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La belle histoire de 10 Inuits dans le même club junior B du West Island à Montréal

Les jeunes de l'Académie Natturaliit s'impliquent dans la communauté

L'équipe junior B de l'Académie Natturaliit est majoritairement composée de joueurs et de joueuses inuits. Les entraîneurs Nicolas Kulula-Lance et Tuniq Berthe sont dans la rangée du haut, à la droite du gardien de but.
L'équipe junior B de l'Académie Natturaliit est majoritairement composée de joueurs et de joueuses inuits. Les entraîneurs Nicolas Kulula-Lance et Tuniq Berthe sont dans la rangée du haut, à la droite du gardien de but. Photo Pierre-Paul Poulin
Photo portrait de Dave Lévesque

Dave Lévesque

2023-12-26T05:00:00Z

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PIERREFONDS | 10 des 16 joueurs d'une équipe de hockey junior B dans le West Island proviennent du Nunavik.

Cette belle histoire, c'est celle de l'équipe de l’Académie Natturaliit. Il s’agit d’une idée qui a germé dans la tête de Paul Parson et Danny Fafard, un Québécois qui a passé une dizaine d’années à Kuujjuaq et qui a aidé Parson à mettre son programme sur pied.

L’objectif derrière ça? Promouvoir de saines habitudes de vie chez les jeunes du Nunavik en passant par le hockey et les études.

Les jeunes Inuits de l’équipe sont donc tous venus au Sud pour poursuivre leurs études postsecondaires et ils se retrouvent à Pierrefonds pour jouer au hockey.

Connexion 

Comme Danny Fafard a de la suite dans les idées, il laisse les clés de la maison à Nicolas Kulula-Lance et Tuniq Berthe, deux anciens joueurs du programme qui sont désormais entraîneurs.

«C’est sûr qu’il y a une connexion qui se fait avec les joueurs, on a un lien d’établi avec les joueurs, et être capable de communiquer en inuktitut, le message [est] plus direct et mieux reçu», explique Kulula-Lance qui a un parcours un peu différent.

Celui-ci est parti du Nord à 11 ans quand sa famille s’est installée à L’Île-Perrot. Il faut préciser que sa mère est inuite et que son père vient du Témiscamingue.

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«Le but du programme, c’est de venir dans le Sud pour continuer ses études postsecondaires, mais c’est un gros challenge. Avec le hockey, il y a un aspect très motivateur à être actif et à s’impliquer dans sa communauté», précise le jeune homme de 22 ans qui poursuit ses études en éducation physique à l’Université de Sherbrooke.

Intégration 

Pour tout jeune qui quitte sa communauté du Nord pour le béton de Montréal, il y a un gros choc culturel. Même Nicolas, qui était habitué de venir, l’a vécu.

«Ç’a été un très grand choc culturel, et tous ceux qui vivent ça pour la première fois peuvent le partager avec l’équipe parce qu’ils ne sont pas les seuls dans leur situation», explique-t-il.

Son adjoint, Tuniq Berthe, a vécu la même expérience en arrivant dans le Sud, lui qui ne parlait pas français et qui fréquentait une école francophone.

«J’étais très heureux de pouvoir jouer au hockey avec mes compatriotes inuits parce qu’à mon arrivée au Sud, je jouais avec des francophones et des anglophones.

«Je retrouvais une forme de confort, et surtout un sens d’appartenance que je n’avais pas dans les années précédentes.»

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

La sauce prend 

On l’a mentionné, il y a quelques jeunes du West Island qui ne sont pas inuits au sein de l’équipe et ça se passe bien.

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«Cette année, c’est beaucoup mieux parce qu’on a des joueurs qui sont plus ouverts entre eux. Tout le monde semble avoir l’esprit ouvert», relate Nicolas.

On sait qu’il peut être difficile de garder son monde à cet âge, est-ce un problème que vit l’équipe?

«Pantoute, le groupe reste ensemble», lance Nicolas avec enthousiasme.

Et sur la glace, ça donne quoi? Ça donne une équipe qui va bien et qui occupe le 3e rang de la ligue, qui compte 19 équipes.

En dehors de la glace, Hockey Lac St-Louis s’assure qu’il n’y a pas de débordements. Un jeune qui leur a dit, après un match, de retourner dans leurs igloos l’a appris à ses dépens en étant suspendu pour ses propos.

 

Rester près de leurs racines

La mission de l’Académie Natturaliit en est une éducative, mais il y a de belles valeurs derrière ça aussi.

«On a eu une activité enrichissante récemment, souligne le responsable Danny Fafard. On est allés à la rencontre d’itinérants près d’une station de métro.»

Les jeunes ont pu distribuer du café aux hommes qui en voulaient pour se réchauffer par une froide journée de décembre.

Ça tombe sous le sens, puisque le soutien est généralement une valeur importante dans les communautés inuites.

Danny Fafard
Danny Fafard Photo Pierre-Paul Poulin
Servir
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Et les jeunes qui font partie de l’équipe de l’Académie Natturaliit ont tous ce point en commun qu’ils veulent retourner et aider leurs communautés respectives.

L’entraîneur Tuniq Berthe étudie actuellement en administration au Collège Montmorency. Il espère un jour avoir sa propre entreprise, mais il a d’autres ambitions.

«Je veux aller aider les jeunes là-bas et leur donner une voie, être une personne-ressource pour eux. J’aimerais aussi enseigner le hockey aux jeunes.»

La jeune Mary-Jane Dora Qinuajuak, qui préfère se faire appeler MJ, n’a que 18 ans et elle est arrivée à la fin de l’été pour étudier au Collège John Abbott. Elle ne sait pas encore dans quel programme elle étudiera, mais elle a plusieurs champs d’intérêt.

«Je veux être une femme d’affaires, avoir ma propre entreprise, j’aimerais aussi être avocate et entraîneuse parce que nous avons beaucoup de jeunes à la maison.»

Héritage

Ce que ces jeunes ont en commun, c’est un désir de rester ancrer dans leur héritage. L'entraîneur Nicolas Kulula-Lance vit cette situation presque toute l’année et s’ennuie de Quaqtaq, le village où il retourne voir son frère l’été.

«C’est vraiment important de rester près de mon héritage. La majorité de l’année, je suis à l’école et loin de ma communauté, je suis presque solitaire, je ne parle pas inuktitut et je n’ai pas de connexion avec ma culture.

«Revenir ici pour le hockey, pouvoir parler en inuktitut, parler de chasse ou d’aspects relatifs au Nord, je viens chercher ça ici pour me connecter sur qui je suis. C’est le fun de retrouver mon monde du Nord.»

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Danny Fafard est impressionné par la façon dont les jeunes s’adaptent à leur nouvel environnement.

«Je leur lève mon chapeau de s’acclimater à leur nouvel environnement et ils sont très débrouillards.»

Tuniq Berthe
Tuniq Berthe Photo Pierre-Paul Poulin
Mettre au défi

L’histoire de Tuniq Berthe, qui est aussi entraîneur de l’équipe, est intéressante puisqu’il a emprunté un chemin hors du commun et audacieux.

«Je suis venu au Collège Bourget en secondaire 4, je voulais me sortir de la zone de confort et me mettre au défi. Je voulais aussi obtenir une meilleure éducation qui me permettrait de redonner à ma communauté.»

Il est parti de loin et a surmonté toutes les embûches.

«Je ne parlais pas vraiment français, mais j’allais dans une école française, j’utilisais Google Translate, ç’a fini par marcher, je me suis fait des amis francophones. C’est bien de parler plusieurs langues, on est au Québec, je suis Québécois et je veux pouvoir ma langue, le français et l’anglais.

«C’est une expérience qui m’a ouvert les yeux et l’esprit et qui m’a fait réaliser que je peux faire bien plus que ce que j’imaginais. Beaucoup de gens restent dans leur zone de confort, c’est très difficile d’expliquer les enjeux que les gens vivent dans le Nord.»

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