Un homme estimable, un échec politique


Joseph Facal
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Depuis des mois, François Legault disait qu’il resterait à la tête de la CAQ.
C’était évidemment la meilleure façon d’éviter que les prétendants à sa succession s’agitent trop.
Croyait-il lui-même à ses chances de redresser la barque?
Chose certaine, il a tout tenté ces derniers mois.
Mais les Québécois n’écoutaient plus.
Dans ces situations, il n’y a strictement rien à faire.
Bilan
L’usure est inévitable en politique, et elle vient de plus en plus vite à une époque où tout va, justement, de plus en plus vite.
Il faut remonter à la victoire de Maurice Duplessis en 1956 pour trouver un parti qui obtient un troisième mandat majoritaire consécutif pour former le gouvernement.
C’est dire la difficulté.
Pire qu’une défaite honorable, la CAQ risquait (et risque encore) d’être complètement rayée de la carte.
M. Legault est un homme estimable qu’il est absolument impossible de ne pas trouver sympathique si on le fréquente.
Quel bilan faire de son passage à la tête du gouvernement du Québec?
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Fonder un parti et le mener au pouvoir restera un exploit sensationnel.
Il fut rassurant, sensible, humain pendant la pandémie, malgré des erreurs tout à fait pardonnables.
Des gestes forts furent posés pour affirmer la laïcité et défendre la langue française, mais ils restent soumis à la tutelle des tribunaux fédéraux.
Cela implique pour moi de tirer des conclusions qui étaient jadis celles de M. Legault et auxquelles il se refuse désormais.
Il est difficile de ne pas porter un jugement sévère sur les autres grands pans du bilan caquiste.
L’économie du Québec ne va pas si mal, mais ce n’est pas en raison des politiques du gouvernement.
La stratégie spécifique pilotée par Pierre Fitzgibbon, consistant à miser sur des chevaux jugés prometteurs, s’est avérée un échec cuisant.
La vie quotidienne des Québécois, sur le plan matériel, ne s’est pas substantiellement améliorée, si on regarde ne serait-ce que le logement ou l’inflation.
François Legault a souvent dit que rien n’était plus important que l’éducation.
Peut-être, mais le grand coup de barre n’a pas été donné. On a plutôt mis du ruban gommé et de la broche ici et là.
L’accès aux soins de santé s’est dégradé, et aucun progrès notable ne sera possible sans revoir le statut du médecin dans notre système.
Le gouvernement s’y est attaqué, trop tard et de façon brouillonne.
Il s’est cassé les dents, et son échec cuisant découragera tout gouvernement futur de revisiter l’affaire.
Les finances publiques, elles, sont dans un état catastrophique.
Amour
La CAQ promettait aussi de nouveaux pouvoirs pour le Québec dans le régime canadien.
Rien. Zéro. Et les refus d’Ottawa furent plus rapides et hautains que jadis.
Huit ans plus tard, nous revenons à la case de départ: la souveraineté ou le Canada tel qu’il est.
Il reste que M. Legault aura toujours été habité par un profond amour du Québec et un authentique désir de bien faire.