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Recours au privé en santé: un «cancer» à enrayer estiment les oppositions et les syndicats

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Photo portrait de Pierre-Paul Biron

Pierre-Paul Biron

2021-08-05T20:56:29Z

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Les partis d’opposition et des syndicats pressent le gouvernement de stopper l’hémorragie des dépenses au privé en santé qui ont atteint presque un milliard de dollars l’an dernier en s’attaquant dès maintenant aux «piètres conditions de travail» dans le réseau.

Pour le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, les chiffres dévoilés jeudi par Le Journal confirment que le recours aux agences de placement est le symptôme d’un cancer de plus en plus généralisé dans le réseau de la santé. 966 M$ sont allés au privé pour de la main-d’œuvre indépendante entre avril 2020 et mars 2021; plus du double de l’année précédente.

«Le cancer, ce sont ces conditions de travail très pénibles des travailleurs. Ce cancer-là, on peut dire qu’il y avait une tumeur avant la pandémie, mais la dernière année a fait en sorte qu’on en est au stade 4», a imagé le député de Gouin.

Son homologue du Parti québécois, Joël Arseneau, craint lui aussi qu’on en vienne à perdre le contrôle si le gouvernement n’agit pas rapidement.

«Avec de telles sommes, le pouvoir d’attraction des agences est devenu tel qu’il y un risque réel pour notre système», insiste l’élu.

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Des conditions décentes réclamées

En octroyant ce milliard de dollars aux agences de placement, le gouvernement s’est pris le bras dans un engrenage difficile à renverser, estime Québec Solidaire, qui parle d’un cercle vicieux.

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«Plus les conditions sont difficiles, plus les gens quittent, plus on a recours à des agences de placement et plus les conditions empirent pour ceux qui sont restés. Et la roue tourne», analyse M. Nadeau-Dubois.

La FSQ-CSQ et la FSSS-CSN sont du même avis et croient que le réseau ne peut plus traiter ses employés comme il le fait.

«Les agences, ça va se régler quand le personnel va avoir des conditions décentes», tonne la présidente de la FSQ-CSQ, Claire Montour. «La façon de diriger, le management, ce n’est pas une colonne comptable, c’est humain».

«Ce milliard-là si on en avait mit la moitié dans les conditions de travail, on aurait peut-être réglé le problème», ajoute son homologue de la CSN, Jeff Begley.

Tant les oppositions à Québec que les syndicats réclament la réduction massive du temps supplémentaire obligatoire, du déplacement de personnel et du non-respect des horaires.

«Il faut arrêter de traiter ces travailleurs-là comme des robots», insiste Mme Montour, qui ne veut plus de promesses. «On veut des gestes. On veut savoir quoi et on veut savoir quand.»

Ombre de la privatisation

Ces dérives font aussi craindre à plusieurs un virage vers une certaine privatisation dans le réseau de la santé, une entorse aux valeurs profondes du Québec, selon Gabriel Nadeau-Dubois.

«La menace de la privatisation plane toujours parce que des entreprises savent qu’il y a beaucoup d’argent à faire en santé. Mais le choix collectif qu’on a fait au Québec, c’est que santé ne devait pas rimer avec profit, mais avec service public. Ce choix-là, il faut le défendre», martèle le député.

Tous attendent maintenant la réponse de Québec à ce chantier qui doit être prioritaire, «pas seulement en santé, mais pour l’État québécois en entier», estime Joël Arseneau, qui y voit la source de plusieurs problèmes.

«Le rattrapage trop lent des chirurgies, la rupture de service dans plusieurs départements en région, l’attente dans les urgences, tout émerge de ces enjeux.»

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