Les cavernes sportives du Québec: un musée des Expos dans son sous-sol à Laval


Benoît Rioux
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Les cavernes sportives, que les anglophones appellent affectueusement «man caves», sont de plus en plus populaires. Les amateurs et amatrices de sports sont prêts à tout pour faire de leur sous-sol une pièce d’anthologie où il fait bon se rassembler pour exposer son amour à l’endroit de son équipe préférée, peu importe la discipline.
Le Journal a effectué une tournée dans quelques villes de la province, à la recherche de quelques trésors cachés et est tombé sur de véritables perles que vous vous ferez un plaisir de découvrir.
Des gants dorés ayant été remportés par Andre Dawson et Gary Carter, le chandail porté par Le Kid lors du dernier coup sûr de sa carrière et une tonne d’articles de son joueur préféré de tous les temps, Vladimir Guerrero.
C’est un véritable musée qu’on trouve dans le sous-sol de la maison de Perry Giannias, à Laval. Non seulement il est hors de tout doute le plus grand collectionneur au monde d’objets des défunts Expos de Montréal, mais l’homme de 57 ans a la particularité de détenir une foule d’objets ayant déjà appartenu à «Nos Z’Amours». Il possède même de vieux caleçons déchirés qu’a portés le lanceur Steve Rogers.

On ne parle pas ici de tasses, figurines ou autres objets promotionnels qu’on peut retrouver dans des marchés aux puces ou dans des bazars. Ce sont des pièces uniques ayant une grande valeur, sauf peut-être pour... les caleçons.
«Steve Rogers n’en revenait pas quand je lui ai dit que j’avais ça en ma possession, dit Giannias, en riant. Il a quand même accepté de les autographier.»
Des pièces authentifiées
Devant la multiplication des logos des Expos, un vent de nostalgie frappe de plein fouet dès qu’on descend l’escalier menant à sa caverne. Mais n’allez pas croire que Giannias perd le sommeil, tous les soirs, en imaginant un possible retour du baseball majeur à Montréal. Il garde secrètement un mince espoir, mais demeure très réaliste. Le collectionneur aura au moins connu les belles années des Expos et, c’est le cas de le dire, en conserve de précieux souvenirs.
«J’ai acheté ce chandail lors d’un encan de la famille Carter, quelques années après le décès de Gary, indique Giannias, en se dirigeant vers un présentoir consacré à l’ancien receveur. Je savais qu’il l’avait utilisé durant un match en 1992, mais c’est seulement en comparant les petites lignes verticales dans le dos du jersey qu’on a pu établir que c’est celui qu’il portait lorsqu’il a frappé son fameux double par-dessus la tête d’Andre Dawson...»

Preuve à l’appui, le jersey a bel et bien été porté par Carter lors du dernier match de sa carrière, le 27 septembre 1992, au Stade olympique.
«On a demandé à une compagnie spécialisée, qui a fait un photo-match pour le prouver, et j’ai une lettre qui le confirme, explique Giannias. C’est bel et bien ce chandail que portait Carter à son dernier match, sa dernière présence, son dernier coup sûr et son dernier point produit.»
Pour ajouter à l’anecdote, le Temple de la renommée du baseball, à Cooperstown, pensait détenir cette fameuse chemise de Carter, jusqu’à ce que le collecteur lavallois réussisse à prouver le contraire.
«J’ai aussi mis la main sur une balle qui appartenait à Gary Carter et que Ted Williams lui avait dédicacée, c’est vraiment une pièce unique», poursuit-il, en montrant le trésor.
De Souki à Youppi!
De manière plus imposante, Giannias cache aussi dans son sous-sol la statue de cire de Gary Carter, récupérée à la suite de la fermeture du Musée Grévin de Montréal en 2021. Il aimerait volontiers lui trouver une autre demeure, où la population pourrait lui rendre hommage, mais ses efforts ont été vains jusqu’à maintenant.
Giannias se fait d’ailleurs un devoir de partager sa collection quand cela permet de perpétuer la mémoire des Expos. Ce fut le cas avec un costume de Youppi! qu’il a prêté au musée Pointe-à-Callière, dans le Vieux-Montréal, pour une expo-clip soulignant le 30e anniversaire de la saison 1994.

Il conserve un second Youppi! dans son sous-sol – «c’est celui qui avait été expulsé après une plainte du gérant Tommy Lasorda en 1989» – de même qu’un costume de la précédente et affreuse mascotte, Souki.
Les pantalons de Santovenia
Parmi les objets des plus grandes légendes des Expos surgissent les noms de plusieurs autres joueurs plus marginaux. Cela donne l’impression de voyager à travers les époques, de 1969 à 2004, et de rejoindre les différentes générations.

«Il y a quelque chose d’amusant à propos de la statue de cire de Gary Carter, précise soudain Giannias, avec le sourire. Elle ne porte pas des pantalons ayant appartenu à Gary Carter, mais ceux d’un autre ancien receveur des Expos: Nelson Santovenia.»
En évoquant simplement le nom de Santovenia, Giannias transportait par enchantement le visiteur vers la fin des années 1980, où le port de la moustache était aussi répandu que spectaculaire.
Bien plus beau qu’une rondelle de hockey...
«C’est tellement beau une balle de baseball, avec ses coutures. Il n’y a personne qui me fera croire qu’une rondelle de hockey, c’est aussi beau.»
Devant un présentoir rassemblant ses balles les plus précieuses, qui se comptent par dizaines, Perry Giannias parle de l’objet rond avec nostalgie, tendresse et émotion.

«Ma collection a commencé quand j’étais à l’école primaire, il y a une camarade de classe, Stacey Deneka, qui disait qu’elle pouvait avoir une balle de baseball autographiée par n’importe quel joueur des Expos pour moi, évoque-t-il. Je ne la croyais pas, mais son père, Stan [ancien agent et recruteur, NDLR], était près de l’organisation et Stacey m’avait apporté une balle autographiée par Ellis Valentine.»
Giannias possède d’ailleurs encore cette balle, sur laquelle, des années plus tard, il a demandé à Valentine d’apposer une seconde signature.
«C’est peut-être l’objet qui vaut le moins cher dans ma collection, mais cette balle a une valeur symbolique pour moi», mentionne-t-il.
Une passion transmise par son père
Rapidement, Perry Giannias en vient à parler de son père, Peter, pour expliquer sa grande passion pour le baseball.
«Mon père a immigré de la Grèce au début des années 1960 et plutôt que d’aimer le hockey où, comme au soccer, il faut marquer des buts, il a découvert le baseball, et il m’a fait aimer ce sport à mon tour», résume-t-il.

Peter, qui est toujours en vie, a longtemps été restaurateur. En plus de quelques crèmeries, il était le propriétaire de Pierre Sous-marins.
«Il a travaillé tellement fort, et c’est sûrement pourquoi, plus jeune, on m’a inscrit au baseball plutôt qu’au hockey, avance Giannias. Mon père n’avait pas le temps de courir les arénas.»
Des opinions tranchées
Dans ses rares temps libres, Peter amenait sa famille au Stade olympique, d’où l’amour de Perry pour le baseball. En faisant le tour de son sous-sol, Giannias parle de ce sport, et particulièrement des Expos, en se remémorant de doux souvenirs. Il a aussi des opinions bien tranchées, ce qui n’est pas sans agrémenter la visite du musée.

«Steve Rogers, c’est le meilleur lanceur de l’histoire des Expos, dit-il. Si tu connais la balle, ce n’est même pas un débat. J’ai bien aimé Pedro Martinez, mais tu ne peux pas donner ce titre à un joueur qui n’a lancé que quatre saisons avec l’équipe.»
En montrant sa collection, Giannias fait défiler les noms des joueurs des différentes époques.
«J’aimerais bien, un jour, ajouter un objet ayant appartenu à Mike Marshall, mais c’est très rare, dit-il, à propos du mystérieux releveur ayant joué avec les Expos de 1970 à 1973. Marshall, c’était un homme bizarre, il ne signait rien et il ne parlait à personne.»
Collectionneur et philanthrope
Au-delà de sa collection personnelle, Perry Giannias a utilisé sa grande passion pour les Expos afin de créer la Fondation Kat D DIPG avec d’autres membres de sa famille. Les événements Expos Fest recueillent des fonds pour la recherche sur le cancer, ayant également permis la création du Pavillon Kat Demes, qui héberge les familles dont les enfants suivent un traitement de longue durée à l'Hôpital de Montréal pour enfants.
