Trump est en train de broyer le Parti républicain


Richard Latendresse
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Ça semble loin maintenant. Pourtant, c’était il y a 11 ans à peine. Donald Trump nous a fait passer par tant d’émotions depuis qu’on en oublie sa descente d’escalier roulant à la Trump Tower pour annoncer qu’il se lançait en politique pour « Make America Great Again ».
Ce jour-là, le promoteur immobilier nous avait laissés abasourdis en affirmant que les immigrants mexicains étaient, entre autres, des violeurs avec « certains, j’imagine, qui sont de bonnes personnes ».
L’homme qui partait à la conquête de l’investiture républicaine en vue de l’élection présidentielle de 2016 était tout sauf un homme de parti.
Au fil des ans, il a changé plusieurs fois d’allégeance partisane : républicain, membre du Reform Party, démocrate pendant près de huit ans, indépendant, puis de nouveau républicain. En 2004, il disait même se sentir plus proche des démocrates sur plusieurs enjeux.
Son parcours politique ressemblait davantage à celui d’un homme d’affaires opportuniste qu’à celui d’un militant convaincu. Ultimement, sa campagne n’a pas fusionné avec le Parti républicain, elle en a pris le contrôle.
LA LOYAUTÉ AVANT LE PARTI
Dix ans plus tard, difficile de croire que Donald Trump se préoccupe du succès de ce Parti républicain. Les événements de cette semaine au Texas suggèrent que ce n’est pas sa priorité.
Le président avait choisi d’appuyer le procureur général Ken Paxton contre le sénateur sortant John Cornyn. Paxton est demeuré loyal envers Trump lorsque plusieurs élus républicains prenaient leurs distances. Cornyn, lui, avait déjà exprimé des doutes sur son avenir politique. Trump a récompensé l’un et puni l’autre.
La même logique explique ses attaques contre le représentant du Kentucky Thomas Massie, le sénateur Bill Cassidy en Louisiane et d’autres républicains coupables d’avoir démontré trop d’indépendance.
Cette semaine l’a prouvé une fois de plus : pour Trump, la loyauté personnelle passe avant les intérêts du parti. En fait, Donald Trump n’a rien à gagner ni à perdre directement aux élections de mi-mandat. Son nom n’apparaîtra nulle part.
L’HORIZON POST-PRÉSIDENCE
La suite sera certes plus compliquée si les démocrates devaient remporter le contrôle des deux chambres du Congrès. Mais son regard à lui semble déjà tourné vers l’après-présidence.
Trump ne pourra plus revenir à la Maison-Blanche. Mais il peut rester le chef incontesté du mouvement conservateur, continuer à faire et défaire des carrières et capter l’attention de millions de partisans.
Une influence qui a une valeur considérable : elle protège son héritage politique, mais elle alimente aussi un système où pouvoir et intérêts privés se confondent. L’appui à Ken Paxton ne visait pas tant à aider le Parti républicain qu’à renforcer ce cercle de loyauté ; un investissement dans l’après-Trump et dans la capacité de transformer l’influence politique en levier financier.
Et c’est ce qui rend ahurissante la docilité des élus républicains face aux excès de la présidence Trump. Il ne transforme plus le Parti républicain. Il s’en sert... personnellement.