Tuerie de Sandy Hook: «C’est pas une fake news, ma fille est morte là»
Un Québécois se réjouit du verdict rendu contre un leader complotiste


Francis Pilon
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Un Québécois dont la fille est morte dans la tuerie de Sandy Hook se réjouit de voir un complotiste condamné à verser un milliard de dollars aux familles des victimes et il espère que le verdict freinera la propagation de fausses nouvelles.
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La vie de Gilles Rousseau a basculé le 14 décembre 2012. Comme tous les matins, sa fille, Lauren, l’a appelé avant d’aller travailler à titre de suppléante à l’école primaire Sandy Hook, à Newtown, aux États-Unis.
«On s’est dit "À tantôt" parce qu’elle revenait à la maison le soir pour faire des biscuits de Noël», se souvient M. Rousseau en entrevue téléphonique avec Le Journal, depuis sa maison au Connecticut.

Ce sont les dernières paroles échangées entre le père et sa fille. Quelques heures après leur discussion, un tireur fou est entré dans l’école où elle enseignait.
L’homme a tué avec un fusil semi-automatique 20 enfants et six adultes à Sandy Hook, dont Lauren, âgée d’à peine 30 ans à l’époque. Cet événement est reconnu comme la pire tuerie jamais survenue dans une école américaine.
Un «canular», selon une fausse théorie
Près de 10 ans après le massacre, Gilles Rousseau affirme que lui et d’autres familles endeuillées sont encore confrontés par des personnes convaincues que la tuerie est un canular.

C’est l’influent complotiste américain Alex Jones qui avait propagé cette fausse nouvelle à l’époque. Selon sa théorie du complot inventée de toutes pièces, les proches des élèves tués dans l'école Sandy Hook étaient des acteurs. Ces derniers auraient donc été utilisés pour discréditer le lobby des armes à feu, selon Jones.
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«Encore l’année dernière, un travailleur de la construction qui refaisait la surface de la rue devant Sandy Hook m’a demandé si je croyais que le massacre s'était vraiment produit. J’ai répondu calmement: "J’y crois". C’est pas une fake news, ma fille est morte là et je ne l’ai plus jamais revue après la tragédie», raconte le septuagénaire, encore découragé par cette rencontre.

«Je ne pouvais pas croire que des gens croyaient que ma fille et les autres étaient des acteurs, neuf ans après leur mort», laisse-t-il tomber.
965 M$ pour son complot
Dans ce contexte, les familles des victimes de cette tuerie, qui a duré six minutes, ont entamé des poursuites contre Alex Jones. Dans les derniers mois, plusieurs pères et mères ont expliqué à la cour américaine qu'ils étaient harcelés par des admirateurs du complotiste.
Le jury a finalement rendu son verdict la semaine dernière. Le leader conspirationniste a été condamné à payer 965 millions de dollars en compensation aux proches endeuillés pour diffamation et préjudice moral.

«J’étais très content du verdict pour les familles et le message que ça envoie. Alex Jones a fait de l’abus au nom de la liberté d’expression. Le jury lui a rappelé qu’il y avait une limite à ça. J’espère surtout que ça va freiner les fausses nouvelles qui circulent sur le web pour ne pas que ça se reproduise», mentionne Gilles Rousseau, qui n’utilise aucun réseau social.
Notons que le père de famille, qui a toujours deux fils avec lui, n’a pas participé à cette action en justice. «Contrairement à d’autres qui ont dû déménager hors du Connecticut, je n’ai pas trop été harcelé de mon côté. [...] J’ai aussi voulu passer à la prochaine étape et être heureux», dit-il.
Ses cendres au Québec
M. Rousseau, qui a quitté le Québec à 20 ans pour s’établir aux États-Unis, confie qu'il a enterré les cendres de sa fille seulement la semaine dernière.
«L’urne est restée 10 ans dans mon salon. Je n’avais pas eu le cœur de la laisser aller avant. On a aussi répandu ses cendres au Québec, chez ma famille en Estrie, c’était sa maison aussi», indique-t-il.

Il se réjouit aussi qu’un mémorial soit finalement inauguré le mois prochain pour honorer la mémoire des 26 personnes morte dans la fusillade de l'école primaire Sandy Hook.
«Elle aurait eu 40 ans cette année, fait remarquer Gilles Rousseau. Quand je me souviens de ma fille, je souris. Durant l’enterrement de ses cendres, ses amis ont raconté à quel point elle aimait le monde et comment elle était sensible. On pense à elle tous les jours, mais jamais de manière négative et en se disant qu’on aurait aimé qu’elle soit avec nous. Lauren n’aurait pas voulu ça.»
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