Un baume bleu, blanc et rouge

Jean-Charles Lajoie
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Au Québec, on aime le hockey. On en est passionnés!
Et c’est bien parfait comme ça. Surtout quand le Canadien nous fait vibrer comme c’est le cas actuellement.
Dans toutes les phases de nos vies, on dirait qu’on est pris pour calculer. On dirait qu’on ne fait que gérer de la décroissance et du misérabilisme.
Avec la reconstruction, on était obligés de faire pareil au sujet de notre équipe de hockey.
En ce sens, la résurgence du CH est un baume sur les travers de notre société malade et croche. Un rayon de soleil au milieu des ombres géopolitiques, des trous dans les rues, des interminables attentes aux urgences et de la moisissure dans les classes mal chauffées de nos écoles.
Vivement un Tricolore gagnant pour un moral collectif meilleur.
Dans ce grand et formidable jeu de l’analyse de notre club de hockey, nous sommes toutes et tous Kent Hughes, ou encore Martin St-Louis. Nous sommes toutes et tous convaincus de détenir la clé du coffre dans lequel repose la coupe Stanley.

Sauf qu’on est toutes et tous abonné au même piège, celui de la vision raccourcie.
Le Canadien en gagne deux de suite, on veut louer un vétéran centre en vue des séries. Le Canadien en perd deux de suite, on veut vendre au plus offrant la moitié du club à la date limite des échanges.
Ceci n’est pas une attaque à l’endroit de ce que nous sommes, au contraire, je ne voudrais pas changer pour une miette et je ne voudrais pas que vous changiez pour une miette.
Passion et démesure
J’ai besoin dans mon écosystème sportif, de Marinaro qui, après quatre victoires de Dobes, veut le voir tasser Montembeault de sa chaise de numéro un devant le filet. J’ai besoin de Réjean qui continue de déverser sur les «internets» même quand l’équipe va bien.
J’ai besoin de lire vos tweets incendiaires ou trop débordants d’optimisme. J’ai besoin des intellectuels qui, sur certaines chaines, jouent aux D.-G. en carton et qui, chemin faisant, me permettent de faire de très belles siestes en les écoutant...
J’ai besoin de tout ça. Pis de Jake Evans à Montréal au cœur du plan pour encore cinq ans et 17,5 millions $, le seul «deal» gagnant-gagnant qui peut fonctionner cet été.
Joel Armia? De grâce, est-ce qu’on peut juste oublier le projet? À entendre ce qui se dit et à lire ce qui s’écrit depuis que le Canadien gagne, Armia est un intouchable. Non. Armia est excellent en dernière année de contrat. S’il veut accepter deux millions $ par année avec des contrats d’un an à la fois, je veux bien jaser, sinon, c’est bye!
S’amouracher d’un joueur qui connaît une bonne séquence, il faut que ça demeure notre job à nous, partisans et observateurs. Pas celle du patron hockey.
Ça change très vite dans le hockey, c’est une vérité que l’on s’efforce hélas d’ignorer. Et pourtant... l’an dernier, certains ténors ici et ailleurs suggéraient d’offrir à Rafaël Harvey-Pinard la chaise vacante d’ailier avec Suzuki et Caufield, plein d’arguments en appui.
Nous sommes à peine 15 mois plus tard et plus personne ne mentionne même Rafaël lorsque l’on se demande qui le CH devrait rappeler de Laval.
On pousse pour Mathieu Olivier cet été, mais dans les faits, s’il débarque ici, est-ce qu’on ne va pas surpayer un gars de quatrième trio tout en retardant l’arrivée d’un deuxième shérif Xhekaj dans l’alignement?

Autrement dit, on s’excite pas mal, pis c’est bien parfait.
Le Canadien gagne. Mais dans les faits et sans doute les cartons de «Gorton & Hughes & associates», je parie qu’au premier match de la prochaine saison, ils voient Demidov avec Dach et Laine, Newhook au centre d’Anderson et Gallagher et le meilleur au camp d’entre (Florian) Xhekaj, Davidson, Tuch ou encore Kapanen pour compléter Evans et Heineman sur le quatrième trio.
Simple de même!