Un ancien des Remparts célèbre ses 20 ans dans le hockey professionnel: Brent Aubin vit son rêve autrement


Stéphane Cadorette
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L’automne prochain, l’ancien des Remparts de Québec Brent Aubin franchira le cap des 20 ans et des 1000 matchs dans le hockey professionnel. Pourtant, il n’a jamais joué une partie dans la LNH, comme quoi il est l’une des rares exceptions parmi les joueurs de chez nous à avoir vécu le rêve autrement et aussi longtemps.
Aubin ressemble encore au jeune homme qui a soulevé la coupe Memorial chez les Remparts au printemps 2006. En visioconférence avec lui, on redécouvre le même air de gamin émerveillé, le même sourire et une passion parfaitement préservée lorsqu’il parle de son cheminement dans le hockey. À la seule différence près qu’il vient tout juste de fêter ses 39 ans!
Et visiblement, rien ne semble l’arrêter. La saison prochaine, Aubin déménagera à Hanovre, en deuxième division allemande.
Ce sera sa 20e saison dans les rangs professionnels. Le plus unique dans son cas est que seulement trois de ces saisons se sont déroulées en Amérique du Nord, lorsqu’il a signé son premier contrat avec les Marlies de Toronto, club-école des Maple Leafs dans la Ligue américaine.
«J’ai un parcours qui est particulier, mais je ne peux pas demander mieux parce que je réussis à gagner ma vie en jouant au hockey. Je continue parce que j’ai encore le même entrain», nous a-t-il expliqué de son domicile, en Allemagne, à travers les boîtes de déménagement.
La fin et le début d’un rêve
Les boîtes et le hockey, c’est l’histoire de la vie d’Aubin et de sa petite famille. Après le hockey junior, il y a eu Toronto, mais l’attaquant, à part deux matchs présaison dans la LNH, a compris que pour vivre de sa passion, il allait devoir s’exiler en Europe.
«Je suis parti jeune et probablement que si j’étais resté j’aurais peut-être pu monter quelques matchs dans la grosse ligue. Mais peut-être aussi que je me serais blessé, peut-être que je serais revenu au même point.
«À ma dernière année à Toronto, j’avais 11 points en 10 matchs et mon coach m’avait dit que Jeff Ferguson Jr [le directeur général des Leafs à l’époque] voulait me monter. Le lendemain, les Leafs ont perdu, ils se sont fait huer et Ferguson a été mis dehors. Brian Burke est arrivé. Il ne me connaissait pas et j’ai été laissé de côté pour cinq matchs de suite. Ma saison a chuté et j’ai perdu le goût. J’ai décidé de partir et je ne regrette rien», a-t-il raconté.
Belle aventure européenne

Ce n’était pas la fin, mais le début. Le premier en Europe à lui avoir passé un coup de fil est Pierre Pagé, ancien entraîneur-chef et directeur général des Nordiques, qui cherchait un bon marqueur étranger à Salzbourg, en Autriche, avec le Red Bull.
«J’apprécie encore beaucoup Pierre. Il n’arrêtait pas de me dire que le patron de Red Bull voulait acheter un club de la LNH et qu’il allait m’amener. Il me disait: “Brent, tu as gagné une coupe à Québec avec les Remparts et on va aller gagner ensemble une coupe Stanley à Québec avec les Nordiques.” J’ai décidé d’aller faire le saut à Salzbourg. On est tout de suite tombé en amour avec l’Europe», a dit celui qui était déjà à l’époque papa de l’une de ses trois filles, âgée d’un an.
Depuis l’Autriche, les années ont déboulé. Il y a eu une saison à Munich, sept à Wolfsburg et deux à Iserlohn, en première division allemande.
Puis, il y a eu deux ans à Grenoble, en France, de même qu’un retour en Allemagne, à Bad Nauheim, la saison dernière.
«On me demande souvent si je suis tanné d’être en Europe. Voyons donc! Je ne peux pas être tanné, je ne travaille pas, je joue au hockey!» a-t-il lancé en éclatant de rire.
«La vie que j’ai vécue dans le hockey, c’est vraiment une chance. L’ambiance en Europe, c’est complètement fou. Tout le monde est debout et chante. Quand je jouais en DEL [première division allemande] et que j’étais un des tops 5 joueurs étrangers dans la ligue, je vivais ma Ligue nationale et j’en suis fier.»
Une dernière étape?

Quant à savoir si la saison prochaine à Hanovre sera la dernière, Aubin ne saurait dire. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il appliquera le conseil que lui a déjà donné nul autre que Patrick Roy, son ancien entraîneur chez les Remparts.
«Je me rappelle encore qu’il m’a dit: “La journée que ça ne te tentera plus, tu vas le savoir tout de suite”», a mentionné Aubin.
Dans les dernières années, il a flirté avec la possibilité de devenir joueur-entraîneur pour préparer son après-carrière. Il aime aussi l’idée de travailler dans l’administration d’un club ou d’aider de jeunes joueurs européens à obtenir des occasions de jouer en Amérique du Nord.
«C’est ma vie et je veux rester dans le hockey», a mentionné Aubin comme étant son unique certitude à ce stade.
Le rêve de la Coupe Stanley lui a peut-être échappé, mais il est difficile d’éprouver des regrets quand on a gagné une Coupe Memorial, deux championnats de la ligue d’Autriche, un titre de la Ligue des champions, une Coupe continentale et deux Coupes de France.
«J’ai encore du plaisir à aller à l’aréna et au gymnase. Je m’entraîne avec mes filles. Quand je reviens à la maison l’été, je m’entraîne avec d’autres joueurs et je suis le petit vieux. J’aime ça. Ça me garde jeune.»
Une vie familiale épanouie sur le Vieux Continent

Si Brent Aubin éprouve autant de plaisir à prolonger sa carrière sur les patinoires en Europe, c’est aussi parce que sa conjointe et ses trois filles y ont trouvé leur parfait bonheur.
La vie dans les valises à travers différents pays n’a pas toujours été de tout repos, mais en fin de compte, les efforts en auront valu la chandelle.
«Les filles ont fait leur éducation en Allemagne. Ensuite, nous sommes allés en France pendant deux ans avant de revenir en Allemagne. Il y a eu une petite adaptation au début, mais elles ont passé leur année, donc tout va bien. Elles ont été élevées en allemand et elles parlent parfaitement trois langues.
«Ça n’a pas été facile. Je me rappelle encore quand elles étaient en première année avec leurs devoirs et qu’on était à côté d’elles avec Google Translate. Je me disais que ça n’avait pas de bon sens! Mais grâce au fait que les filles ont appris l’allemand, je peux encore jouer et me promener partout», a constaté Aubin, qui détient depuis 2023 la double citoyenneté canadienne et allemande.
Belle qualité de vie
L’ailier droit, dont les filles sont âgées de 16, 14 et 10 ans, aime le fait que l’expérience européenne a solidifié le cocon familial.
«Quand tu es en Europe, tu es seule en tant que petite famille et tu deviens plus soudée. Tu ne peux pas appeler grand-papa et grand-maman pour qu’ils viennent aider. Tu apprends à te débrouiller», a-t-il noté.
Aubin aime aussi le calendrier et les déplacements moins exigeants qu’en Amérique du Nord.
«Tu passes pas mal plus de temps à la maison et tu as beaucoup moins de déplacements. La saison dernière, on n’a pas couché une seule fois à l’hôtel. J’ai pu aller voir à peu près toutes les pratiques de mes deux filles», a-t-il continué.
De la bougeotte!

Le plus beau dans cette aventure européenne qui dure depuis 2009, c’est que tout le clan Aubin savoure cette vie, même si elle implique son lot de défis.
«Cette année, on est arrivé le 1er août avec nos valises. On a passé du temps à trouver l’école, le dentiste, le médecin... Et d’un seul coup, après la saison, on repart ailleurs! On est rendu habitué, même si ce n’est jamais la partie la plus le fun.
«Ça fait deux ou trois fois que je promets aux filles qu’on ne bouge plus. Quand j’ai eu l’offre pour aller à Hanovre la saison prochaine, je leur ai demandé [leur avis] et rendu à ce stade-là, c’est elles qui décident. Ma femme adore encore ça», a-t-il souligné.
Surtout qu’Aubin ne pouvait pratiquement pas refuser de partir vers Hanovre. Il y retrouvera son ancien coéquipier des Huskies de Rouyn-Noranda Raphaël Joly, qui est de trois ans son cadet et qui sera son entraîneur-chef.
«Le monde est petit, surtout au hockey», n’a pu que conclure Aubin, même de l’autre côté de l’océan.