La traversée du désert des conservateurs américains
Antoine Laflamme
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Encore une fois, Donald Trump a déjoué les pronostics. L’élection fut beaucoup plus serrée que prévu et son parti a fait bonne figure dans les élections au Congrès. Mais cette fois, il a perdu; et la défaite pourrait faire très mal au mouvement conservateur américain.
On peut supposer qu’un certain nombre d’élites républicaines se sont réjouies en silence de la défaite de Donald Trump. Plusieurs d’entre elles étaient découragées par ce personnage grossier, entêté et narcissique. Cependant, ce qu’elles ne doivent pas oublier, c’est que cette personnalité hors du commun, qu’elles considéraient comme un boulet, était plutôt vue comme une qualité par beaucoup d’électeurs qui votaient pour Trump avant de voter pour le Parti républicain.
Bien sûr, certains membres de l’administration ont réussi à porter le message de Trump sans son style abrasif, ramenant ainsi un peu de calme et de civisme dans le débat, mais ils ont davantage servi à rassurer les sceptiques qu’à mobiliser les masses.
Confrontation en vue
Chez les républicains, une confrontation est à prévoir. Certains voudront enterrer l’ère Trump qu’ils considèrent comme une aberration, voire une parenthèse sombre de l’histoire du parti. D’autres souhaiteront embrasser le virage Trump et assumer le réalignement politique qui en découle en y voyant le début d’un nouveau chapitre victorieux pour la droite.
Cependant, une chose les unira tous: ils chercheront à rallier les anciens partisans de Trump d’une façon ou d’une autre. En ce sens, les primaires républicaines risquent d’être particulièrement intéressantes. Il y aura sûrement quelques candidats qui verseront dans le reniement presque coupable des années Trump.
D’autres, plus malins, feront l’éloge plus ou moins sincère de l’ancien président. Peut-être que quelques-uns chercheront littéralement à imiter la recette Trump, mais, en politique, tout est une question de timing et, même si c’était Trump lui-même qui se représentait aux primaires républicaines, rien ne garantit qu’il remporterait à nouveau la palme. En effet, la fascination malsaine que les médias américains lui portaient en 2016, et qui lui garantissait pratiquement tout le temps d’antenne, s’est depuis transformée en hostilité. L’identité et surtout le positionnement idéologique du prochain candidat républicain sont donc pour l’instant un mystère complet.
Héritier de Trump
Pour espérer gagner, le prochain candidat républicain à la présidence devra être l’héritier de Trump tout en développant sa propre personnalité. Ainsi, il pourra maintenir unis les différents courants du parti et créer sa propre base électorale, question de ne pas être prisonnier de celle de son prédécesseur. Mais tout cela est beaucoup plus facile à dire qu’à faire.
Les conservateurs américains entreprennent aujourd’hui une longue traversée du désert qui laisse présager de nombreuses divisions, des remises en question, et peut-être même un peu de nostalgie insoupçonnée.
Antoine Laflamme
Étudiant de deuxième année en science politique et histoire
Université d’Ottawa