Un garçon hors norme

Félix Séguin, TVA Sports
Partager
J’ai le grand privilège d’avoir trois enfants en plein forme. Ma conjointe et moi remercions la vie de nous avoir donné des enfants qui peuvent grandir sans aucun enjeu de santé.
Afin de démontrer ma gratitude, j’essaie humblement d’aider les enfants atteints de cancer comme le démontre depuis quelques années mon implication avec Leucan. J’ai pu côtoyer plusieurs enfants courageux et des parents qui travaillent sans relâche pour le bien de leurs enfants.
Dans les derniers jours, j’ai été sensibilisé à une autre réalité soit celle des enfants atteints du trouble du spectre de l’autisme.
Une amie de longue m’a contacté pour me dire qu’elle enseignait à un enfant autiste de 10 ans. Il se nomme Lambert et il est en quatrième année à Magog. Elle m’a précisé qu’il est passionné par le hockey et les statistiques et elle a ajouté qu’il s’amuse à jouer au descripteur comme moi.
Je lui ai donc envoyé une vidéo pour le saluer et pour le féliciter pour ses efforts. Le lendemain, Lambert m’a répondu avec une touchante vidéo et j’ai constaté avec stupéfaction qu’il possédait une mémoire phénoménale. Toutes les questions que sa mère lui posait dans la vidéo, Lambert répondait avec la bonne réponse.
J’étais abasourdi, mais surtout admiratif.
Je l’ai alors invité à passer une soirée avec moi à TVA en compagnie de sa maman, Vicky. Ils ont donc assisté au quatrième match de la série entre les Rangers et les Panthers.

Dès son arrivée dans l’édifice, mes collègues et moi avons été charmés par sa personnalité, mais surtout très impressionnés par sa mémoire hors du commun. Je lui ai posé une tonne de questions et il avait toutes les réponses.
Voici un exemple :
« Lambert, le 30 décembre, les Canadiens ont joué contre quelle équipe ? »
-« Les Panthers en Floride. »
-« Quel était le pointage final ? »
-« 4-1 »
-« Qui a marqué le seul but des Canadiens ? »
-« Cole Caufield »
Aucune feuille, aucun téléphone et aucun ordinateur. Rien n’était planifié. Il enfilait les bonnes réponses une après l’autre. Mes collègues Michel Therrien, Elizabeth Rancourt, Eric Fichaud, Patrick Lalime, Pascal Leclaire et Jean-Charles Lajoie étaient estomaqués.

« Lambert ne connaissait rien au hockey. En décembre dernier, il a commencé à regarder les matchs à la télévision et c’est à ce moment qu’il a développé une passion », m’a raconté sa mère.
Lambert connait par cœur le résultat de tous les matchs des Canadiens, il connait le numéro de tous les joueurs dans la LNH, la composition des trios, le nom des mascottes et des arénas, les statistiques des meilleurs joueurs et celles des joueurs les plus punis ainsi que les résultats du dernier match des étoiles. Également, il connaît les dates, les villes et les résultats de tous les matchs de la Série du Siècle de 1972. C’est renversant.

Pour sa mère, son fils a fait des pas de géants au cours des dernières années. « Il était autiste sévère non-verbal dans les cinq premières années de sa vie. Depuis ce temps, il s’entraîne très fort à équilibrer son cerveau. Notre objectif, c’est qu’il soit fonctionnel », m’a-t-elle raconté, elle qui déploie des efforts sans relâche pour aider son fils.
Sa mère me faisait d’ailleurs remarquer que la société pointe souvent les faiblesses des enfants autistes au niveau relationnel, mais elle m’a rappelé que beaucoup, comme son fils, ont des habiletés hors norme et qu’il faut les valoriser.
Pour les amateurs de sports, les défunts Paul Houde et Gerry Rochon étaient et demeurent les meilleurs pour répondre avec exactitude à des questions quiz. Lambert s’inscrit dans cette lignée.
Selon moi, il est avant tout un exemple de persévérance et une magnifique source d’espoir pour plusieurs enfants autistes et leurs parents.
