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Tous les secrets de cette tradition sportive controversée

Les non-initiés au baseball peuvent parfois être estomaqués et les amateurs de baseball sont habitués

SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC
Photo portrait de Jean-Nicolas  Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2023-08-28T23:30:00Z

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Il y a les danses un peu baveuses après un touché au football, l’intimidation lors de la pesée à la boxe, les bagarres au hockey, mais il y a aussi une autre tradition sportive un peu controversée qui vous a sûrement déjà fait bondir de votre siège: l’expulsion d’un gérant au baseball.

C’est une coutume. Ça fait partie de ce sport. Dès que c’est nécessaire, que ce soit pour lancer un message, plaire à la foule ou pour secouer son équipe, le gérant sort de son abri, s’en va enguirlander l’arbitre et se fait expulser. Ça n’existe pas dans les autres sports. 

Et ces chicanes, ce ne sont pas pour les doux. 

Ça prend même un autre arbitre ou un autre entraîneur pour venir éloigner le gérant, comme s’il y avait des chances qu’un décide de casser la gueule de l’autre. Si c’était à la télévision, on entendrait un bip pour censurer pas mal tous les mots qui sont échangés qui n’ont rien de très élégant, disons-le comme ça.  

C’est comme ça depuis toujours et la foule adore ça

Les non-initiés au baseball peuvent parfois être estomaqués. Les amateurs de baseball sont habitués. 

Ça fait 23 ans qu’Yves Lamontagne arbitre au niveau professionnel. Patrick Scalabrini a joué 9 ans pro et dirige depuis 13 ans les Capitales. Michel Laplante a aussi joué durant 9 ans chez les professionnels et dirige ou préside ce club depuis 18 ans. C’est donc 72 ans de baseball à temps plein chez les professionnels que ces trois hommes ont vécus. Ils sont bien placés pour expliquer cette tradition. 

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Délicat pour Laplante

La situation est délicate pour Michel Laplante, qui siège aussi au conseil d’administration de Baseball Québec. Ce n’est pas un très beau modèle pour les jeunes joueurs et coachs de baseball quand le gérant des Capitales s’en va engueuler une arbitre à un pouce de sa face avec les veines qui sortent de son cou.

Michel Laplante, alors qu'il était gérant des Capitales.
Michel Laplante, alors qu'il était gérant des Capitales. Agence QMI

«Comme vice-président de Baseball Québec, c’est sûr que je n’aime pas ça. Il ne faut pas qu’un jeune entraîneur de baseball mineur voie ça et se dise que c’est ce qu’il doit faire. Les gens doivent comprendre que lorsqu’on tombe dans le niveau professionnel, on tombe dans le sport-spectacle», explique Laplante. 

«Je ne veux voir ça dans aucun parc au Québec. Il n’y a jamais 3000 personnes, il n’y a pas de spectacle», ajoute-t-il. 

Mais dans sa chaise de président des Capitales, il voit ça différemment. 

«Oui, je trouve ça correct. Comme entraîneur, on veut parfois montrer aux joueurs qu’on est derrière eux, ce qui n’est pas nécessaire au niveau amateur», poursuit le président des Capitales, qui précise aussi que le gérant doit parfois montrer aux milliers de spectateurs qu’il ne se fiche pas du match et qu’il doit donner l’impression qu’il défend son équipe.

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«Au niveau amateur, quand un coach va voir un arbitre, ce dernier se vire et ne veut pas parler. Mais au niveau professionnel, ça ne marche pas comme ça. Il y a une discussion.»

Mais chose certaine, même s’il défend son gérant, Patrick Scalabrini, il explique que c’est parfois son rôle de le calmer. «Je dois lui dire de relaxer. Parfois et il est fâché pour vrai et j’aime moins ça. Patrick est beaucoup plus intense que je ne l’étais, il vient fâché solide et d’aplomb», poursuit Laplante, en rigolant et en expliquant qu’il était vraiment fâché environ 40% du temps lors des 25 fois qu’il a été expulsé en 5 ans comme gérant des Capitales à l’époque.  

Scalabrini dort mal

Scalabrini, pour sa part, est aussi un peu entre l’arbre et l’écorce concernant cette tradition. 

«En fait, j’ai grandi au fil des années et je le fais moins. J’ai compris que de jeunes coachs de baseball amateur regardent tout ça et peuvent croire que c’est normal de le faire aussi. Donc j’ai compris que c’était dangereux de l’amener trop loin. Je continue de le faire parce que je suis un gars émotif, mais je choisis mieux mes moments, disons», lance-t-il en entrevue. 

PHOTO FOURNIE PAR Christian Gingras
PHOTO FOURNIE PAR Christian Gingras

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Et il n’y a rien d’anodin pour lui quand ça se produit. 

«C’est sûr que je dors jamais bien après-coup. Je suis encore fâché et je me sens mal. Des fois, je trouve que j’en ai trop mis [...] Ça arrive souvent que ça ne me tente pas de le faire, surtout quand j’ai l’impression que l’arbitre n’a pas si tort que ça. Mais parfois, je dois soutenir mes joueurs et la foule. Je sens que j’ai toujours un devoir de le faire.» 

Mais si vous le croisez à l’épicerie au lendemain d’une expulsion, vous pouvez le saluer. 

«Bien oui, je vais être de bonne humeur, on joue tous les jours, on revoit l’arbitre le lendemain, on doit tourner la page, c’est ça, le baseball. Il faut savoir qu’il y a un respect réciproque avec les arbitres», explique-t-il. Surtout pour Yves Lamontagne, qu’il connaît depuis des décennies. 

Est-ce souvent du théâtre? «C’est arrivé quelques fois. Je sors et je dis: “OK, on se parle quelques secondes et tu me mets dehors”. C’est dur de garder son sérieux et dire quelque chose qui a du sens quand ça arrive. En fait, je dis pas mal n’importe quoi et je répète les mêmes niaiseries de façon théâtrale. Mais 75% du temps, je suis vraiment fâché», ajoute Scalabrini.

L’avis de l’arbitre

Yves Lamontagne arbitre depuis 39 ans, dont 23 au niveau professionnel, alors qu’il se promène au Canada et aux États-Unis dans plusieurs ligues. 

Photo: Marcel Tremblay
Photo: Marcel Tremblay

Pour lui, c’est rarement un spectacle au départ. «C’est très rare qu’un gérant va sortir sans avoir une raison. Je te dirais que le spectacle se développe dans la discussion.» 

Et Lamontagne a du millage. Il est capable d’en donner si un gérant veut faire un spectacle. 

Un de ses patrons l’a d’ailleurs déjà contacté au lendemain d’une chicane qu’il avait eue avec Patrick Scalabrini. 

«Il voulait savoir si c’était normal que ça brasse autant. Je lui ai dit que les Québécois, on était comme des Espagnols et que c’était pour ça qu’il y avait autant les mains en l’air!» 

Mais il tient à le dire à ceux que ça pourrait inquiéter. «Moi et Pat, on ne se haït pas du tout!» lance-t-il en rigolant. Mais il admet qu’il peut parfois être «bouillant». 

Ce qu’il tente de montrer aux plus jeunes arbitres professionnels, c’est de ne jamais virer le dos aux entraîneurs qui viennent le voir. «Le gérant a le droit de parler à l’arbitre, tant que ça reste dans le respect, c’est normal». 

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