Trump-Macron: retour sur une vraie-fausse idylle tumultueuse entre la «brute» et le sortant
AFP
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Ils continuent de se dire «amis», mais leurs relations se sont à nouveau tendues, entre un Emmanuel Macron qui accuse implicitement Donald Trump d'être une «brute», et un président américain qui moque son homologue français en dirigeant sortant à l'influence évanescente.
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Retour sur les soubresauts et les ressorts d'une vraie-fausse idylle commencée il y a neuf ans.
SMS, G7 et coups de griffes
Rien ne va plus entre les deux chefs d'État qui ont tant aimé afficher leur complicité? La journée de mardi peut le laisser penser.
Face à la volonté américaine de s'emparer du Groenland et aux menaces de taxes douanières accrues contre les États européens qui s'y opposent, Emmanuel Macron a eu des mots durs, reprenant son réquisitoire contre un «nouveau colonialisme» trumpiste entonné depuis début janvier.
«Nous préférons le respect aux brutes», a-t-il martelé au forum économique de Davos, dans une réponse à la diplomatie de Donald Trump, qu'il a toutefois préféré ne pas croiser dans la ville suisse.
À la même tribune, le 47e président des États-Unis a estimé mercredi que son homologue avait voulu «jouer le dur à cuire», avec «ses très belles lunettes de soleil» -- arborées en raison d'un problème oculaire.
«Emmanuel», «il ne va pas rester là très longtemps», avait-il lâché mardi dans une pique aux accents d'humiliation, signifiant que le Français, qui quittera l'Élysée en 2027, ne compte plus sur la scène internationale.
Pour autant, «c'est un de mes amis», a-t-il assuré.
«Mon ami», c'est également ainsi qu'Emmanuel Macron s'est adressé à Donald Trump dans un SMS privé divulgué par ce dernier.
Le président français y clamait son incompréhension sur le Groenland, mais aussi leur «alignement» sur la Syrie et l'Iran. Et allait jusqu'à proposer un sommet du G7 jeudi à Paris en présence d'invités russes.
Au commencement, une poignée de main virile
La relation entre les deux hommes qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver au pouvoir, est un mélange de séduction et rapport de forces.
À l'image des poignées de main viriles des premières rencontres. En 2017, à Bruxelles, en Sicile ou sur les Champs-Élysées, jusqu'à 29 secondes qui ont parfois laissé la trace des doigts français sur la main américaine.
«Ce n'est pas innocent», c'est «un moment de vérité», avait alors théorisé Emmanuel Macron.
Lune de miel à Paris, avec dîner sur la tour Eiffel et défilé militaire du 14 juillet, jalousé par un président américain qui voudra le reproduire à Washington. Puis visite d'État d'Emmanuel Macron aux États-Unis en 2018, quand Donald Trump lui avait épousseté de prétendues pellicules sur l'épaule.
Mais la greffe n'avait pas pris: l'arbre symbole de leur amitié planté dans les jardins de la Maison-Blanche avait péri au moment où leurs relations se tendaient, sur le nucléaire iranien ou l'enjeu climatique.
Retour à la Maison-Blanche
Les retrouvailles au sommet, il y a un an, se sont jouées sur ce tableau en demi-teinte.
Fort de ce qu'il pense être sa bonne compréhension du personnage, Emmanuel Macron se montre vite entreprenant.
Au risque de s'attirer les accusations de complaisance en France, pour cette «diplomatie de la papouille» dénoncée par l'ex-premier ministre Dominique de Villepin.
Mais aussi avec quelques succès: pour la réouverture de Notre-Dame de Paris en décembre 2024, le président français orchestre la première poignée de main entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky après la nouvelle victoire de l'Américain.
Rapidement, toutefois, c'est la douche froide. En février dernier, dans le Bureau ovale, une nouvelle rencontre Trump-Zelensky tourne à l'affrontement verbal en mondovision.
«On a tous le souvenir d'une grande brutalité», dit Emmanuel Macron dans un documentaire diffusé mardi sur la chaîne France 2.
La ligne de crête
Le Vieux Continent comprend que la relation transatlantique entre dans une nouvelle ère, et qu'il faudra éviter que les États-Unis lâchent l'Ukraine face à Moscou, et plus largement préserver les intérêts européens.
Emmanuel Macron monte en première ligne pour organiser l'aide à Kiev et pousser l'UE à renforcer son autonomie.
Mais il n'est plus seul à avoir l'oreille de Donald Trump. Le Britannique Keir Starmer et l'Allemand Friedrich Merz lui parlent, tout comme Giorgia Meloni, la dirigeante italienne plus proche de lui idéologiquement.
S'il hausse le ton face à la guerre commerciale, ou pour défendre l'Ukraine et le Groenland, le président français prend toujours soin, jusqu'ici, d'éviter la rupture.
Avec un objectif en tête: «garder Trump au plus près de nous» lorsque les intérêts européens sont en cause. Et «gérer ses à-coups», quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.