Trois ans à réaliser son livre sur Scotty Bowman
Dryden ne voulait jamais rien laisser au hasard


Marc de Foy
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En 2019, Ken Dryden publiait un livre sur Scotty Bowman, qui l’a dirigé durant sept de ses huit saisons au sein du Canadien. Mais pas plus que Serge Savard, Yvan Cournoyer et tout autre joueur ou dirigeant de cette époque chez le Tricolore, le plus grand entraîneur de tous les temps de la LNH ignorait que son ancien gardien de but était gravement malade.
Comme pour tout chantier qu’il entreprenait, Dryden ne faisait rien à la légère. Soucieux du détail, il tenait à colliger toutes les informations avant de mener ses projets à terme. Il a mis trois ans à rédiger son œuvre sur Bowman, une brique de 448 pages intitulée Scotty: une vie de hockey d’exception, mise sur le marché par Les Éditions de l’Homme.
«On s’était entendus pour travailler d’octobre à mars, à raison de trois appels hebdomadaires d’une durée de deux heures chacun, les lundis, mercredis et vendredis», indique Bowman, qui célébrera ses 92 ans le 18 septembre.
«Il est venu me rencontrer aussi à mes maisons de Buffalo et de Floride [Sarasota]. Il enregistrait toutes nos conversations.»
Les six plus grandes équipes
Avec Bowman comme interlocuteur, démêler tout ça était un travail de moine.
«Je pensais en avoir terminé, quand Ken m’a appelé un jour pour ajouter un dernier chapitre au livre», se souvient Bowman.
«Il m’a demandé d’identifier six équipes que je percevais comme les plus grandes de tous les temps.»
Bowman a choisi les éditions 1951-1952 des Red Wings de Detroit; 1955-1956 du Canadien; 1962-1963 des Maple Leafs de Toronto; 1976-1977 du Canadien, dont il était l’entraîneur; 1981-1982 des Islanders de New York; et 2014-2015 des Blackhawks de Chicago, dont le directeur général était son fils Stan, aujourd’hui DG des Oilers d’Edmonton.
Parmi celles-ci, Bowman a sélectionné la formation 1976-1977 du Tricolore comme la plus grande dans l’histoire de la Ligue nationale. Le Canadien a compilé une fiche de 60 victoires, 8 défaites et 12 verdicts nuls cette saison-là, pour un total de 132 points sur une possibilité de 160.
Pour montrer à quel point cette équipe était sans égal: elle a maintenu un différentiel de +216 entre les buts marqués et les buts accordés. Dryden et son acolyte Michel Larocque ont connu une saison de rêve, il va sans dire.
En 56 sorties, Dryden a conservé une fiche de 41-6-8 et maintenu une moyenne d’efficacité de ,920 ainsi qu’une moyenne de 2,14 buts accordés.
Utilisé dans 26 rencontres, Larocque a terminé la saison régulière avec une fiche de 19-2-4, un taux d’arrêts de ,909 et une moyenne de 2,09 buts alloués.
Laissé à lui-même
Tout en reconnaissant le caractère singulier de Dryden, Bowman rappelle que les gardiens étaient laissés à eux-mêmes dans ce temps-là.
«Il n’y avait pas d’entraîneur pour les gardiens, comme il n’y avait pas de vidéos non plus», indique-t-il.
«Les entraîneurs ne parlaient pas aux gardiens aussi. Ces derniers faisaient leurs petites affaires et c’est tout. Ken voulait disputer tous les matchs et prenait part à tous les entraînements. Il n’en a jamais raté un autrement que s’il était blessé.»
La fameuse posture repos
Dryden avait l’avantage d’être grand. Les gardiens de 6 pi et 4 po constituaient une denrée rare dans les années 1970.
«Avant ses débuts dans la LNH, Cesare Maniago était, à 6 pi 2, le gardien doté de la plus grande taille dans la ligue», souligne Bowman.
«La grandeur de Ken lui occasionnait des malaises au dos. C’est l’une des raisons pour lesquelles il préférait se tenir debout devant le filet. Il n’aimait pas le style papillon.»
Lorsqu’il prenait sa fameuse posture devant le filet, qui consistait à s’appuyer sur son bâton, c’était dans le but de donner du répit à son dos. Cette position a inspiré Robin Bell, un artiste d’Ottawa, dans la réalisation de la statue de Dryden que l’on retrouve devant l’aréna Raymond-Bourque.