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Toute une carrière pour Dominic DeNucci

Photo portrait de Patric Laprade

Patric Laprade

2021-08-15T15:33:41Z

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Dominic DeNucci, un important membre de la connexion italienne de la lutte professionnelle et entraîneur de Mick Foley, est décédé jeudi, le 11 août dernier, à l’âge de 89 ans.

DeNucci, avec Bruno Sammartino, Ilio DiPaolo, Tony Parisi ainsi que les Québécois Gino Brito et Dino Bravo étaient les figures de proue de ce clan interpromotionnel, à qui d’autres lutteurs s'ajoutaient.  

« Je suis le seul qui reste maintenant, rappelle l’ancien lutteur et promoteur Gino Brito, qui vient tout juste d’avoir 80 ans. Bruno, Parisi, Dino, Tony Marino, Lou Albano, Luigi Mascera, ils sont tous morts. Je dois être le prochain sur la liste, j’imagine! »

Une connexion italienne oui, mais il y a également une forte connexion qui lie DeNucci à Montréal.

Né Domenico Nucciarone le 23 janvier 1932 à Frosolone, dans la province de Campobasso en Italie, DeNucci déménage au Québec pour venir y rejoindre un grand-oncle. Troisième d’une famille de sept, il décide de laisser ses parents, sa famille et ses amis pour venir s’établir ici. 

« Je suis arrivé en Nouvelle-Écosse de l’Italie en février 1951, puis j’ai pris le train jusqu’à Montréal », me disait DeNucci lors d’une de nos conversations.  

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Quelques années seulement après la Deuxième Guerre mondiale, la situation n’était pas de tout repos en Italie. De nature aventureuse, il a vu une opportunité et il l’a prise. À son arrivée, âgé de seulement 19 ans et ne parlant que l’italien, il se met à la lutte amateur, entre autres à la Palestre nationale. 

Doté d’un bon physique, DeNucci impressionne Yvon Robert, le plus grand champion de l’histoire du territoire, ainsi que le photographe de renom Tony Lanza. D’ailleurs, Robert lui dit qu’il aurait de l’avenir dans la lutte professionnelle. Il décide donc d’essayer et s’enrôle à l’école de lutte de Lanza, situé dans son sous-sol de la rue Bordeaux, à quelques pas de la maison de Brito. Outre DeNucci, Lanza enseigne aussi à Jim Bernard, Cowboy Jones, Jerry Gosselin et le gendre d’Yvon Robert, Claude St-Jean. 

Des débuts prometteurs 

DeNucci fait ses débuts professionnels le 22 octobre 1958 au Palais des Sports de la rue Poupart à Montréal. Bien que l’amphithéâtre soit utilisé par le promoteur Sylvio Samson le samedi soir, à l’automne 1958, le promoteur Eddie Quinn l’utilise les mercredis et produit ses événements au Forum de Montréal les lundis soir. 

Toutefois, pour son premier match, DeNucci ne lutte pas sous son vrai nom et encore moins sous celui de DeNucci. En effet, il lutte avec un masque alors qu’il incarne La Merveille Masquée face à l’Ontarien Billy Red Lyons. 

Le 5 novembre, toujours au Palais des Sports, il lutte contre Johnny Rougeau dans un match qui se termine par un double compte à l’extérieur. Ce match est souvent indiqué comme étant son premier, mais il avait bel et bien fait ses débuts deux semaines plus tôt.

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Le 17 novembre, DeNucci fait ses débuts au Forum de Montréal, une défaite face au populaire Édouard Carpentier. Le personnage masqué prend une autre tournure alors qu’il commence à faire équipe avec une autre merveille masquée, soit un autre élève de Lanza, Jim Bernard, qui deviendra mieux connu sous le nom de Brute Bernard quelques années plus tard. 

La semaine suivante, DeNucci et Bernard, les deux sous le nom de La Merveille Masquée, font équipe avec nul autre que Killer Kowalski. Le trio défait Carpentier, Larry Moquin et Pat O’Connor en finale au Forum devant une foule de 7 000 spectateurs. Il s’agit d’une première finale pour Dominic, à peine un mois après ses débuts. 

Un match revanche est organisé pour la semaine suivante, mais cette fois-ci, deux arbitres spéciaux sont nommés : Yvon Robert et l’ancien champion mondial des poids lourds, le boxeur Joe Louis. L’équipe de Carpentier, O’Connor et Paul Baillargeon, qui remplace Moquin, venge sa défaite de la semaine précédente en défaisant par disqualification Kowalski et les deux masqués, alors qu’un des deux avait frappé Yvon Robert. Après le combat, Joe Louis en profite pour passer le KO à DeNucci et Bernard au grand plaisir des 7 500 fans présents. 

C’était tout ce dont on avait besoin pour un autre match, une troisième finale consécutive pour DeNucci. Le 8 décembre, Carpentier et O’Connor font match nul face aux deux masqués, alors que le combat, arbitré encore une fois par Joe Louis, est arrêté en raison du couvre-feu. Il s’agissait à l’époque d’une façon pour les promoteurs de ne pas faire de gagnants dans un match. 

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L’histoire se poursuit la semaine suivante alors que cette fois-ci, Carpentier affronte DeNucci dans un match en simple. Le Français remporte le combat et tente de démasquer son adversaire, mais celui-ci porte des bandages lui couvrant le visage. Son identité demeure donc intacte. 

Ce qui nous amène au 21 janvier 1959, toujours au Forum. 

Un nouveau lutteur en provenance de France, Bernard Vignal, avait fait ses débuts à Montréal à l’été 1958. Il avait un physique similaire à celui de Carpentier et c’est Jack Britton, père de Gino Brito, ancien lutteur et promoteur des lutteurs nains, qui l’avait fait venir au Québec. Cependant, la popularité de Carpentier, qui n’était arrivée sur la scène montréalaise que deux ans auparavant, était trop forte et Vignal n’a jamais réussi à se faire justice. On ne le reverra plus ici après l’automne 1960. 

N'en est-il pas moins qu’en janvier 1959, on a encore confiance en lui et on veut lui donner une grosse victoire. Le 21 janvier, en demi-finale du match de championnat entre Killer Kowalski et Claude Dassary (le lutteur espagnol Hercules Cortez), Vignal affronte DeNucci, toujours en Merveille Masquée. 

Non seulement Vignal défait DeNucci, mais il réussit là où Carpentier avait échoué, soit en démasquant son adversaire. Comme la tradition le veut, on dévoile alors l’identité du lutteur masqué. Les journaux rapportent qu’il s’agit de Dominic Nucciarone, un lutteur de Campobasso en Italie, qui, dans l’histoire, était arrivé à Montréal trois mois et demi auparavant. 

De la Merveille Masquée à Dominic DeNucci 

Après une pause de quelques semaines, il affronte Larry Moquin le 11 mars 1960 au Forum, sous son nouveau nom : Dominic DeNucci, inspiré bien entendu de son réel nom de famille. Bien qu’il soit apprécié des promoteurs, il manque encore d’expérience et la relève est déjà assurée par Johnny Rougeau, le dauphin d’Yvon Robert. Il est alors très difficile pour un babyface de faire sa place dans le territoire. 

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Il fait les frais d’une finale au Forum le 1er février 1961, en équipe avec Carpentier contre Ivan Kalmikoff et Fred Atkins devant 8000 personnes, un combat qui mène à une dizaine d’autres au Forum cette année-là. Mais ce n’est pas suffisant. 

« Les gars m’avaient dit que si je voulais faire de l’argent, je devais aller lutter aux États-Unis. », se rappelait Dominic.  

Jack Britton l’envoie donc à Detroit, là où il a de multiples contacts. DeNucci ne reviendra lutter à Montréal que huit ans plus tard. C’est alors qu’il fait la rencontre d’un lutteur de Windsor en Ontario, Dino Bravo. Non pas Adolfo Bresciano, le Dino Bravo des années 1980, mais bien celui des années 1950, l’original si vous voulez. D’ailleurs, Dino Bravo est son vrai nom et Jack Britton lui avait demandé la permission de donner ce nom à Bresciano lorsque ce dernier a débuté sa carrière en 1970. 

Encore une fois, sous la suggestion de Britton, DeNucci devient son partenaire et les deux feront équipe sous le nom des frères Bravo, Dino et Dominic. La paire lutte principalement dans des villes ayant une forte concentration d’Italiens tels que Detroit, Cleveland, Toronto et Buffalo, où il a été particulièrement populaire. 

Malgré qu’ils s’entendent et se complètent bien, en décembre 1962, alors que le duo est à Calgary, Dino Bravo décide de retourner chez lui pour le temps des fêtes et de ne pas revenir. Il vient de se marier et est quelque peu fatigué de voyager autant. Quelques années plus tard, il prendrait sa retraite. 

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DeNucci demeure à Calgary pour le premier trimestre de 1963, avant que Britton ne l’envoie à San Francisco pour le promoteur Roy Shire. Sous le nom de Dominic DeNucci, il s’agit de sa première chance de se faire valoir en simple.

L’un des plus populaires en Australie 

Rapidement, il a une rivalité avec Ray Stevens, le champion des États-Unis et un des meilleurs travaillants dans l’arène. Les deux ont des classiques l’un contre l’autre, qui attirent parmi les meilleures assistances de l’histoire du Cow Palace de San Francisco. 

Le 9 novembre 1963, 13 648 fans assistent à un match nul de 60 minutes entre les deux. Puis, le 25 janvier 1964, DeNucci bat enfin Stevens dans un Texas Death match de 40 minutes et remporte le titre devant 13 506 personnes. Stevens regagne le titre le mois suivant devant plus de 10 000 spectateurs, la première défaite de DeNucci en presque un an. Mais son nom est maintenant fait.

« Je crois que la meilleure chose pour moi a été d’aller à San Francisco, racontait DeNucci au journaliste Greg Oliver. Quand j’ai remporté le titre des États-Unis contre Stevens, c’était vraiment excitant parce que j’étais encore jeune. Shire est le meilleur promoteur pour qui j’ai travaillé. Il était dur en affaires, mais il était honnête et payait bien. »

Puis, à l’automne 1964, DeNucci part pour l’Australie et la World Championship Wrestling du promoteur Jim Barnett, où il est devenu une vedette et l’un des plus populaires lutteurs de l’histoire du pays. Son héritage italien et plus particulièrement son accent lorsqu’il parle lui sert à merveille quand vient le temps de se faire aimer de la foule. Plusieurs l’appellent le « Bruno australien », tout un compliment en soi.

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« Ce n’était jamais lui qui dirigeait le match et il n’était pas acrobatique, il ne faisait pas de highspots, se souvient Brito. Mais sa personnalité marchait fort. Il était capable de bien vendre pour le heel et avait un comeback de feu. Alors le monde l’achetait. »

Pour la majeure partie des quatre années suivantes, DeNucci travaille en Australie, où sa rivalité avec Killer Kowalski est très courue par les fans. Le 23 octobre 1964, Kowalski et DeNucci attirent 15 000 en finale d’un spectacle au stade de Sydney. En février 1965, un journal de Sydney écrit qu’en quatre mois, soit depuis l’arrivée de DeNucci en Australie, il a déjà attiré 250 000 personnes lorsqu’il est en finale. 

Entre 1964 et 1970, il remporte le titre principal du territoire à six reprises, de même que les titres par équipe à cinq reprises, avec d’autres de ses compatriotes tels que Mario Milano et Tony Parisi. 

Il retourne à San Francisco à la fin des années 60 et c’est à ce moment qu’il rencontre Jeneane Spray. De neuf ans son cadet, la native de Los Angeles travaille à la Croix-Bleue. C’est le coup de foudre et en juin 1969, les deux unissent leur destinée. Malheureusement, un an plus tard, à Montréal, une tragédie les frappe alors qu’ils ont un bébé mort-né. 

Retour à Montréal et débuts pour la WWE 

C’est aussi en 1969 qu’il lutte à Montréal pour la première fois depuis 1961. Travaillant pour les As de la Lutte de Johnny Rougeau, il fait équipe avec Luigi Macera ou bien avec Gino Brito. Ils affrontent les équipes heels de l’époque. Il fait quelques finales, en équipe ou dans des trois contre trois, mais est surtout utilisé en milieu de carte. Sa popularité acquise en Australie ne se traduira jamais de la même manière à Montréal. 

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Toujours à la fin des années 1960, DeNucci fait ses débuts pour Vince McMahon Sr. Il était devenu ami avec le champion de la WWWF, Bruno Sammartino, une amitié qui durera toute une vie.

« Tony Lanza avait fait un show à Montréal au début des années 1960 et il avait fait venir Bruno, se souvient Brito. Je luttais sur le show et Dominic aussi. C’est là qu’on a tous les deux rencontré Bruno pour la première fois. Ensuite, Dominic a lutté à Toronto et Bruno y luttait régulièrement avant de travailler pour Vince. Ils sont devenus amis. Dominic, Bruno et Ilio DiPaolo, c’étaient les trois qui se tenaient le plus ensemble. Bruno l’aimait comme un frère. »

Après avoir partagé son temps entre Montréal et le territoire de McMahon en 1969, DeNucci retourne à plein temps ou presque pour Vince. 

En 1971, Dominic et son épouse quittent Montréal et déménagent à Freedom en Pennsylvanie, une banlieue de Pittsburgh. Ils y demeureront le restant de leur vie. C’est d’ailleurs deux ans plus tard à Freedom qu’est née leur fille Danielle. Toujours en 1971, sous le nom de Don DeNucci, il fait ses débuts au Japon pour la Japan Pro Wrestling Alliance et lutte entre autres contre Antonio Inoki. Puis, l’année suivante, il y retourne, mais cette fois pour le compte de la toute nouvelle All Japan Pro Wrestling, luttant entre autres contre Giant Baba. 

Il revient à Montréal en 1972 pour le deuxième événement au parc Jarry des As de la Lutte. Il fait équipe avec ses amis Italiens Brito et Parisi contre les méchants Allemands composés de Kurt Von Hess, Karl Von Shotz et Hans Schmidt. Le spectacle, avec en finale les frères Rougeau contre Abdullah the Butcher et le Sheik, n’attire que 11 703 personnes, loin des 26 237 que le premier spectacle au parc Jarry avait attirés le mois précédent.

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Après être retourné au Japon et aux États-Unis, il revient à Montréal en janvier 1973, cette fois pour le compte de Lutte Grand Prix. Éternel «babyface», il affronte des gars comme Killer Kowlaski ou Frank Valois et de temps en temps, fait équipe avec Dino Bravo et Gino Brito. 

« On le connaissait depuis longtemps, se souvient Paul Vachon, le promoteur de Lutte Grand Prix. Si je me souviens bien, on l’a fait venir tout simplement parce que c’était un bon gars et on voulait qu’il vienne travailler avec nous. »

Le 14 juillet 1973, lors du spectacle de Lutte Grand Prix au parc Jarry avec en finale Mad Dog Vachon contre Killer Kowalski, on réunit la Connexion Italienne composée de Bravo, Brito, Parisi et DeNucci face à Sweet Daddy Siki, Bull Gregory et les Kiwis (qui deviendront les Bushwackers des années plus tard). Le tout attire 29 127 spectateurs, la plus importante assistance de lutte de l’histoire de la province. 

La Connexion Italienne : Gino Brito, Dominic DeNucci, Tony Lanza, qui a entraîné Dominic, Bruno Sammartino et Dino Bravo

Cependant, il ne travaille que de façon sporadique au Québec. Toronto occupe aussi beaucoup de son temps, alors que ses combats face au Sheik, Terry Funk ou Jack Brisco, les deux derniers pour le titre de la NWA, font courir les foules. En 1974, il est utilisé lors des spectacles conjoints entre les As et Grand Prix, entre autres en équipe avec Raymond Rougeau. Il passe d’ailleurs une partie de l’été 1974 à Montréal, travaillant pour les Rougeau. 

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À partir de 1975, DeNucci débute une rivalité avec le gérant Lou Albano autour des titres par équipe de la WWWF. À la fin de l’histoire, Dominic sera trois fois champion par équipe, mais chaque équipe qu’il a battue pour remporter les titres ou contre qui il s’est fait battre pour les perdre sera gérée par Lou Albano. C’est également durant cette période qu’il deviendra champion avec le Québécois Dino Bravo. En effet, le 14 mars 1978, le duo battra Toru Tanaka et Mr. Fuji, pour ensuite perdre les titres au Madison Square Garden le 26 juin face au Yukon Lumberjacks (le Québécois Zarinoff Leboeuf et Scott Irwin).

Il devient aussi rapidement une vedette à Pittsburgh. En plus d’être son nouveau chez soi, son lien avec Bruno Sammartino l’aide énormément. Il va d’ailleurs faire équipe avec Bruno à certaines occasions. En 1977, un match contre Superstar Billy Graham pour le titre de la WWWF attire 13 000 personnes à Pittsburgh. 

Dominic DeNucci a été champion à Montréal à une seule reprise crédit : collection André Roy

Enfin champion à Montréal 

Bien qu’il travaille encore pour la WWWF, il revient au Québec de façon plus assidue à compter de l’automne 1976. Son ami de longue date Jack Britton est maintenant responsable du territoire, qui ne compte plus sur la télévision locale pour remplir ses arénas. Il a donc besoin de toute l’aide possible. Dominic fait équipe avec Gino Brito dans une rivalité avec Tarzan « La Bottine » Tyler et différents partenaires tels que Gilles « The Fish » Poisson, Sailor White et Tony Parisi. 

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En simple, DeNucci bat Johnny Valiant le 4 juillet 1977 pour remporter le titre de la Commission athlétique de Montréal, la seule fois de sa carrière qu’il remportera de tels honneurs au Québec. Son règne est toutefois de courte durée, alors qu’il perd le titre le 26 septembre face à Waldo Von Erich. Il quittera le territoire peu de temps après afin de retourner à temps plein avec McMahon. 

Le 9 août 1980, un spectacle d’envergure est organisé au stade Shea, domicile des Mets de New York. La finale est un match de cage entre deux amis de DeNucci, Bruno Sammartino et Larry Zbyszko, tous deux originaires de Pittsburgh. Pour sa part, Dominic affronte le Baron Mike Scicluna. L’événement attire 36 295 amateurs, la plus grande foule devant laquelle DeNucci luttera. 

En 1981, Vince McMahon Sr lui demande de mettre en valeur un jeune Hulk Hogan, qui est heel à ce moment-là. Non seulement McMahon est content du match, mais Hogan veut continuer à travailler avec lui, tellement le match avait bien été. Selon Dominic, c’est le plus d’argent qu’il a jamais fait dans sa carrière.

Cependant, en 1982, alors que Vince McMahon Jr. commence à prendre les règnes de la compagnie qu’il vient d’acheter de son père, c’est le champ du cygne pour DeNucci. Âgé de 50 ans, il ne cadre plus dans les plans de Vince, qui le trouve trop vieux pour sa vision du futur de la WWF. DeNucci quitte la compagnie au printemps de 1982, tout juste avant le début de la grande expansion. 

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Dominic DeNucci a été l’entraîneur de Mick Foley. Ici, lors de l’intronisation de DeNucci au Pro Wrestling Hall of Fame en 2012.

L’entraîneur de Mick Foley 

C’est alors qu’il ouvre une école de lutte à Freedom. Parmi ses élèves, deux ont eu une carrière notoire. Le premier est Troy Martin, qui, sous le nom de Shane Douglas, a été champion mondial de la NWA et de la ECW. Le second est la légende Mick Foley, qui a bien sûr lutté sous les noms de Cactus Jack, Mankind et Dude Love. 

« Quand j'ai débuté, je montais des arènes pour un promoteur à New York et lorsque je finissais le montage à temps, il me laissait aller dans le ring avec Dominic, raconte Foley. Il me testait afin de savoir si je voulais vraiment devenir un lutteur. Après quelques séances, il m'a invité à Pittsburgh où il entraînait déjà d'autres lutteurs. Je sais que c’est la patience et les compétences d’entraîneur de Dominic qui ont fait de moi un bon élève. Je l'ai vu récemment lorsque j'ai fait mon spectacle à Pittsburgh. On a été chez lui et c'était très plaisant. »

Reconnu pour être un homme honnête, DeNucci n’avait pas du tout apprécié la cascade de son élève lors du fameux match Hell in a Cell face à l’Undertaker en 1998, match qui avait justement lieu à Pittsburgh. 

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« Tu n’es pas intelligent. Tu dois complètement être idiot ! » lui avait dit DeNucci, faisant référence à la chute du haut de la cage de son poulain. 

Après n’avoir presque pas lutté en 1983, il revient à Montréal au printemps 1984 pour le promoteur Denis Lauzon, qui tente de faire compétition à Gino Brito et Lutte Internationale. Un fait notoire est que le lutteur québécois Hans Schmidt (Guy Larose) y luttera pour une dernière fois le 31 mars 1984. En équipe avec Del Skinner, il affronte DeNucci et son élève Ken Jugan. Toutefois, l’aventure de Lauzon sera de courte durée et DeNucci viendra travailler pour son ami Brito. 

À l’été 1984, il fait équipe avec Bravo, Brito et le fils de Brito, Gino Jr., et obtient même un combat de championnat de l’AWA face à Nick Bockwinkel, devenant ainsi l’un des rares à avoir obtenu des combats de championnats pour les trois titres majeurs de l’époque. 

« Même s’il avait lutté pour mon oncle dans les années 60 et 70, je ne l’avais pas beaucoup connu à cette époque-là, j’étais trop jeune, se souvient Raymond Rougeau. Mais à l’été 1984, quand il a lutté pour Lutte Internationale, je l’ai très bien connu. Je me souviens qu’une fois, je commençais à piloter, et j’avais loué un petit Cessna et Dominic avait fait le voyage avec moi. On avait lutté au Lac St-Jean, à Baie-Comeau, puis à Rivière-du-Loup. C’était un gentil monsieur qui avait beaucoup de classe et avec qui ce n’était jamais compliqué. Je l’appréciais énormément et je sais que mon père l’appréciait beaucoup aussi. »

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Au même moment où DeNucci revient à Montréal, King Tonga (Haku) y fait ses débuts. L’objectif est de l’amener vers un combat de championnat face à Dino Bravo, champion du territoire depuis plus d’un an. On met donc en branle une série de matchs entre Tonga et d’autres Italiens tels que Reggie Rapone, DeNucci, Parisi et Brito. Tonga les bat tous et en octobre 1984, battra Bravo pour devenir champion. 

Quant à lui, DeNucci revient à la fin de 1984 et en 1985 pour quelques matchs, entre autres face à Butch Reed et Kevin Kelly, qui deviendra mieux connu sous le nom de Nailz à la WWF. DeNucci lutte une dernière fois à Montréal le 19 juillet 1985, une victoire face à Destruction #1. 

À 80 ans, un dernier match 

Sa carrière active prend fin en 1985. Il ne luttera qu’une dizaine de fois par la suite. Il fait entre autres partie de la bataille royale de légendes que Pat Patterson organise en 1987. Ce sera son dernier match pour la WWF. Il avait fait la paix avec McMahon et pouvait compter sur une paire de billets chaque fois que l’organisation était à Pittsburgh. Il fait aussi un match avec Tony Parisi à Buffalo en 1996, un spectacle à la mémoire de son ami Ilio DiPaolo, décédé en 1995, et organisé en collaboration avec la WCW. Il continue ensuite de faire quelques combats dans les années 2000, principalement en Pennsylvanie.  

J’ai d’ailleurs assisté à son dernier combat à vie, le 14 avril 2012 à Toronto, dans le cadre de Wrestle Reunion. Arborant une moustache qui lui donnait le look d’Uncle Leo dans Seinfeld, il venait d’avoir 80 ans. Il avait fait équipe avec son élève Shane Douglas, avec dans leur coin Sammartino, face à un autre élève, Lord Zoltan (Ken Jugan), et Shawn Blanchard, accompagnés par JJ Dillon. Après le combat, Douglas, un natif de Pittsburgh, avait rendu hommage à DeNucci et Bruno. 

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« J’ai rencontré Dominic DeNucci à deux ou trois reprises lors de spectacles et de conventions et c’était toujours un plaisir, a écrit la lutteuse québécoise LuFisto sur son compte Instagram. À Wrestle Reunion à Toronto, je ne pouvais tout simplement pas quitter la pièce parce qu’il n’arrêtait pas de me parler. Il était tellement heureux de pouvoir s’asseoir avec un autre lutteur et parler français. Il me racontait des histoires sur le territoire de Montréal à l’époque. Un bon monsieur qui avait beaucoup de classe. »

D’ailleurs, DeNucci parlait l’italien et le français, mais il a toujours eu des difficultés avec l’anglais. 

« Dominic DeNucci apprend l’anglais depuis 50 ans et il n’est toujours pas capable de le parler! » avait déjà dit à la blague le lutteur et footballeur Angelo Mosca, en entrevue avec Greg Oliver. 

Il allait fréquemment au Cauliflower Alley Club, de même qu’à d’autres réunions d’anciens lutteurs ou événements de légendes. Deux de ses élèves, Jugan et Douglas, faisaient la plupart du temps la route avec lui. En mars 2014, Bertrand Hébert et moi-même l’avions invité à venir rencontrer les fans de Montréal à l’International des Collectionneurs. Il avait encore de la famille ici, alors que deux de ses frères et une des sœurs y vivaient encore. Il avait fait la route seul, à 82 ans, de Freedom à Montréal, sans même nous demander un sou. De la grande classe. 

Un honnête homme 

Puis, les tragédies se sont succédé. Son frère Nicola est décédé à Montréal le 12 septembre 2016. En juillet 2017, c’était au tour de sa belle-sœur, Filomena, femme de Nicola. Exactement un an après son frère, le 12 septembre 2017, son épouse Jeneane est aussi décédée, mettant ainsi fin à près de 50 ans de mariage. Finalement, le 18 avril 2018, c’est son meilleur ami, Bruno Sammartino, qui nous quittait. 

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« Quand Bruno Sammartino est mort et qu’ils ont eu les funérailles, Vince McMahon est venu à l’église avec sa fille et ne m’a pas parlé, disait amèrement Dominic dans une entrevue. Je me fous de ce qu’il a à dire, mais il était assis juste derrière moi et n’a jamais dit un mot. J’ai perdu tout le respect pour lui ce jour-là. C’est comme ça que je suis et c’est comme ça que je vais mourir. »

Malgré tout, il s’entraînait encore quatre fois par semaine, faisait encore son propre aménagement paysager et sa sauce à spaghetti. Doté d’un grand sens de l’humour, il racontait lors d’une entrevue pour un balado quelque temps après le décès de son épouse qu’un de ses amis lui avait suggéré de fréquenter une autre femme. Et DeNucci de répondre : « Mais pourquoi? Ma chose ne lève plus maintenant! »

Toutefois, en 2020, il a commencé à avoir des problèmes de santé. Un problème cardiaque, plus précisément une sténose de son aorte, a nécessité une intervention chirurgicale consistant à lui insérer une endoprothèse dans l’artère rétrécie. Sa fille et le mari de celle-ci, George Kassel, habitaient à quelques kilomètres de chez lui et s’en sont occupés durant sa convalescence. 

« Il habitait encore seul dans sa maison, mais puisqu’on habite tout près, mon mari et moi on était là tous les jours, explique sa fille Danielle. Cependant, mardi dernier, il a commencé à ne pas bien aller. On l’a amené à l’hôpital et il est décédé jeudi soir. C’est son cœur qui a lâché. »

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Dominic DeNucci a été intronisé au Pro Wrestling Hall of Fame en 2012, mais n’a jamais été voté dans celui du Wrestling Observer ou choisi dans celui de la WWE. Il devait recevoir un prix pour ses années d’entraîneur au CAC en 2020, mais la pandémie a fait en sorte que l’événement fut reporté en septembre de cette année. 

« Honnêtement, personne ne se souviendra de moi, trop d’années se sont écoulées. Ils se souviendront des gars que j’ai formés, mais probablement pas moi » avait-il philosophé lors d’une entrevue.

Pour Gino Brito, il perd un ami de longue date.

« Il venait de temps en temps à Montréal pour voir sa famille et on se voyait à chaque fois. Il aimait ça aller manger chez Jarry Smoked Meat. Sinon, on se parlait de six à huit fois par année. Mais depuis qu’il avait eu des problèmes de santé, je n’avais pas eu de ses nouvelles. Ça m’attriste beaucoup d’apprendre son décès aujourd’hui. »

De son côté, Mick Foley a rendu un vibrant hommage à son mentor sur sa page Facebook. 

« Je me suis réveillé hier matin à la très triste nouvelle que Dominic DeNucci était décédé à l’âge de 89 ans. Dans une carrière où j’ai eu la chance d’avoir été si bien traité par tant de gens, aucun mentor n’a été plus grand ou n’a eu un impact plus profond dans ma vie que Dominic. »

En terminant, pour sa fille, malgré une carrière de plus de 50 ans, la lutte n’était qu’un prétexte pour son père. 

« Il aimait la lutte, mais le plus important pour lui, ce sont les gens qu’il a rencontrés et les endroits où il est allé. Il aimait découvrir de nouvelles cultures et en apprendre sur celles-ci. Il aimait l’Australie, le Canada, Montreal, Calgary. La lutte a été sa vie, mais les gens qu’il a connus, l’étaient encore plus. »

Dominic laisse dans le deuil sa fille Danielle, son gendre George, son frère Filippo, ainsi que ses sœurs Angelina et Teresa. Son corps sera exposé lundi et les funérailles auront lieu mardi prochain, à Freedom, en Pennsylvanie. 

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