Tous les résultats
Publicité

Tournoi des Maîtres: un verre, un foyer, un trophée, des histoires et des rêves dans le pavillon du Augusta National

Moments inoubliables par une froide journée d’avril

Photo fournie par Chris Trotman (Augusta National)
Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2023-04-09T16:54:11Z

Partager

AUGUSTA | Il y a des expériences qui ne s’achètent pas. Couvrir le Tournoi des Maîtres s’inscrit évidemment parmi celles-ci. Retourner plusieurs fois au prestigieux club de golf du Augusta National est un grand privilège. Jouer le parcours au lendemain du Masters l’an dernier est en soi un miracle. Le hasard a voulu que j’aie pu réaliser un véritable rêve d’enfant quelques semaines avant que la vie m’enlève mon paternel avec qui je partageais tant de passions, dont le golf.

• À lire aussi: Notre journaliste réalise un rêve sur le parcours du Tournoi des Maîtres

Samedi, par un froid et pluvieux samedi à Augusta, celui qui m’a appris à mordre dans la vie m’a fait un autre gros clin d’œil à ma septième visite sur cette parcelle de terre sacrée de la Géorgie. 

Qu’est-ce que le «National» pouvait bien m’offrir de plus qu'il ne le fait depuis 2016? Surtout par un temps maussade qui a provoqué la suspension du jeu en plein après-midi... 

De retour du Amen Corner, alors que j'étais détrempé et que j'essayais de grimper la côte du 10e qui s’était transformée en une longue glissade de boue que quelques malheureuses victimes ont descendue sur les fesses, il flottait un exquis parfum de foyer de bois dans l’air. Comme celui des chalets qui boucanent par de froides journées d’hiver dans les montagnes du Québec. J’ai donc cherché d’où il pouvait bien provenir. Des cabines près du 10e tertre ou des foyers dans le somptueux pavillon? 

Publicité

Plan de match osé

Accompagné de mon ami et collègue du Toronto Sun, Jon McCarthy, je me suis mis à rêver... Encore! 

Mais cette fois, c’était à la chaleur pour se réchauffer un tantinet avant de reprendre le travail jusqu’en soirée.

En plein déluge, toute voile dehors! Direction le pavillon au pas accéléré. 

«Qu’est-ce que ce serait bon un bourbon près du foyer dans le “clubhouse”!» me lance en chemin McCarthy, un gentilhomme d’origine irlandaise qui m’a épaulé dans les moments personnels difficiles l’an dernier. 

«Viens-t-en, Jon, on va vivre une autre expérience inoubliable au “National”. On va se réchauffer avec un verre», ai-je aussitôt rétorqué. 

Il semblait douter du plan de match, mais l'Irlandais au fond de lui ne voulait surtout pas le refuser.

Près de l’entrée du pavillon, on retrouve le long bar de la terrasse, normalement prise d’assaut par les membres, leurs invités et les «patrons» qui ont le privililège d'y avoir accès. 

Les parasols vert et blanc fermés sous une pluie battante, l’endroit était désert. Heureux de pouvoir servir deux Canadiens mouillés de la tête aux pieds, on nous a tendu nos deux verres de nectar avec un large sourire. 

Au chaud pendant une heure

Après avoir montré nos «badge» de scribes mouillés jusqu’aux os ayant accès au pavillon durant tout le programme du Masters, on nous ouvre la porte et nous accueille chaleureusement avec cette typique façon des gens du sud des États-Unis.

On s’installe donc dans les gros fauteuils près d’un des deux foyers en jasant des faits saillants de cette journée maussade. 

Publicité

D’une tranquillité absolue, la pièce à la lumière tamisée transpire l’histoire du club fondé en 1932. Curieux, on peut plonger les yeux dans les bouquins du célèbre golfeur et fondateur Bobby Jones ou encore contempler les peintures de la flore désignant chaque trou du parcours. 

Mais incontestablement, le regard est attiré par l’énorme maquette originale du trophée du Tournoi des Maîtres. 

Déposée sur un massif socle de bois devant la fenêtre pour qu’elle puisse refléter les rayons de clarté, l’imposante pièce mesure environ quatre pieds de largeur et pèse plus de 100 livres. Construite de 900 pièces d’argent, cette réplique identique du réputé «clubhouse» y est installée depuis 1961.

Tout autour sont gravés les noms des champions du tournoi depuis 1934, en plus de ceux qui ont remporté la médaille d’argent remise au golfeur ayant terminé deuxième. Sur la bande circulaire de 9 pieds et demi ceinturant le trophée, on aperçoit les Gene Sarazen, Byron Nelson, Sam Snead, Ben Hogan, Arnold Palmer, Jack Nicklaus, Gary Player, Seve Ballesteros, Nick Faldo, Tiger Woods et compagie. 

PHOTO D'ARCHIVES, COURTOISIE
PHOTO D'ARCHIVES, COURTOISIE

Tous les grands noms qui ont marqué ce sport y sont inscrits.

Certains plus souvent que d’autres, à commencer par Nicklaus, détenteur de six vestons verts, le record, et Tiger Woods, qui en compte cinq. Les deux plus grands de l’histoire, à mon humble avis. 

Publicité
Photo d'archives, Getty Images
Photo d'archives, Getty Images

Photo d'archives, AFP
Photo d'archives, AFP

Perdus dans nos pensées, nous revivons le film de leurs exploits en fermant les yeux.

L'amateur et le rêveur sont amplement servis. Le reporter sportif envoyé sur place aussi, jusqu'à ce que le moment devienne d'autant plus intéressant. 

Une réplique si identique que...

Rentre un homme au veston vert avec ses deux invités. En observant la pièce et vis-à-vis de leurs yeux émerveillés, ce membre du Augusta National commence à leur raconter l’histoire du trophée. 

Bien enfoui dans mon fauteuil, réchauffé par le foyer et les gorgées du spiritueux, j’ai écouté avec attention le récit s’inscrivant parmi les meilleures histoires entendues autour d’un feu de bois.

Il leur explique que l’artiste, Gordon Lang de Spaulding and Co, a construit une réplique si identique du pavillon que l’une des colonnes en argent, la deuxième à partir de la gauche lorsqu’on le contemple depuis l'extérieur, est légèrement croche. 

Au moment de livrer la pièce à l’époque, des membres s’étaient aperçus de l’erreur architecturale. Lang les avait donc tirés par la manche sur le paillasson et leur avait pointé le défaut sur la bâtisse maintenant reconnue à travers la planète.

Publicité

Stupéfaction

Loin d’être un entrepreneur général en construction dans mes temps libres autour de la maison, je me débrouille somme toute assez bien équipé d’une scie, d’un marteau, d’une perceuse et d’un ruban à mesurer. Même si madame estime que mes projets de réno prennent une éternité à aboutir...

Mais en observant attentivement le scintillant trophée avec stupéfaction depuis mon chaud cocon, on voit bien la légère inclinaison de la poutre. Avec la végétation verdoyante à l'extérieur, il faut un oeil hyper attentif pour le remarquer aussi bien que sur la réplique. 

Photo d'archives, AFP
Photo d'archives, AFP

En moins d’une heure, j’avais donc appris un nouveau récit de cette riche histoire de la vaste propriété de Washington Road, endroit prisé par les amateurs de golf à travers le monde qui rêvent d'y mettre les pieds. 

Encore une fois privilégié, j’ai levé mon verre à l’effigie du Masters vers cet énorme trophée et le ciel. Et, encore une fois, j’ai remercié mon paternel de m’avoir appris à oser et à apprécier pleinement les moments comme celui-là. 

Des moments privilégiés qui ne s’achètent pas, pour lesquels je suis éternellement reconnaissant.

Publicité
Publicité