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Un aller simple pour fuir la terreur de la mobilisation: qu’arrivera-t-il avec ces «réfugiés» russes?

Cohue dans un des aéroports international de Moscou où de jeunes Russes fuient la perspective d'être appelés à aller combattre en Ukraine.
Cohue dans un des aéroports international de Moscou où de jeunes Russes fuient la perspective d'être appelés à aller combattre en Ukraine. Capture d'écran Twitter
2022-09-23T17:30:00Z

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Alors que les images illustrant la mobilisation «partielle» russe se multiplient, les questions s’accumulent à son sujet et on se demande quoi faire des millions de Russes fuyant le pays. 

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Au-delà des images, les sujets de discussion à la mode sont assez directs: «Quels sont les pays où se rendre sans visa?», «Comment traverser la frontière du Caucase à pied», «Comment fuir le pays ?».  

Il suffit donc de faire le tour des moteurs de recherche et des réseaux sociaux encore autorisés en Russie pour comprendre les désirs de fuite du pays. 

Difficile de stopper l’hémorragie et de fermer les frontières 

Pour le chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques David Dubé, si de nombreuses personnes peuvent encore fuir, c’est avant tout parce que la question d’une gestion forte des frontières russes est assez difficile.  

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Le chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques David Dubé.
Le chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques David Dubé. Capture d'écran Chaire Raoul-Dandurand

«La Russie est assez grande, c’est assez difficile à contrôler à la base», explique le chercheur. 

Néanmoins, il ajoute que malgré les vols par avions et les moyens légaux pour quitter le territoire, Poutine est probablement concentré sur la guerre et le fait que ça va très mal. 

«Difficile à dire pourquoi il ne tente pas minimalement de les fermer. Peut-être est-ce qu’il a minimisé le risque de voir une vague subséquence d’émigration...» explique-t-il. 

Le chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand Julien Toureille ajoute que cette fuite pose de nombreux dilemmes, mais aussi de nombreuses opportunités, pour la communauté internationale. 

Le chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Julien Toureille
Le chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Julien Toureille Capture d'écran Chaire Raoul-Dandurand

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«Si la position des pays limitrophes semble évoquer un certain malaise, il reste quand même au sein du bloc occidental une forte évocation d’un devoir humanitaire à accueillir ces populations.» 

Il ajoute que ces «fuyards» peuvent servir d’outils de propagande anti-Poutine. 

«Ils démontrent qu’il n’y a pas une adhésion totalement de la population russe à la guerre. On peut alors contrer le discours de Poutine selon lequel la Russie fait face à une guerre existentielle contre elle et sa population.» 

M. Dubé insiste néanmoins sur l’utilité limitée d’un tel discours. 

«On ne peut plus nécessairement assumer que Poutine pense en termes rationnels. Il a un comportement jusqu’au-boutiste complètement déconnecté de la réalité», explique-t-il. 

AFP
AFP

Considérer les «fuyards» comme des réfugiés et les accueillir? 

Pour la professeure titulaire et directrice du programme de maîtrise en droit international et politique internationale appliqués (DIPIA) de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke Geneviève Dufour, la réponse est oui. 

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La professeure titulaire et directrice du programme de maîtrise en droit international et politique internationale appliqués (DIPIA) de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, Geneviève Dufour,
La professeure titulaire et directrice du programme de maîtrise en droit international et politique internationale appliqués (DIPIA) de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, Geneviève Dufour, Capture d'écran Faculté de Droit - Université de Sherbrooke (UdeS)

«Si ces personnes fuient par crainte pour leur vie, elles peuvent certainement demander la reconnaissance du statut de réfugiés. Toutefois, l'octroi du statut se fera au cas par cas» explique-t-elle.

Mme Dufour spécifie que «les déserteurs ne bénéficient pas automatiquement de ce statut mais que dans tous les cas, avec ce qu’on a vu sur la répression faite à ceux qui s’opposent à la mobilisation pour des motifs politiques, on peut certainement dire que ceux qui s'opposent à la guerre s'exposent à un risque pour leur vie », explique-t-elle.

Le Canada doit-il alors en accueillir pour autant? Là aussi Mme Dufour répond par l’affirmative.  

«Le Canada a appuyé la déclaration du G7 Refuge pour les dissidents fuyant la répression politique russe. Dans cette dernière, il est mentionné que “Nous sommes préoccupés par le fait que la guerre d’agression brutale de la Russie contre l’Ukraine s’accompagne d’une répression interne toujours plus forte en Russie [...]. Nous offrirons une protection aux Russes qui sont persécutés par le régime russe conformément à nos lois et exigences nationales.» 

Depuis 72 heures, les Russes qui le peuvent continuent de se ruer dans les aéroports et aux frontières pour fuir un pays s’enfonçant dans l’escalade d’un conflit qu’il a lui-même commencé.  

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Mobilisation et nettoyage ethnique 

Au-delà de la question des «fuyards», les personnes mobilisées semblent majoritairement être affiliées aux minorités ethniques, évoquant des disparités régionales et surtout une tentative de contenir la colère dans la majorité ethnique russe. 

Un exemple d'étudiants mobilisés de force d'une université de la région majoritairement mongole de Bouratie a fortement été partagé sur les réseaux sociaux. 

Pour David Dubé, il faut avant tout voir ici une approche logique par le pouvoir russe. 

«Il n’est pas complètement idiot de peut-être aller mobiliser dans certaines régions où l’information se rend moins bien. On veut mobiliser des groupes qui s’associent moins à l’Ukraine en termes de ressemblances ethnoculturelles», commente le chercheur. 

Néanmoins, depuis le début de la guerre, la mise à contribution des minorités amène certains spécialistes à penser que le pouvoir de Moscou profite de cette occasion pour y joindre aussi un nettoyage ethnique interne. 

La Cour pénale internationale de La Haye
La Cour pénale internationale de La Haye CPI

Julien Toureille rappelle que de telles actions peuvent aussi faire l’objet d’enquêtes pouvant s’ajouter à celles en cours contre les exactions russes commises depuis le début du conflit. 

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