Travailler à la retraite: restera-t-il vraiment de l’argent dans vos poches?

Emmanuelle Gril
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Au Canada, un retraité sur dix travaille encore. Gardent-ils vraiment ces revenus ou vont-ils au gouvernement ?
Le fisc ne fait aucune concession et de nombreux retraités déplorent la diminution de leurs revenus lorsqu’ils poursuivent une activité professionnelle.
Quelle est la réalité de cette situation ?
Chaque cas est différent
Nicolas Karaoglanian, conseiller en gestion de patrimoine chez fdp Gestion privée, souligne que chaque cas est différent. « Certaines personnes peuvent compter sur un fonds de pension d’employeur ou un bas de laine bien garni, alors que d’autres ne reçoivent que les prestations gouvernementales de RRQ, de Sécurité de la vieillesse (SV), et éventuellement le Supplément de revenu garanti (SRG) », illustre-t-il.
Peu importe votre situation financière : plus vos revenus grimpent, plus vous payez d’impôts et moins vous touchez de prestations. D’où l’importance de calculer le seuil critique pour éviter de gonfler inutilement vos revenus. « Reporter ses prestations les bonifie chaque mois », note le conseiller. Vous pouvez reporter le RRQ jusqu’à 72 ans et la SV jusqu’à 70 ans.
Bon à savoir : si l’on touche déjà le RRQ et que l’on est encore sur le marché du travail, on peut arrêter de contribuer au RRQ. Dans ce cas, l’employeur cesse lui aussi de cotiser. En général, poursuivre ses cotisations est plus avantageux pour un salarié que pour un travailleur autonome, car ce dernier doit payer sa part et celle de l’employeur.
Impact des revenus d’emploi
Si vous continuez à travailler à la retraite tout en recevant le RRQ, pas de panique : cette rente ne sera pas amputée malgré vos revenus d’emploi, car elle est basée sur les cotisations effectuées durant votre vie active.
En revanche, il existe un impôt de récupération sur la SV. « Il est déclenché dès que les revenus dépassent 95 323 $ (2026). Cela couvre toutes les sources de revenus comme un fonds de pension, retraits du FERR, salaire, etc. Au-delà de ce montant, l’impôt de récupération sera de 15 % sur chaque dollar supplémentaire », explique Nicolas Karaoglanian. Par exemple, si votre revenu est de 100 000 $, l’impôt de récupération est de 15 % sur 4677 $, soit environ 700 $.
Attention, sachez que la SV sera entièrement récupérée à partir de 154 753 $ si vous avez entre 65 et 74 ans, et de 160 696 $ pour les 75 ans et plus (pour 2026).
Du côté du SRG, on n’y est plus admissible si le revenu annuel (excluant la PSV) est de 22 512 $ ou plus, pour une personne célibataire, divorcée ou veuve. À partir de 5000 $ de revenu, chaque dollar gagné l’amputera de 25 à 75 cents.
Deux scénarios
Il est facile de se perdre parmi ces différents éléments, c’est pourquoi utiliser ce calculateur mis à la disposition des contribuables par le gouvernement du Québec permet d’avoir l’heure juste (finances.gouv.qc.ca/ministere/outils_services/outils_calcul/revenu_travail_retraite).
Il nous a permis de préparer deux scénarios pour déterminer combien il reste d’argent dans ses poches une fois les impôts payés et les transferts sociofiscaux ajustés.
Scénario 1 :
- Retraité célibataire de 65 ans gagnant 20 000 $ en revenus d’emploi (pas de cotisation au RRQ). Ses revenus de retraite se limitent uniquement à la SV (8900 $) et au RRQ (10 000 $).
- Le revenu de travail conservé est de 65 %, soit 12 999 $.
- Prélèvements du gouvernement : 11 470 $
- Crédits incitatifs à l’emploi (crédit pour prolongation de carrière, exemption au SRG, déduction pour travailleur, montant canadien pour l’emploi) : 4469 $
Scénario 2 :
- Retraité célibataire de 65 ans gagnant 25 000 $ en revenus d’emploi (pas de cotisation au RRQ). En plus de la SV (8900 $) et du RRQ (10 000 $), il reçoit 20 000 $ par an d’un fonds de pension.
- Le revenu de travail conservé est de 67,2 %, soit 16 791 $.
- Prélèvements du gouvernement : 11 366 $
- Crédits incitatifs à l’emploi (crédit pour prolongation de carrière, déduction pour travailleur, montant canadien pour l’emploi) : 3157 $