Pendant que le Lightning tentera de devenir la première équipe en 40 ans à remporter trois fois de suite la coupe Stanley, Denis Potvin épiera ses performances avec attention. Difficile de saisir mieux l’ampleur du moment qu’avec l’ancien défenseur membre des puissants Islanders des années 1980, qui demeurent les derniers à avoir accompli l’exploit.
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New York venaient de célébrer deux conquêtes d’affilée lorsqu’au printemps 1982, il y a 40 ans, ils ont renversé coup sur coup les Penguins de Pittsburgh, les Rangers de New York les Nordiques et les Canucks de Vancouver pour soulever le gros trophée une troisième année consécutive.
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Jamais, depuis, une telle domination n’a été exercée. Même que les Islanders se sont ensuite offert un quatrième sacre de suite, en plus de voir leur cinquième opportunité leur glisser entre les doigts aux mains des Oilers d’Edmonton, en 1984.
Après toutes ces années, Potvin observe Tampa Bay et replonge dans ses souvenirs.

« Quand tu as déjà deux coupes de suite à ton actif et que tu te retrouves encore en séries, il y a une sensation de confiance qui devient inébranlable après autant de succès. Quand tu gagnes de même, il vient un moment où tu n’imagines même pas une seconde que tu puisses finir par perdre », a raconté au Journal l’homme de 68 ans, lorsque joint en Floride.
La discipline
Les Islanders de l’époque, malgré une belle brochette de joueurs vedettes, n’étaient pourtant pas toujours outrageusement dominants en saison régulière. Avant deux de leurs quatre championnats d’affilée, ils n’avaient pas amassé 100 points.
Peu importe, l’équipe a été à son meilleur en séries durant ces années de gloire, rappelle le natif de Hull (aujourd’hui Gatineau).
« Pour passer à travers de si longs printemps, j’ai toujours dit que ça prenait du courage, mais surtout de la discipline. Quand je parle de discipline, pour moi, ça veut dire que chaque individu doit reconnaître son rôle et ses limites.
« Ça ne me servait à rien de me dire que je devais créer de l’attaque. On avait des [Mike] Bossy et des [Bryan] Trottier pour ça, mais puisque chacun jouait son rôle, il n’y a probablement jamais eu une équipe plus forte en défense que nous », estime Potvin.
Malgré la fatigue
Qui dit trois finales de suite dit aussi énormément de hockey dans les jambes, qui deviennent inévitablement lourdes. C’est pourquoi Potvin insiste sur l’importance que chacun mette du sien autour des meilleurs joueurs de l’équipe.
« Notre directeur général Bill Torrey disait souvent qu’il faut bâtir une équipe pour la saison et une équipe pour les séries. C’est du hockey différent, une préparation différente et plusieurs joueurs différents doivent avoir un impact », a-t-il soutenu.
Dynastie ou nouveauté ?
Dans la confrontation qui débute ce soir, les uns poussent pour que le Lightning confirme sa dynastie, tandis que les autres s’attendent à ce que l’Avalanche du Colorado assoie à son tour les bases d’un nouvel empire.
Pour avoir vécu la transition des pouvoirs entre deux dynasties, Potvin sait qu’il est ardu de trancher entre la confiance des champions et l’appétit des aspirants.
« L’Avalanche voudra prouver que c’est la meilleure équipe. Tampa n’a pas encore reçu une aussi forte opposition. Je me rappelle encore qu’en finale, en 1984, on venait de remporter 19 séries de suite et on avait la même confiance. Les Oilers étaient juste prêts pour le changement de garde.
« En tout cas, ce ne sera pas un problème pour moi si Tampa gagne une troisième année de suite, comme nous à l’époque. J’apprécie le bon hockey que cette équipe nous donne », a précisé Potvin.
CHAMPIONS SAISON APRÈS SAISON
Au fil du temps, bien peu d’organisations peuvent revendiquer l’exploit d’avoir remporté la coupe Stanley au moins trois saisons de suite. Voici, dans l’histoire de la LNH, les seuls clubs qui ont réalisé ce grand coup.
- ISLANDERS DE NEW YORK (4X champions de 1980 à 1983)
- CANADIEN DE MONTRÉAL (4X champions de 1976 à 1979)
- MAPLE LEAFS DE TORONTO (3X champions de 1962 à 1964)
- CANADIEN DE MONTRÉAL (5X champions de 1956 à 1960)
- MAPLE LEAFS DE TORONTO (3X champions de 1947 à 1949)
*Les Oilers d’Edmonton ont été les derniers à devenir finalistes trois années de suite, de 1983 à 1985, mais ils s’étaient inclinés à leur premier essai.
Des exploits qui font oublier l’usure

Participer à une troisième finale de la Coupe Stanley en trois ans laisse assurément des traces, mais la victoire se veut sans doute la meilleure prescription contre la souffrance.
« Toute la douleur s’efface durant l’été quand tu réponds à des messages de félicitations, plutôt qu’à des questions pour savoir pourquoi tu n’as pas gagné », a sagement souligné l’une des anciennes gloires des Oilers, Kevin Lowe.
Le défenseur de Lachute, dans les Laurentides, a été au cœur de la dynastie d’Edmonton, qui a succédé à celle des Islanders de New York, dans les années 1980.
Les Oilers n’ont peut-être jamais remporté trois coupes de suite, mais ils demeurent la dernière organisation à avoir pris part à trois finales consécutives. Après avoir raté leur coup en finale face aux Islanders en 1983, ils se sont bien repris en décrochant le championnat en 1984 et 1985.
« Dans ce genre de situation, tu dois t’accrocher à chaque parcelle de motivation. À la moindre occasion où les médias ou un membre de l’autre équipe remet en question à quel point tu es bon, tu t’entêtes à prouver le contraire. C’est très spécial ce que le Lightning vit », a mentionné Lowe.
Une époque différente
Les Oilers avaient aussi l’occasion d’y aller pour un triplé en 1986, mais les Flames de Calgary avaient eu le dessus sur eux en demi-finale.
« Je me souviens que certains parlaient de triplé en 1986, quand on a finalement été éliminés par les Flames, mais ce n’était pas une si grosse histoire parce que les Islanders venaient de réaliser l’exploit. Aujourd’hui pour le Lightning, avec toutes les années qui ont passé, ça doit être énorme.
« C’était facile de croire que dans l’ère actuelle du hockey, ce serait pratiquement impossible de gagner plusieurs coupes de suite en raison du plafond salarial et Tampa est en train de démontrer le contraire », salue celui qui a été intronisé au Temple de la renommée en 2020.
Perry et Maroon
Pas moins de 13 joueurs du Lightning ont aussi pris part avec l’équipe aux finales de 2020 et 2021.
C’est sans compter Corey Perry, qui en est aussi à une troisième série ultime de suite, lui qui était auparavant avec le Canadien et les Stars de Dallas.
Et il ne faut pas oublier Patrick Maroon, qui vivra sa quatrième finale consécutive, après avoir soulevé la coupe avec les Blues de St. Louis (2019) et Tampa Bay.
Vaincre la douleur
Dans ce contexte, la fatigue accumulée et les bobos doivent être considérés.
« Quand tu vis une telle situation, la fatigue physique et mentale est éclipsée par l’expérience que tu vis », assure toutefois Lowe.
« L’usure du corps devient difficile, mais en se dédiant entièrement pour une courte période durant les séries, tu as l’opportunité de réécrire l’histoire.
« C’est très gratifiant. Tu as mal partout, mais comme joueur, on rêve tous de ces moments. Il y a d’abord 16 équipes, puis huit, puis quatre. Tu commences à réaliser en demi-finale que tout le monde t’observe pendant que les autres sont en vacances. C’est pas mal cool », conclut l’ancien défenseur, sans se prononcer sur l’issue de la finale.

