Tous les résultats
Publicité

Trump et son pari improvisé

Photo GETTY IMAGES
Photo portrait de Guillaume St-Pierre – analyse

Guillaume St-Pierre – analyse

2025-03-06T09:00:00Z

Partager

OTTAWA | Donald Trump a encore une fois montré que son grand plan de relance du secteur manufacturier américain à coups de tarifs n’avait rien d’un éclair de génie et reposait davantage sur un pari improvisé. 

Au premier jour de l’imposition de tarifs sur le Canada et le Mexique, mardi, les dirigeants de trois constructeurs automobiles américains ont parlé au président dans le blanc des yeux.

Résultat : Trump souhaite maintenant exempter une bonne partie de l’industrie automobile de ses fameux tarifs durant 30 jours, comme par hasard.

Question : si les tarifs étaient la solution à tout, pourquoi reculer ?

La Maison-Blanche veut donc offrir un répit aux constructeurs qui respectent notre accord de libre-échange avec les États-Unis afin d’éviter de les soumettre à un « désavantage » économique, a souligné sans ironie la porte-parole Karoline Leavitt.

Par cette exemption, Trump envoie le signal à l’industrie qu’elle doit se relocaliser aux États-Unis au plus vite, ce qui est plus facile à dire qu’à faire.

Pendant ce temps, les prix des véhicules auront le temps de grimper, les actions des entreprises auront piqué du nez et des travailleurs auront perdu leur emploi.

Il serait aussi question d’exemption sur les produits agricoles, selon l’agence de presse Bloomberg.

Publicité

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Pour comprendre le plan tarifaire de Donald Trump, il faut se rappeler que le président est plus doué en marketing qu’en affaires.

Son interminable discours à la nation mardi soir devant le Congrès n’avait-il pas des allures de talk-show, avec ses cadeaux lancés à des invités ?

Mafieux

On peut aussi confondre la téléréalité Trump avec un épisode des Soprano.

C’est ainsi que son administration se permet d’humilier Volodymyr Zelensky, le président de l’Ukraine, et de faire du chantage à l’endroit du Canada.

« Ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont manqué de respect à l’Amérique, a lancé sur Fox News, hier, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, en parlant du Canada et du Mexique. Ils avaient des caravanes de migrants arrivant du Mexique. Ils délivraient des visas à tour de bras au Canada, et tous les criminels et terroristes du monde entier entraient par le Canada. »

« Et le président a dit : “J’en ai assez. Vous êtes totalement irrespectueux, et je vais vous apprendre un peu de respect”. »

« Alors Trump a dit : “Tarifs !” »

Publicité

Un parrain mafieux ne se serait pas exprimé autrement.

Vulnérable, mais uni

En tant que petit voisin, le Canada se retrouve vulnérable, pressé entre les empires russe et américain par l’Arctique.

Toutefois, nous ne sommes pas complètement démunis face aux menaces d’annexion économique du président.

Les dernières heures ont démontré que l’administration Trump jouait les durs, mais ne détenait pas toutes les cartes.

Après une conversation téléphonique de 50 minutes avec Justin Trudeau, le président a accusé son homologue d’utiliser la crise tarifaire pour rester au pouvoir.

Est-ce que cela pourrait être le signe qu’il n’a pas obtenu la concession qu’il cherchait ?

• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Le Canada est sur toutes les tribunes et ses arguments sur la soi-disant porosité de la frontière sont repris par des journalistes de la Maison-Blanche.

Les sondages continuent de démontrer que les tarifs sont impopulaires dans l’opinion publique américaine et que le taux de satisfaction à l’égard du président atteint des niveaux historiquement bas.

Pendant ce temps, la population canadienne est derrière la stratégie de répliquer dollar pour dollar, à 70 %.

Le recul de Trump sur le secteur automobile est le signe que la pression exercée par le Canada « fonctionne », selon Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères du Canada.

Donald Trump semble croire que du chaos jaillira la prospérité économique pour son pays.

Étrange calcul.

Publicité
Publicité