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Un cancer empêche un préposé aux bénéficiaires haïtien et sa famille de vivre ici

Le travailleur de la santé de 45 ans s’est pourtant démené pour soigner les aînés pendant la pandémie

Yverno, 45 ans, est aux côtés de sa femme, Suzena, ainsi que de leurs filles Lynn Elisabeth, 6 ans, et Ellen Sophie, 4 ans. La petite famille pourrait être menacée d’expulsion.
Yverno, 45 ans, est aux côtés de sa femme, Suzena, ainsi que de leurs filles Lynn Elisabeth, 6 ans, et Ellen Sophie, 4 ans. La petite famille pourrait être menacée d’expulsion. Photo Agence QMI, Thierry Laforce
Photo portrait de Nora T. Lamontagne

Nora T. Lamontagne

2022-08-01T04:00:00Z

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Un «ange gardien» d’origine haïtienne implore la clémence d’Immigration Canada après avoir vu toute sa famille se faire refuser la résidence permanente en raison de son cancer du pancréas.

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«À cause de moi, ma femme et mes filles sont des victimes. Est-ce que je dois mourir pour que le gouvernement leur dise oui?» demande en désespoir de cause Yverno, qui préfère taire son nom de famille pour ne pas inquiéter ses proches encore en Haïti.

Depuis le début de la pandémie, le demandeur d’asile de 45 ans a travaillé sans relâche dans le système de santé québécois, et ce, malgré son cancer au stade avancé.

Mais en mars dernier, Immigration Canada a refusé «pour des raisons médicales» la demande de résidence permanente de sa famille, déposée via le programme spécial pour remercier les «anges gardiens».

Yverno est considéré comme un «fardeau excessif» pour le système de santé.

Photo Agence QMI, Thierry Laforce
Photo Agence QMI, Thierry Laforce

Son cancer du pancréas, diagnostiqué au Québec en 2018, nécessite un suivi et des injections mensuelles, indique son certificat médical. 

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Et le gouvernement estime que le soigner coûterait plus de 24 057 $ par année à l’État, ce qui correspond à la définition d’un fardeau excessif.

Le refus du ministère s’applique tout autant à sa femme préposée aux bénéficiaires qu’à ses enfants, même s’il est le seul à avoir des problèmes de santé.

«Je me sens responsable», confie-t-il, la voix étranglée au bout du fil, pensant au sort qui attend ses quatre fillettes, âgées de 4 à 12 ans.

Un retour fatal

Après ce revers, le couple a ensuite déposé une autre demande pour considérations humanitaires.

«Un retour en Haïti serait fatal», est-il écrit dans le formulaire.

Cette demande leur a aussi été refusée en mai dernier, ce qui les a rapprochés plus que jamais d’une expulsion du Canada.

«[Le couple] n’a pas fourni suffisamment de preuves à l’appui et n’a pas démontré de motifs suffisants pour justifier une dispense», a précisé une porte-parole d’Immigration Canada par courriel.

Le Journal a demandé à Immigration Canada s’il jugeait qu’un patient atteint d’un cancer du pancréas pouvait se faire soigner adéquatement en Haïti.

«Ceci a été pris en compte dans le cadre de l’évaluation», nous a-t-on répondu.

Pas de traitement en Haïti

Pourtant, la lettre d’un chirurgien haïtien, incluse dans leur plus récente demande, déposée en juillet, prévient que les chances de survie d’Yverno seront fortement compromises s’il retourne dans son pays d’origine.

«Nous n’avons pas les spécialistes nécessaires pour assurer le suivi aussi complexe pour un tel patient», témoigne noir sur blanc le Dr Bendson Louima de l’hôpital Sacré-Cœur-de-Milot.

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«Et, à notre connaissance, il n’y a pas de traitement pour ce type de pathologie en Haïti.» 

Empêtré dans ce cauchemar administratif, migratoire et médical depuis bientôt cinq ans, Yverno désespère de régulariser son statut.

«On dit merci à tous les autres et nous, c’est comme si on n’avait pas travaillé. Je pensais que le gouvernement aurait de la compassion», regrette le Longueuillois d’adoption.

Loin de ses filles

La situation lui paraît particulièrement injuste alors qu’il est entré via le chemin Roxham, en 2017, sans savoir qu’il était atteint d’un cancer.

«Je ne suis pas arrivé avec ce fardeau excessif pour le gouvernement», martèle le demandeur d’asile.

Photo Agence QMI, Thierry Laforce
Photo Agence QMI, Thierry Laforce

Alors qu’il angoisse de connaître les prochaines décisions d’Immigration Canada, son rêve de donner une meilleure vie à ses quatre filles, dont deux sont toujours en Haïti, lui semble de plus en plus hors d’atteinte.

«Je n’ai pas vu deux de mes filles depuis 2017. J’ai peur de mourir sans les voir, ou de mourir et qu’elles soient toujours en Haïti», laisse-t-il tomber. 

CINQ ANS DE DÉMARCHES 

2017
Arrivée au Québec via le chemin Roxham

2018
Diagnostic de cancer du pancréas

2018
Refus de leur demande d’asile

2020-2022
Yverno travaille comme gardien de sécurité, préposé aux bénéficiaires et agent administratif dans le système de santé en pleine pandémie

Mars 2022
Refus de leur demande de résidence permanente via le programme conçu pour les «anges gardiens»

Mai 2022
Refus de la demande de résidence permanente pour des considérations humanitaires


►Plus de 2000 «anges gardiens» installés au Québec ont déposé un dossier via le programme spécial pour obtenir la résidence permanente, pour un peu plus de 4000 personnes, selon des données recueillies par Radio-Canada.

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