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«Tout le monde en parle»: est-ce une bonne idée d'inviter les masculinistes à la télé?

Capture d'écran du segment Documentaire Alphas : machos en puissance à Tout le monde en parle le 10 novembre 2024
Photo portrait de Léa  Martin

Léa Martin

2024-11-11T21:14:35Z

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Dimanche soir, le passage de l’entrepreneur et influenceur masculiniste Julien Bournival-Vaugeois à Tout le monde en parle a soulevé un tollé. Même si elles ont une influence grandissante sur les réseaux sociaux, devrions-nous inviter ces personnes aux discours extrêmes dans les médias?

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Selon le coproducteur de Tout le monde en parle, Guillaume Lespérance, il semblerait que oui.

«Cela fait dix ans qu’on se met la tête dans le sable et que l’on n’écoute pas la majorité silencieuse», indique le producteur au chroniqueur Hugo Dumas, de La Presse , à propos de l’émission diffusée dimanche soir.

«Je ne pensais jamais que Donald Trump pouvait obtenir un deuxième mandat. On dirait aussi que Pierre Poilievre va balayer le Canada. La stratégie de se mettre la tête dans le sable est un échec monumental. Il va falloir qu’on réaligne notre vision et notre façon de débattre collectivement», ajoute-t-il.

Ignorer la montée des idées masculinistes est une chose, mais inviter les principaux intéressés sur une émission de grande écoute en est une autre.

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Il est possible de faire une émission sur les masculinistes, de parler de la place qu’ils occupent, sans pour autant leur donner le micro, assure la professeure de sociologie de l’Université Laval, Madeleine Pastinelli.

Mais pourquoi leur donner la parole?

La chercheuse remarque un changement dans les limites des discours que l’on trouve «acceptables» de relayer dans les médias traditionnels depuis les quarante dernières années.

«Par exemple, pour parler d’extrême droite dans les années 80, avoir quelqu’un comme Jean-Marie Le Pen en entrevue à Radio-Canada, ça aurait été très problématique», illustre-t-elle.

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«Il y a vingt ans, c’étaient des chefs de pupitre et des chefs d’antenne qui contrôlaient ce qui était acceptable de présenter», poursuit Madeleine Pastinelli.

Aujourd’hui, avec le développement d’internet, où tout le monde peut relayer ce qui lui chante, les limites de l’acceptable ont été brouillées: une réalité qui a aussi contribué à la montée des extrêmes, explique l’experte.

Dimanche, avant la diffusion de l’émission, le vulgarisateur scientifique et pharmacien, Olivier Bernard, connu sous le pseudonyme du Pharmachien, a publié sur Instagram les raisons pour lesquelles il pense qu’on ne devrait pas nécessairement donner le micro aux influenceurs masculinistes.

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Dans la publication, il parle du danger du «faux équilibre»: le fait de donner la même importance à deux propos qui s’imposent. Par exemple, en écoutant l’entrevue d’hier, on peut avoir l’impression que les propos de Julien Bournival-Vaugeois sont mis sur le même pied d’égalité que l’expertise du professeur de sociologie de l’UQAM Francis Dupuis-Déri.

Se protéger contre les biais cognitifs et la rhétorique

Olivier Bernard expose également des techniques de communication comme le «gish gallop», qui consiste à submerger son interlocuteur d’informations peu fiables et difficiles à rectifier en direct.

Un procédé rhétorique que la linguiste ​​Elizabeth Allyn Smith connaît bien. «La stratégie est d’en dire trop, trop rapidement, pour que la personne en face puisse être capable de répondre sur le coup à tous les propos qui ont été dits», explique la chercheuse.

C’est une stratégie que l’on peut observer dans le discours de Julien Bournival-Vaugeois dès les premières minutes où il a pris la parole durant l’entrevue. On l’entend lancer plusieurs statistiques et concepts qui n’ont pas toujours un lien les uns avec les autres pour justifier sa position. Il est très difficile pour les personnes sur le plateau de décortiquer son discours et de reprendre les fausses informations qu’il peut partager.

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Ce qui est dangereux, ajoute ​​Elizabeth Allyn Smith, c’est le fait que si plusieurs fausses informations ne sont pas corrigées en direct, celles-ci auront tendance à entrer dans ce qu’on appelle notre «savoir partagé».

«Le défaut de l’humain est qu’il a tendance à croire ce qu’on lui dit par défaut dans une conversation, explique ​​Elizabeth Allyn Smith. C’est pourquoi il est important pour les chercheurs dans ce type d'émission de souligner son désaccord, même lorsqu’on n’a pas l’information exacte pour corriger ce qui est dit.»

Ces groupes aux idées plus extrêmes auront aussi tendance à faire du «bait-and-switch», écrit le Pharmachien: une technique qui vise à venir présenter leurs idées de manière plus modérée sur une plateforme grand public afin d’attirer de nouveaux auditeurs qui découvriront leurs idées plus radicales par la suite.

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Par exemple, à Tout le monde en parle, Julien Bournival-Vaugeois a indiqué que lui et sa femme se font persécuter simplement parce que celle-ci veut rester à la maison élever leurs enfants et qu’ils veulent vivre dans des valeurs traditionnelles. Pourtant, l’homme affirme quelques minutes plus tard que les femmes et les hommes n’ont pas de compétences égales. Il se plaint que ses propos ont été pris hors contexte et qu’on lui accole une étiquette de misogyne.

Même si les propos des masculinistes ou d’autres groupes extrémistes sont critiqués dans les médias, Madeleine Pastinelli explique que le fait de les répéter sans arrêt participe à la normalisation de certains discours haineux.

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