Trois ans après son embauche: Kent Hughes, le meilleur pari de Jeff Gorton

Jonathan Bernier
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Il y a trois ans, le Canadien procédait à l’embauche de Kent Hughes. Comme il l’avait lui-même suggéré quelques mois plus tôt, Jeff Gorton sortait du cadre habituel en faisant d’un ancien agent de joueurs le 18e directeur général du Tricolore.
«Nous voulons trouver quelqu’un qui a une perspective différente de la mienne», avait déclaré Gorton, nommé vice-président des opérations hockey au mois de novembre précédent.
Gorton a vu juste puisque dans un récent entretien à l’émission JiC, Hughes a révélé que son patron l’avait affublé du surnom «pas d’accord».
En lui offrant un contrat de cinq ans, Gorton lui donnait le loisir de procéder à une reconstruction réfléchie, sans précipitation. Trois ans plus tard, qu’en est-il de ce choc des idées?

On n’aurait pas dit la même chose il y a un mois, mais la progression de l’équipe suit une tangente positive. Au moment de l’embauche de Hughes, le Tricolore affichait un dossier de 7-25-5 et occupait le dernier rang du classement général.
En date d’aujourd’hui, pour la première fois depuis sa présence en finale de la Coupe Stanley en 2021, la formation montréalaise est bel et bien dans la course aux séries éliminatoires.
Gestion serrée
Cette progression, le Tricolore la doit à l’esprit cartésien de Hughes. Combien de directeurs généraux ont tenté d’accélérer le processus et se sont royalement plantés?
Hughes, lui, n’a jamais dérogé de son plan. Du moins, pas encore. Il n’a pas fait de folies sur le marché des joueurs autonomes (Alex Barré-Boulet est sa seule prise en trois étés). Il ne s’est jamais laissé tenter par des joueurs de location et il s’est toujours refusé à sacrifier l’avenir de l’équipe pour un électro-choc temporaire.
Même dans la distribution de ses contrats, il a fait dans la modération (un jour, on lui remettra peut-être celui de Juraj Slafkovsky sur le nez, mais peut-être pas). Il faut dire que son prédécesseur l’avait un peu menotté avec des contrats aux allures de boulet offerts à Brendan Gallagher, Josh Anderson, Jeff Petry et Carey Price.
Cette gestion serrée des finances fait en sorte que la saison prochaine, avec le plafond salarial qui sera majoré d’environ 5 M$, le faisant passer de 88 M$ à 93 M$, Hughes pourrait amorcer la campagne avec un coussin de près d’une dizaine de millions de dollars. Ce qui le placerait en excellente position pour attirer un gros nom lorsqu’il considérera que le temps est venu de viser encore plus haut que le mix.
Du travail en amont
Cela dit, il ne faudrait pas jeter aux oubliettes le travail de Marc Bergevin. Ce dernier avait ses défauts, surtout au point de vue des relations interpersonnelles, mais il a quand même laissé à Hughes un bon noyau de départ.
Nick Suzuki, Cole Caufield, Jake Evans, Samuel Montembeault, David Savard, Josh Anderson, Christian Dvorak, Joel Armia et Gallagher (repêché sous Pierre Gauthier) portaient déjà tous le bleu-blanc-rouge lors de l’arrivée de Hughes.
Kaiden Guhle, Jakub Dobes et Jayden Struble, qui ont par la suite rallié les rangs de l’équipe, ont été repêchés sous l’ère Bergevin. Arber Xhekaj a également été mis sous contrat dans les derniers mois du règne de l’ancien joueur des Whalers de Hartford.
Et c’est sans compter les morceaux du casse-tête que Hughes a pu utiliser sur le marché des transactions. Les Jordan Harris, Jeff Petry, Alex Romanov, Artturi Lehkonen et Brett Kulak, entre autres.
D’ailleurs, depuis son entrée en poste, Hughes a effectué 35 transactions. Celles-ci lui ont permis de mettre la main sur 23 choix au repêchage, dont six de premier tour et quatre de deuxième ronde.
Des choix dont il s’est servi pour aller chercher de jeunes vétérans (Kirby Dach, Alex Newhook) ou qui lui ont permis d’améliorer son rang de sélection (Michael Hage).
Tout ça pour dire qu’il y a longtemps qu’on n’avait pas vu un plan quinquennal suivre son cours de façon aussi linéaire.
Un travail qui risque de lui valoir le renouvellement d’une entente avant la fin de son présent contrat.
Son meilleur coup: Sean Monahan
Qui peut se targuer d’avoir un obtenu un joueur de premier plan, deux choix de premier tour et un choix de troisième ronde sans donner quoi que ce soit en retour?
Hughes a prouvé qu’il avait tout un flair en offrant à Brad Treliving, son homologue des Flames de Calgary, de le soulager de Sean Monahan et de son contrat de 6,375 M$, au mois d’août 2022. Évidemment, Hughes n’allait pas débarrasser Treliving d’un joueur blessé sans exiger un dédommagement. Ce à quoi le DG des Flames a acquiescé en envoyant avec Monahan un choix conditionnel de premier tour (2025 ou 2026).
Un an et demi plus tard, à l’approche de la date limite des transactions, le directeur général du Canadien a échangé Monahan à Winnipeg en retour d’un choix de premier tour en 2024 (que le Canadien a utilisé dans un pacte avec les Kings pour devancer son rang de repêchage et sélectionner Michael Hage) et un choix de troisième tour conditionnel en 2027.
Entre-temps, bien qu’il ait raté 57 rencontres en raison d’une fracture au pied droit, l’Ontarien a offert de précieux services au Tricolore. En 74 matchs, il a récolté 52 points, dont 19 buts.
Un parcours sans faute... pour l’instant
Aucun directeur général n’est parfait. Ils échappent tous la balle à un certain moment de leur parcours. L’avenir saura nous le dire, mais, pour l’instant, Kent Hughes semble avoir visé dans le mille à chacune de ses transactions.
À l’heure actuelle, le sans-faute de Hughes dépendra des services que lui offriront Kirby Dach et Alex Newhook. Pour chacun de ces attaquants, Hughes a offert un choix de première ronde (en plus d’un choix de troisième tour pour Dach et de deuxième tour pour Newhook).
Et de la façon dont ça se passe pour eux depuis leur arrivée à Montréal, il y a lieu de se demander si ce n’était pas trop cher payé. Peut-être. Sauf qu’il est important de rappeler qu’aucun des choix de premier tour sacrifiés n’appartenait, à la base, au Canadien. Tous deux avaient été acquis lors de transactions précédentes.
Par ailleurs, certains avanceront que le troc qui a envoyé Artturi Lehkonen au Colorado en retour de Justin Barron et d’un choix de deuxième tour pourrait ressembler à une erreur de parcours. Toutefois, ce choix fait partie des trois que le Tricolore a offerts aux Kings pour avancer son droit de parole et sélectionner Michael Hage au 21e rang du dernier repêchage. Si Hage devient un joueur de premier plan, on félicitera Hughes.
| Personnel | Résultats |
|---|---|
| Nombre de joueurs | 73 (66 patineurs et 7 gardiens) |
| Nombre de choix au repêchage | 30 |
| Nombre de transactions | 35 |
| Nombre de choix échangés | 10 (dont 5 avaient été acquis d’ailleurs) |
| Nombre de choix acquis | 23 (dont 6 de 1re ronde et 4 de 2e ronde) |
| Nombre de joueurs autonomes attirés à Montréal | 1 (Alex Barré-Boulet) |