite réévalués chaque mois, à la fin février.
Même si les patients qui recevront une injection de cet anticorps monoclonal n’auront pas à assumer eux-mêmes la note, on comprend qu’à ce prix, il ne faut pas s’attendre à une utilisation à grande échelle.
Ce n’est pas l’objectif non plus de ce traitement qui sera utilisé exclusivement pour traiter des formes légères ou modérées de la COVID-19 chez les adultes et les enfants de 12 ans et plus (qui pèsent au moins 40 kg), lesquels sont à risque de développer une forme grave de la maladie et d’être hospitalisés.
On peut penser, notamment, aux gens qui souffrent d’une maladie chronique, expose le virologue Benoit Barbeau, professeur à l’UQAM. « L’avantage d’un traitement comme ça, contrairement à un vaccin qui est préventif, c’est de traiter une personne infectée qui est à risque de développer des symptômes plus sévères et d’avoir des complications. »
« C’est un traitement qui est rapide, ajoute-t-il. Dans ce sens-là, je crois qu’il y a une plus-value et on offre aux cliniciens un outil additionnel pour des situations plus complexes ».
Il faudra cependant s’assurer d’administrer la dose au bon moment, avant l’emballement de la réponse immunitaire du patient, précise-t-il.
Études toujours en cours
Bien que les études ne soient pas encore complétées, Eli Lilly a décroché avec Santé Canada sa deuxième autorisation au monde pour l’utilisation d’urgence de son traitement, onze jours après avoir reçu le feu vert des États-Unis ce mois-ci.
Elle vise aussi l’Europe, la Russie, l’Inde et le Brésil, et prévoit fabriquer jusqu’à un million de doses de 700 mg d’ici la fin 2020.
Les autorités américaines ont également approuvé, il y a quelques jours, le cocktail d’anticorps développé par Regeneron, celui injecté au président américain Donald Trump qui en a vanté l’efficacité. Au moment d’écrire ces lignes, Regeneron n’avait encore fait aucune demande auprès de Santé Canada.
Le bamlanivimab est né d’une collaboration entre Eli Lilly et la biotech de Vancouver AbCellera, qui a identifié à une vitesse record la séquence génétique des meilleurs anticorps au début de la pandémie.
« Nous tirons une grande fierté à contribuer à la lutte mondiale contre la COVID-19 et nous espérons que nos efforts aideront la population du Canada et du monde entier », a déclaré le PDG d’AbCellera, Carl Hansen.
C’est quoi le bamlanivimab ?
- C’est le nom donné par Eli Lilly à son médicament approuvé en urgence qui sera distribué au Canada à compter du mois de décembre.
- Il s’agit d’un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine de spicule du SRAS-CoV-2 (COVID-19). Il empêche la protéine virale de se lier aux récepteurs et de pénétrer dans les cellules humaines, ce qui neutralise le virus.
- Les résultats d’une étude de phase 2 à répartition aléatoire, à double insu et contrôlée par placebo, ont démontré une réduction de la charge virale, des symptômes et des hospitalisations.
- L’anticorps, dont la séquence génétique a été identifiée à partir d’un échantillon de sang prélevé chez un des premiers patients rétablis aux États-Unis, a ensuite été reproduit en laboratoire.
Ce qu’en pense le doc Béliveau
On parle beaucoup de l’extrême rapidité avec laquelle ont été développés les vaccins, mais la production de ces anticorps en si peu de temps représente elle aussi un tour de force sans précédent, un exploit scientifique incroyable. En réduisant la charge virale des personnes infectées, ces médicaments sont appelés à jouer un rôle très important pour réduire les complications de la COVID-19 d’ici à ce que les vaccins puissent être administrés à un nombre suffisamment élevé de personnes pour mettre un terme à la pandémie. Les prochaines semaines seront cruciales et ces anticorps pourraient s’avérer fort utiles, en première ligne d’intervention.