Tous les résultats
Publicité

Un grand homme de sport va nous quitter: «Mon congédiement par les Expos a été plus difficile que de demander l'aide médicale à mourir»

Rodger Brulotte raconte les meilleurs (et les pires) souvenirs de l'ancien préposé au vestiaire Claude Lavoie

Claude Lavoie en 2018.
Claude Lavoie en 2018. Photo Agence QMI, ARCHIVES
Photo portrait de Rodger Brulotte

Rodger Brulotte

2024-05-23T23:00:00Z

Partager

Un géant du sport québécois est sur le point de nous quitter. Un homme avec qui je partage une amitié depuis plus de 60 ans. Cet homme, un passionné de baseball, a travaillé avec les Royaux de Montréal et il a été un des cofondateurs du Club des amis du baseball.

Il a joué au baseball junior d’élite et par la suite, il a été le propriétaire de l’équipe de Ville-Marie. Il a connu une belle carrière comme policier pendant 21 ans avec la Sûreté du Québec.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il a côtoyé les meilleurs joueurs de l’histoire du baseball ainsi que les légendes du Canadien. En novembre 2018, il a été intronisé au Temple de la renommée Baseball Québec à titre de bâtisseur.

Rusty Staub et Claude Lavoie, au Stade olympique.
Rusty Staub et Claude Lavoie, au Stade olympique. Photo ARCHIVES

Cet homme, c’est Claude Lavoie.

Dimanche dernier, je l’ai joint au téléphone. Je venais d’apprendre à son insu que sa demande à l’aide médicale à mourir avait été acceptée. Il me répétait sans cesse qu'il était serein avec sa décision de partir, le 30 mai prochain, et que son cancer généralisé le faisait trop souffrir.

Publicité
Des souvenirs incroyables

On a communiqué au téléphone avec le journaliste Serge Touchette, que Claude considère comme un grand ami. Nous avons ri pendant plus d'une heure en nous remémorant des souvenirs incroyables que nous avons vécus lors de son séjour à titre de responsable du vestiaire des visiteurs lors des matchs des Expos. 

Une aventure qui a débuté au parc Jarry en 1971 et s’est poursuivie jusqu’en 1993 au Stade olympique.

Je pensais qu'il était hospitalisé, mais à ma grande surprise, j'ai appris lundi qu'il était toujours à la maison lorsque je l'ai rejoint.

Il s’apprêtait à quitter la maison avec sa fille Danielle pour se diriger vers un centre de soins palliatifs.

J'étais étonné de voir mon ami quitter sa maison en laissant derrière lui les souvenirs de sa vie sans verser une seule larme. Il était en paix avec sa décision.

«Mon congédiement par les Expos est plus difficile que de demander l'aide médicale à mourir»

Claude, qu'est-ce qui t’a amené à être amer à l'égard des Expos?

«C’est simple, une des raisons de mon congédiement est liée à mon comportement lors du décès de l’ancien joueur des Royaux de Montréal et des Dodgers Don Drysdale, qui a été aussi le commentateur aux matchs des Dodgers. Le grand droitier est décédé subitement à la suite d’un arrêt cardiaque à Montréal. La famille de Drysdale et l’organisation des Dodgers m'ont demandé de faire le lien avec un salon funéraire afin que le corps de Don soit rapatrié à Los Angeles en toute sécurité.  

Publicité
Photo Agence QMI, ARCHIVES
Photo Agence QMI, ARCHIVES

«À la suite de mes démarches, j’ai été convoqué au bureau des Expos. Un des dirigeants, que je ne tiens pas à nommer, a exigé que je paye la facture des appels téléphoniques que j’ai faits du vestiaire des joueurs. Je n’avais pas d’autre choix que d’aviser l’organisation des Dodgers du sort que les Expos me faisaient subir. Le président de la formation californienne était furieux.  

«Quelques jours plus tard, les Dodgers m’ont remboursé l’argent que je devais payer. C'était le début de mon destin, qui allait me conduire à mon congédiement. Après avoir été congédié en février 1994, l'homme qui a mis fin à ma carrière m'a proposé un autre emploi. Il voulait que je m'occupe de l’entretien du vestiaire des Expos sans avoir aucun contact avec les joueurs. Sans hésitation, j’ai refusé son offre.»

«Aussi, quelques semaines après mon congédiement, certains joueurs ont uni leurs forces pour me donner une importante somme d'argent afin de me remercier de ce que j’avais fait pour eux.»

Sur la photo, on voit Monique, l’épouse de Claude Lavoie, Gary Carter et Claude Lavoie qui m’a confié qu’il était très peiné en sachant que dans quelques jours il ne pourrait plus se réveiller auprès de ses enfants Danielle et Pierre qu’il aime tellement. Il est fier de ses petits-enfants et de son arrière petit-enfant. Cependant, il a hâte de rejoindre au Ciel son défunt fils, Claude fils.
Sur la photo, on voit Monique, l’épouse de Claude Lavoie, Gary Carter et Claude Lavoie qui m’a confié qu’il était très peiné en sachant que dans quelques jours il ne pourrait plus se réveiller auprès de ses enfants Danielle et Pierre qu’il aime tellement. Il est fier de ses petits-enfants et de son arrière petit-enfant. Cependant, il a hâte de rejoindre au Ciel son défunt fils, Claude fils. Photo fournie par LA FAMILLE LAVOIE

Une longue pause a suivi, car Claude pleurait à chaudes larmes, il était tellement attristé. Il n'a pas pu s'arrêter de pleurer quand il m'a dit:

Publicité

«Les Expos, c’était ma famille. Je ne méritais pas ce qu'ils m'ont fait. Les Expos m’ont fait vivre un calvaire plus triste et déchirant que d’avoir accepté l’aide médicale à mourir. Merci à tous mes amis et j’espère qu’un jour vous vivrez le retour des Expos.»

Maurice Richard lui a déjà dit de se réveiller

Le légendaire entraîneur Toe Blake, qui a remporté huit fois la Coupe Stanley derrière le banc du Canadien, était l’entraîneur adjoint de Claude Lavoie lorsqu’il dirigeait les Anciens Canadiens dans deux matchs amicaux contre les anciens Maple Leafs au Forum et aux Maple Leaf Gardens. 

Claude se souvient encore du regard perçant de Toe Blake lorsqu'il pensait qu’il n'avait pas fait les bons changements de lignes. 

Aussi, lorsque le capitaine de l’équipe, Jean Béliveau, se penchait en lui disant doucement à l’oreille qu’il devrait peut-être utiliser un certain joueur plus souvent. 

Claude Lavoie, qu’on voit avec l'ancien capitaine du Canadien Jean Béliveau, considère ce moment comme le plus précieux de sa carrière sportive. Jean Béliveau lui a remis le trophée de la conquête du défi Canadien-Maple Leafs à titre d’entraîneur-chef des Anciens Canadiens. Encore aujourd’hui Claude est très émotif lorsqu’il pense qu’il a dirigé Maurice Richard, Jean Béliveau, Henri Richard et Guy Lafleur, qu’il rejoindra dans quelques jours au Ciel.
Claude Lavoie, qu’on voit avec l'ancien capitaine du Canadien Jean Béliveau, considère ce moment comme le plus précieux de sa carrière sportive. Jean Béliveau lui a remis le trophée de la conquête du défi Canadien-Maple Leafs à titre d’entraîneur-chef des Anciens Canadiens. Encore aujourd’hui Claude est très émotif lorsqu’il pense qu’il a dirigé Maurice Richard, Jean Béliveau, Henri Richard et Guy Lafleur, qu’il rejoindra dans quelques jours au Ciel. Photo fournie par LA FAMILLE LAVOIE

Il était encore plus intimidé lorsque l'arbitre du match, la grande légende du Canadien Maurice «Rocket» Richard, passait devant le banc et lui disait de se réveiller, car le Canadien devait gagner ce match contre les Leafs. 

Finalement, les Anciens Canadiens ont remporté les deux matchs.

Photo fournie par LA FAMILLE LAVOIE
Photo fournie par LA FAMILLE LAVOIE

Publicité
Il a vécu la crise d'Octobre de près

Claude Lavoie a fait partie de la Sûreté du Québec pendant 21 ans. À la fin de sa carrière, il était parmi les cinq relationnistes médiatiques au sein de la SQ. Octobre a été un mois tragique dans la vie de Claude Lavoie. Le 7 octobre 1969, son meilleur ami, le caporal Robert Dumas de la SQ, est tué lors d’une manifestation devant les garages des autobus Murray Hill. Il a dû organiser ses funérailles.

L’année suivante, le 5 octobre 1970, débute la crise d’Octobre par l'enlèvement par le FLQ de l'attaché commercial du consulat général du Royaume-Uni à Montréal, James Richard Cross. 

Claude Lavoie avait pour tâche de transmettre les informations policières aux médias. Le 10 octobre 1970, c’est l’enlèvement du ministre provincial du Travail Pierre Laporte. La Loi sur les mesures de guerre est mise en place. 

Dans le cadre de son travail, il était présent lors de la découverte dans une valise d’auto du corps de Pierre Laporte, qui avait été assassiné. L’année suivante, Claude s’est joint aux Expos à titre de responsable du vestiaire des visiteurs lors des matchs au parc Jarry.

Préposé à l’équipement pour 100 membres du Temple

Claude Lavoie a commencé sa carrière dans le baseball professionnel en 1955, comme préposé au bâton avec les Royaux de Montréal. En 1958, il était le préposé à l’équipement au sein de l’équipe de l’ancien défenseur du Canadien Émile Bouchard, qui avait remporté le championnat de la Ligue internationale avec des joueurs tels que Tommy Lasorda et Sparky Anderson. 

Publicité

Les deux sont devenus des gérants dans le baseball majeur et, par la suite, ils ont été élus au Temple de la renommée du baseball.

Tout au long de sa carrière, Claude Lavoie a été le responsable de l’équipement de plus de 100 joueurs qui sont membres du Temple. Les Willie Mays, Roberto Clemente, Tom Seaver et Hank Aaron étaient d’excellents joueurs, mais aussi des êtres humains exceptionnels. 

En 1975, il a accueilli pour la première fois dans le vestiaire des joueurs de l’équipe adverse au parc Jarry son joueur favori, qui est aussi devenu son grand ami, Gary Carter, ainsi que d’autres joueurs dont Andre Dawson, Ellis Valentine et Larry Parrish. Les talentueux jeunes joueurs participaient au camp d’évaluation des futures vedettes des Expos. 

Photo Agence QMI, ARCHIVES
Photo Agence QMI, ARCHIVES

Le dernier mais non le moindre est un lanceur québécois, Claude Raymond, un ami cher. 

Une fois arrivé au Ciel dans les prochains jours, Claude veut réunir un groupe de joueurs qui formeront une équipe pour l'éternité. 

Cette fois-ci, au lieu d'être leur préposé au vestiaire, il voudra peut-être gérer l'équipe.

Publicité
Publicité