Trop, c’est trop: la LNH joue avec le feu

Jean-Charles Lajoie
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Les Américains sont fous de football. La NFL s’est carrément approprié un jour de la semaine. Elle est la religion la plus rassembleuse au pays de Donald.
Si l’amateur moyen pouvait voir son club favori 24 fois par saison plutôt que 17, il en serait ravi. La ligue doublerait ses revenus, les propriétaires rempliraient encore plus leurs coffres. Pourtant, il a fallu des années pour passer de 16 à 17 matchs. Pourquoi? Parce que le corps humain a ses limites, même chez ces athlètes hors normes.
Pendant ce temps, le baseball, considéré comme un simple passe-temps chez nos voisins du Sud, se joue tous les jours. Les rotations de lanceurs, les temps morts interminables, les minutes passées à attendre son tour au bâton... tout cela rend possible un calendrier quotidien.
La LNH, elle, impose 82 matchs. Tout comme la NBA. Mais arrêtons-nous deux secondes : trouvez-vous logique que des gars bardés d’une armure, patinant sur une surface glacée de 200 pieds par 85, disputent autant de matchs que des géants en culottes courtes qui joguent sur un parquet immaculé? Sérieusement.
J’adore le basketball. C’est un sport spectaculaire, inclusif, mondial. Mais revenons à notre hockey national. Jadis parent pauvre des sports majeurs, il connaît une remontée spectaculaire dans les revenus. Bravo Gary Bettman. Mais à quel prix?
On répète que le hockey est meilleur que jamais. C’est vrai. Il est rapide, tellement rapide que même les descripteurs doivent se réinventer. Mais cette vitesse le rend dangereux. Les joueurs sont des Formules 1, fragiles malgré leur puissance. Ils s’entraînent sans relâche, prennent peu de congés l’été. Et puis, ils cassent. Pas parce qu’ils sont fragiles, mais parce que ce qu’on leur impose est insensé.
Résultat: des partisans paient une fortune pour des billets et des chandails, et on leur sert du hockey réchauffé. Comme hier soir, entre le Canadien et les Blues: un spectacle affreux. Comment blâmer des joueurs qui disputaient un deuxième match en 24 heures, un troisième en quatre jours pour St. Louis, un quatrième en six pour Montréal?
Pas rassasié, Gary Bettman ajoute deux matchs au calendrier dès la saison prochaine. 84 matchs. C’est abject.
Le jour où le public se lassera des mauvais shows de joueurs brûlés vifs, Bettman sera à la retraite. Et peut-être viendra enfin la vraie révolution: celle qui offrira un spectacle digne tous les soirs, qui prendra soin de sa matière première — ces joueurs formidables qui, pour l’instant, ressemblent de plus en plus à des animaux de foire.