«Une victoire spéciale»: Félix Auger-Aliassime bat Rafael Nadal pour la première fois


Jessica Lapinski
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TURIN | Après Roger Federer et Novak Djokovic, Félix Auger-Aliassime s’est offert mardi un autre « monstre sacré » du tennis, l’Espagnol Rafael Nadal, qu’il a vaincu en deux petites manches de 6-3 et 6-4 à la finale de l’ATP, disputée à Turin.
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À 22 ans, le Québécois a maintenant épinglé tous les membres du fameux « big three » à son tableau de chasse.
Une fierté, assurément, pour le cinquième favori de ce championnat de fin de saison, qui réunit les huit meilleurs joueurs de l’année. Une victoire que Félix a qualifiée de « spéciale », en conférence de presse : « Elle me donne beaucoup de confiance », a-t-il reconnu.
🚨 UPSET ALERT 🚨@felixtennis defeats Nadal 6-3 6-4 to capture his first victory at the #NittoATPFinals 💪 pic.twitter.com/IpKd4BcBe1
— ATP Tour (@atptour) November 15, 2022
Toujours vivant
Mais ce n’est pas uniquement la nature de l’adversaire qui rend ce triomphe aussi unique.
En défaisant « Rafa », détenteur d’un record de 22 titres majeurs, Auger-Aliassime s’assurait aussi de rester vivant dans ce tournoi, avec une fiche d’un gain et un revers, ce dernier encaissé contre le Norvégien Casper Ruud, dimanche.
Une fiche de 0-2 aurait pratiquement anéanti ses espoirs de qualification pour les demi-finales, dans ce tournoi à la ronde. Il jouera son dernier match de la phase des groupes jeudi, contre Taylor Fritz.
Jeu, set et match Félix Auger-Aliassime. 6-3, 6-4. 1re victoire de sa carrière contre Rafael Nadal et le Québécois conserve ses chances de se qualifier pour le carré d’as #ATPfinals
— Jessica Lapinski (@JessicaLapinski) November 15, 2022
« C’est bien de pouvoir dire que je l’ai enfin battu [après deux défaites, dont une à Roland-Garros cette année], a pointé Félix. En plus, je l’ai battu ici, ce qui n’est pas comme si je l’avais vaincu dans un plus petit tournoi. »
« C’était aussi une victoire importante pour moi, car elle me permet de rester en lice dans cet événement et de continuer [à y croire] », a ajouté le sixième mondial.
Juste un tout petit doute
Si ce triomphe lui donne confiance pour la suite, Félix était déjà gonflé à bloc quand il est entré sur le central du Pala Alpitour, en milieu d’après-midi, heure de Turin.
Lui aussi avait vu la performance du favori face à Fritz, dimanche. Une défaite de 7-6 (3) et 6-1, au terme de laquelle l’Espagnol avait reconnu qu’il n’était pas au meilleur de sa forme, lui qui a peu joué dernièrement et qui peine davantage sur les surfaces très rapides.

Mais bien sûr, « Rafa » étant « Rafa », il subsistait un petit doute dans son esprit. Et si jamais c’était le Nadal des beaux jours qu’il devait affronter, dans cette rencontre cruciale ?
« Quand vous vous apprêtez à jouer contre un gars comme lui, vous ne savez jamais, a relevé Auger-Aliassime. Vous vous dites : “Qu’est-ce qui va se passer s’il joue de façon exceptionnelle, ou si je ne suis pas à mon meilleur, que ça ne fonctionne pas pour moi ?” Il y a toujours une certaine incertitude. »
Nadal s’écroule
Mais Félix avait raison d’être en confiance. Certes, le Québécois n’a pas amorcé le match en force. Dès la première partie, il a dû effacer deux balles de bris. L’une avec un service gagnant, l’autre sur un retour raté de Nadal.
Le même scénario s’est produit au septième jeu. Et encore là, « le taureau de Manacor » n’a pas su en profiter.
Cette incapacité à concrétiser les occasions de bris que lui offrait Auger-Aliassime a finalement coulé Nadal. Car « FAA », lui, n’a pas raté les siennes. Il a brisé l’Espagnol de 36 ans dès sa première occasion, au jeu suivant.
Une partie au service étrange de « Rafa », qui menait 40-0 avant de multiplier les bourdes.
« J’ai senti qu’à un moment, il a perdu un peu confiance en ses coups, a analysé le Québécois. On jouait bien tous les deux, on servait bien, puis à un moment donné, il fait deux doubles fautes, puis une faute dans le filet. »

Il a saisi l’occasion
La deuxième manche a été un copier-coller de la première. Cette fois, c’est au cinquième jeu que le deuxième mondial a craqué, encore après avoir pris l’avance dans la partie.
Félix semblait avoir Rafael dans les câbles, mais la tension sur le terrain demeurait palpable. En fin de rencontre, Auger-Aliassime a levé un poing de conquérant quand un retour de Nadal a atterri hors des lignes.
Dans son box, son entraîneur Frédéric Fontang faisait de même. Et Toni Nadal, à la fois conseiller du Québécois et oncle de Nadal, qui s’était promis de rester neutre dans cette rencontre, applaudissait discrètement.
« C’était une occasion à saisir [mardi], avec lui qui n’est pas au meilleur niveau par rapport à ce qu’il a présenté dans sa carrière et moi qui joue plutôt bien dernièrement. Donc je suis content d’avoir gagné ce match », a souri Félix.
« Une revanche sur moi-même » - Félix Auger-Aliassime

Le dernier affrontement entre Félix Auger-Aliassime et Rafael Nadal remontait à juin, sur le Philippe-Chatrier, le central de Roland-Garros, qui est aussi le terrain de jeu préféré de l’Espagnol, lui qui y a remporté le titre 14 fois.
Cette rencontre de ronde des 16 à l’allure inégale entre « l’ogre de l’ocre » et un joueur qui, avant cette année, n’avait jamais remporté un seul match à Paris s’était finalement transformée en un marathon. Un marathon que Félix a perdu en cinq manches serrées.
« J’avais une revanche sur moi-même à prendre [mardi], par rapport à cette rencontre que j’avais perdue de peu », a expliqué Félix.
Cette première réussite face à Nadal restera à jamais « un très bel accomplissement », a-t-il assuré. « C’est un match dont je vais me souvenir très longtemps », a déclaré le Québécois.
Sa préférée contre Djokovic
Mais, à ce jour, sa plus belle victoire contre l’un des membres du big three est celle qui fut obtenue aux dépens du Serbe Novak Djokovic à la Coupe Laver, une compétition par équipes qui était disputée à Londres cette année, en septembre.
« Quand j’ai battu Roger Federer, c’était au deuxième tour d’un tournoi 500 [à Halle, en juin 2021], durant la COVID en plus, donc ce n’était pas la même tension ou la même opportunité qu’il y avait quand j’ai joué Novak », a-t-il analysé.
« Face à Novak, il fallait vraiment que je gagne pour l’équipe. Et c’était quand même à l’O2 Arena, un stade rempli, donc c’était un super moment », a enchaîné le sixième mondial.
Un bon gars travaillant
Nadal, lui, n’était pas capable de mettre le doigt sur ce qui a changé entre le Félix du printemps et le Félix de l’automne.
Bien sûr, il y a la surface. « Rafa » est très à l’aise sur l’ocre (évidemment), et « FAA » est habile sur un revêtement rapide, qui lui permet notamment d’exploiter son service.
« Je ne peux pas vous donner une explication claire et précise, s’est excusé l’Espagnol. Évidemment, s’il est aussi bien classé aujourd’hui, s’il a gagné plusieurs tournois [trois] de suite, c’est parce qu’il y a beaucoup de choses qu’il fait très bien. »
« Il est jeune, c’est un bon gars et un bon travaillant. Ces jeunes, s’ils sont assez humbles, ils aiment travailler et ils s’améliorent », a-t-il aussi relevé.
Pas besoin de conseils
À Paris, Toni Nadal, le conseiller du Québécois et oncle de Nadal – dont il a aussi longtemps été l’entraîneur – avait préféré s’asseoir en terrain neutre pour le match entre les deux joueurs.
Cette fois, il était dans le box d’Auger-Aliassime. Mais il n’a pas offert de conseils à son protégé sur la façon de vaincre son neveu.
De toute façon, a lancé Félix en riant, « il n’y a pas vraiment de secret ».
« Je connais Rafa. Je l’ai vu jouer, j’ai joué contre lui avant ! » a-t-il expliqué.