Un grand gêné sorti de sa coquille

Jean-Charles Lajoie
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En 2020, en pleine pandémie, la Ligue nationale de hockey a tenu en Teams son repêchage annuel.
Les Rangers avaient écrit à leurs partisans deux ans auparavant, leur annonçant qu’elle avait décidé de reconstruire et qu’elle leur demandait leur indulgence, leur patience et leur support indéfectible.
Début février 2018, la date limite des transactions approche, envers et un peu contre la volonté de Jeff Gorton, actuel vice-président aux opérations hockey du CH, les «Blue Shirts» annoncent leurs couleurs dans une lettre aux partisans publiée par les grands tabloïds new-yorkais et expliquent leur stratégie en conférence de presse.
Ensuite, ils procèdent à cinq transactions coup sur coup, laissant partir des gars comme Ryan McDonagh et J.T. Miller vers Tampa Bay, avant de liquider Rick Nash, Michael Grabner et le défenseur Nick Holden, qui évoluait sur une paire avec McDonagh à la ligne bleue.
Enfin, Ryan Graves est passé au Colorado un peu plus tard. À la fin de la saison, le 14 juin, Gorton a racheté le contrat de Dan Girardi avant d’échanger Derek Stepan et Antti Raanta aux Coyotes de l’Arizona.
New York a finalement racheté Marc Staal en 2020 et échangé Matt Zuccarello en 2019.
Résultat : l’équipe a périclité au classement et a eu la main heureuse en 2020 en pleine Covid-19 en gagnant la loterie du repêchage alors que ses chances étaient plutôt minces. New York a réclamé Alexis Lafrenière avec cette toute première sélection et, honnêtement, avant cette saison, plusieurs se disaient que New York avait manqué le bateau avec Lafrenière au tout premier rang et avec Kappo Kakko au deuxième échelon total en 2019 derrière un certain jack hughes au New Jersey...
Dans le cas de Kakko, disons qu’il est encore tôt, mais l’espoir finlandais prend du temps à se mettre en marche. À ce stade-ci, cinq joueurs du top 10 de l’encan 2019 réclamés après Kakko font beaucoup mieux que lui dans la Ligue nationale.
Sauf qu’Alexis Lafrenière vient embellir le bilan de Jeff Gorton et des recruteurs des Blue Shirts de l’époque.
Le bœuf de «St-Eu» est véritablement sorti de sa coquille cette année, à sa quatrième saison complète dans la grande ligue.
Il a mis du temps, mais je ne suis pas du tout surpris. C’est un gars renfermé, Alexis, un taciturne, un grand gêné qui a besoin de temps pour s’acclimater à un nouvel environnement.
Prenez ce casting, cette posture mentale et placez-le dans le contexte de l’organisation des Rangers de New York, alors que les écrans géants animés de Times Square lui souhaitent la bienvenue en français avec sa face de 40 pieds de hauteur par 20 pieds de largeur et même l’accent grave sur le «e» de son nom de famille...
Mettons que ça faisait beaucoup, que la bouchée était énorme. Ajoutez à cela qu’il est débarqué à New York en pleine reconstruction, qu’il a été identifié comme le rédempteur, le sauveur qui allait incarner la renaissance des Rangers, et ce, sous la plume des plus influents columnist de la grosse pomme.
Et pour finir le plat, ce qui est non-négligeable, il devait tenter de mériter du temps de glace de la part de David Quinn, un coach insécure et sur du temps emprunté qui préférait jouer fessier en remettant continuellement ses vétérans sur la glace.
Avant de subir les défiances d’un coach de la vieille école, Gerard Gallant, qui n’avait rien à cirer des besoins de Lafrenière pour se sentir à l’aise et répondre aux attentes...
Lafrenière est un ailier et non un centre. Il était donc vulnérable aux choix de ses entraîneurs quant à son joueur de centre, un partenaire crucial à son éclosion. Tout a changé avec l’arrivée de Peter Laviolette, qui malgré plusieurs années de service dans la Ligue nationale, demeure bien de son temps.
Laviolette a ajusté le discours, il a trouvé les mots et surtout, il a vissé Lafrenière avec le vétéran centre Vincent Trochek, question de lui permettre de s’acclimater...
La réponse a été sans-équivoque, le bœuf a été fumant après les fêtes et, dans les actuelles séries éliminatoires, il est le joueur le plus important aux succès des Rangers derrière le roi Igor Shesterkin.
Il fait de nouveau la Une à Times Square. Cette fois, c’est grâce à son ancienne organisation junior, l’Océanic de Rimouski, qui avec la classe qu’on lui connaît tenait à saluer celui qui fut exceptionnel à son organisation et qui désormais lui fait honneur autant que l’ont fait par le passé les illustres Brad Richards, Vincent Lecavalier et comme le fait encore à ce jour le grand Sidney Crosby.
Lafrenière est désormais le dauphin légitime de cette descendance de joueurs d’exception!